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AIT. Etr., Gorr. Vienne, 382, T

580 LE ROI DE ROME (i809-18«2)

Tarmée, le peuple. Les Français sont ici regardés par le peuple comme des pestiférés *. » Cela achève de prouver que cette guerre fut une guerre d'intérêt allemand, qu'elle fut destinée, dans la pensée de ceux qui l'engagèrent, à remettre en question les destinées de TAUemagne.

Elle n'y servit point puisque Napoléon fut vainqueur encore. L'Allemagne demeura ce qu'il l'avait faite, mais il chercha ailleurs le béhéQce de cette nouvelle victoire. Il ne pouvait le trouver que du côté de l'Orient. Aux conférences d'AUenbourg, les plénipotentiaires autrichiens Metternich et Nugent essayèrent bien de fonder les négociations sur la base de l'intégrité du territoire autrichien, c'est-à-dire du statu quo ante bellum : Napoléon ne pouvait pas consentir à s'être battu et à avoir vaincu pour rien, et dès le 30 août il demanda, comme « rectification de la frontière d'Italie », la Carinlhie, la Carniole et les pays situés au midi d'une ligne qui de la Carniole suivrait la courbe de la Save jusqu'à la Bosnie, englobant de la sorte la majeure partie du royaume de Croatie. Les Autrichiens voulaient garder Trieste et des communications avec la mer Adriatique; ils offraient de céder du terrain ailleurs, Salzbourg et Berchtolsgaden, une partie de la Galicie. Us ne purent pas échapper aux exigences de Napoléon : Champagny leur expliqua que la nouvelle frontière qu'il réclamait pour le royaume d'Italie était destinée à favoriser ses communications avec la Dalmalie c^ui en faisait partie, et aussi à assurer la conservatioil des anciens rapports de la France avec l'empire ottoman. « Ces rapports, disait-il, ont toujours été chers à la France et le premier objet de sa politique. Lorsque la France était puissance maritime, ses relations avec la Turquie se maintenaient sans la possession de la Dalmatie. Alors elle avait l'empire de la Méditerranée. Mais lorsque, par la suite de la Révolution et des guerres successives que l'Autriche a faites à la France, cette dernière puissance n'a pu donner à sa marine la même attention qu'autrefois, les pertes qu'elle a éprouvées l'ont mise dans la nécessité d'établir par terre ces communications avec la Turquie qui ne peuvent plus avoir lieu par mer, et de chercher à combattre les Anglais sur la Méditerranée par la possession de ses côtes.

1. Aff. Elr., Corp. Vienne, n° 382, f« 139. — Sorel, VU, 349.

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Tel est le grand, presque Tunique intérêt de la France : il faut qu'elle soit à portée, soit de protéger l'indépendance de la Turquie menacée par l'influence anglaise, soit d'empêcher qu'il n'y soit fait rien de contraire aux intérêts de la nation française; ce qu'on annonce des desseins des Anglais autorise pleinement cette juste sollicitude. La France n'a qu'un faible intérêt à l'acquisition de la Haute- Autriche, de Salzbourg, de la Bohême; elle n'a aucun intérêt en Galicie ni sur les bords de la mer Baltique. Tous ses intérêts se concentrent sur la Turquie, dont elle a toujours voulu maintenir Texistence, rien n'étant plus mal fondé que Timputation d'en avoir proposé le partage, et sur la Méditerranée qu'elle doit chercher à sauver de la domination anglaise*. »

Le traité de Vienne, du 14 octobre 1809, donna au grandduché de Varsovie la Galicie orientale, à la Bavière Salzbourg et Braunau, à la France le cercle dé Villach en Carinthie, toute la Carniole, Gôrilz, Trieste, Fiume, Raguse, toute la Croatie civile et militaire : tous ces pays allaient former avec la Dalmatie le gouvernement des provinces lllyriennes. L'Empereur François 11 dut s'engager à payer une contribution de guerre de 85 millions, réduire ses armées à 150 000 hommes. Ainsi désormais l'Autriche était limitée dans ses moyens d'action et même de défense, écartée de la Méditerranée et de la Turquie comme la Russie l'avait été par le traité de Tilsitt. De plus en plus, avec une constance remarquable, Napoléon se réservait l'Orient comme son domaine ; il en tenait éloignés ses rivaux les gouvernements anglais, russe et autrichien. Par l'IUyrie IL pouvait y faire sentir plus directement son influence.

Ce moment de sa carrière est important : ce fut celui de ses dernières conquêtes; le Grand Empire ne fut pas poussé plus loin en ce sens et ainsi l'Italie en demeura le centre. Bientôt il répudia Joséphine et épousa l'archiduchesse Marie-Louise : il voulait un fils, et dès lors il ne fut plus préoccupé que de l'avenir de cet héritier qu'il attendait. Jusque-là il n'avait pas d'autre famille que ses frères et soeurs ou les enfants de sa femme, et dans la pensée de les attacher à sa fortune, dans l'impossibilité de gouverner personnellement toutes les parties de l'Empire ou

1. Aiï. Etr.» Corr. Vienne, n" 384 (supplément pour 1809) : protocole du 14 sept. 1809, signé Champagny, Metternich, Nugenl, (*• 315-317.

plutôt dans la nécessité de laisser à quelques-unes les apparences au moins de Tautonomie, il avait organisé avec ses parents le système des pactes de famille : c'avait été depuis iSOi le caractère propre de la constitution du Grand Empire. Ainsi Eugène était vice-roi d'Italie, il avait été ensuite adopté par Napoléon; Joseph, Louis, Murât, Jérôme, rois vassaux de gré ou de force, étaient attachés à l'Empire par des liens qu'ils s*efforçaîent de relâcher, et Napoléon avait de la peine à les tenir dociles. Napoléon était assez inquiet de leurs prétentions qui étaient pour son empire une continuelle. menace de dissolution; il agitait la pensée do reprendre à ces légats la part d'autorité qu'il leur avait attribuée.

Le mariage autrichien le décida. Le roi de Rome, fils d^Empereur, petit-fils d'Empereur, héritier des droits séculaires des Habsbourg et du droit nouveau de son père, serait plus naturellement encore que lui-même le maître de l'Empire. Il ne fallait donc pas que cet empire fût d'avance démembré en dynasties collatérales; c'eût été la faillite de toute Tœuvre impériale. Napoléon ne songea jamais que son fils pût ne régner que sur la France; il voulut qu'il fût un Empereur. ILvoulut garder pour lui, et môme reconstituer plus fortement que jamais, l'imposante unité de l'Empire. 11 se reprocha le système des pactes de famille comme une faiblesse et il entreprit de le détruire.

Ainsi la naissance du roi de Rome marque le commencement d'une nouvelle période dans l'histoire de Napoléon, et c'est le résultat capital des ouvrages de M. Frédéric Masson. C'est l'avènement du système dynaslique; c'est une sorte de reconquête du pouvoir abandonne auparavant aux frères de l'Empereur; c'est la condamnation de celte sorte de fédéralisme qui était le caractère des pactes de famille; c'est une orientation décisive dans la voie de l'unité impériale, c'est un progrès dans la réalisation de l'Empire romain. Napoléon y travaillait pour soo fils et pour lui-môme; il y satisfaisait ensemble son affection paternelle si vive et son impériale ambition.

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Une telle conceplion s'appliquait naturellement à rilalie, la terre classique de TErapire, à Rome surtout, le lieu du <x)mmandement, le Gapitole ou les vainqueurs du monde conduisaient le triomphe.

C'est pourquoi Napoléon n'avait aliéné en Italie que la moindre part de son autorité. S'il avait laissé à Murât quelque liberté d'action' dont celui-ci d'ailleurs ne se contentait pas, il avait gardé Rome dans TEmpire, il gardait pour lui-même le titre de roi d'Italie et ne faisait rien pour tenir les promesses qu'il avait faites en le prenant. Il est vrai qu'il avait promis de ne renoncer à ce tilre que lorsque les Russes ne seraient plus à Corfou ni les Anglais à Malte; les Russes n'étaient plus à Corfou; mais les Anglais étaient toujours à Malte : ils lui rendaient un ^rand service.

Il y avait longtemps, qu'il avait écarté devant lui tout obstacle en Italie. Il n'était plus question de Meizi; dès 1805, il avait été nommé grand chancelier du royaume d'Italie, étouffé sous la magnificence du titre. Il avait eu tout d'abord quelque velléité de mécontentement; il s'était dit malade pour ne pas se tenir auprès du vice*roi. Tout d'un coup un journal de Milan avait annoncé son départ pour les eaux sans que le prince Eugène en eût été prévenu. Napoléon, qui était alors à Florence, lui avait écrit : « Mon intention est que vous répariez cette inconvenance et que vous ne parliez de Milan qu'avec l'approbation du vice-roi*. » MeIzi s'était excusé humblement, s'était défendu de toute mauvaise intention, avait assuré qu'il avait toujours pensé se présenter au vice-roi avant de partir, que le journal avait prématurément publié le besoin qu'il avait de prendre les eaux. En 1807, lors du voyage de Venise, il fut récompensé de sa bonne conduite par le titre de duc de Lodi; le plus remarquable « Italien » de ce temps se rangea dans la domesticité impériale.

Le Corps législatif — on se rappelle les circonstances de sa constitution — avait conservé bien peu de liberté; il s'en était servi pour faire de l'opposition : dès les premières séances il

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