Corr., XVIII
2. Arch.' nation., AF, IV, 1685, 20 sept. 1808; AF, IV, 1714% 8 sept. 1808.
trop différentes de celles que Mural devait lancer en 4815, aux mêmes Italiens; mais, en septembre 1808, il n*était pas encore la personnification de leurs espérances nationales.
Ils ne voulaient alors que le chasser de Naples ainsi que tous les Français de toute Tllalie. On sait qu'il y eut à Rome quelque fermentation au moment de la guerre de 1809. L'ambassadeur de France à Naples, Aubusson, écrivait : « La tranquillité ne sera jamais parfaite et Ton sera obligé d'être toujours sur ses gardes contre les insurrections, tant que les Anglais seront en Sicile ». Les nouvelles exagérées de l'échec de Napoléon à Essling déterminèrent dans toute la péninsule une émotion dangereuse. Les Anglais en profilèrent; ils parurent vouloir débarquer au golfe de Salerne; Mural y courut. Us se jetèrent sur les lies dlschia et Procida, devant Naples, détruisirent les chaloupes canonnières de la défense, et s'établirent dans ces îles avec la connivence des populations (24 juin 1809). Mais la nouvelle de la victoire de Wagram calma toute cette effervescence; les Anglais ne purent se maintenir dans leur conquête : ils évacuèrent Ischia et Procida à la fin de juillet.
Les patriotes italiens ne devaient pas toujours avoir tant de haine pour le roi Joachim ; ils se formèrent peu à peu en associations secrètes, puis se rapprochèrent de lui en un grand parti national, d ailleurs informe et mal organisé, à mesure qu'ils virent croître en lui, malgré les colères de l'Empereur, l'ambition de fonder durablement son trône sur leur affection et sur leur amour de Tindépendance.
Ce fut une lutte de tous 4es instants, parfois dramatique, entre l'Empereur affirmant sa suzeraineté et le Roi impuissant à s'en défaire : duel qui remplit les dernières années de la domination française en Italie.
Napoléon se défiait de Mural depuis le moment même où il Tavait fait roi : il le savait mécontent du règlement des affaires d'Espagne, jaloux de Joseph, glorieux d'avoir une couronne, et impalient de toute sujétion. Aussi le lenait-il dans une étroite discipline. 11 lui reprochait dès le mois d'août d'avoir emmené pour son service personnel quelques-uns des plus beaux chevaux des écuries royales d'Espagne, si bien que Joseph n'avait pu faire son entrée à Madrid qu'avec six chevaux : ce qui était évidem-
MURAT A NAPLBS 605
ment insuffisant. Il refusait d'accepter la décoration de Tordre des Deux-Siciles, sous prétexte qu'elle ne lui avait pas été offerte assez tôt, et Murât commençait de se plaindre de ce traitement : K Quoique, depuis quelque temps, on semble prendre à tâche de m'abreuver de toute espèce de dégoûts, je n'en resterai pas moins fidèle à Votre Majesté. Rien ne pourra changer les senliments dont Votre Majesté semble faire si peu de cas *. »
Murât se plaisait d'autre part à dire dans quel état il avait trouvé le royaume, surtout au point de vue financier; et il y avait quelque raison. Car, pour se rendre compte de l'état réel où était le royaume de Naples, il n'est pas nécessaire d'ajouter une foi entière aux compliments que Rœderer s'adresse à kii-mème; il faut entendre aussi les impressions d'un témoin impartial, le nouvel ambassadeur de France, Aubusson La Feuillade, qui n'était pas suspect de tendresse à l'égard de Murât.
Dans le temps môme où il commençait à remarquer la froideur du roi à son égard, Aubusson déclarait qu'il faisait tous ses efforts pour réparer les maux passés et le désordre extrême qui régnait dans toute l'administration. Il estimait qu'il était urgent de changer le système politique de Joseph : les finances étaient épuisées; les comptables ne rendaient aucun compte et n'étaient pas capables d'en rendre; on ne payait plus la solde; les bonnes places étaient réservées à une coterie de favoris; le Conseil d'État, sans lumières ni capacité, s'opposait à la publication du Code Ni^oléon; on gaspillait des dons énormes en rentes, en terres; il y avait « une vacillation extrême dans toutes les mesures contre les ennemis intérieurs ou extérieurs ». La duchesse d'Atri au départ de Joseph avait eu un cadeau de 500000 ducats; une autre femme, qui n'avait pas été la maîtresse du roi, avait eu aussi quelques terres; Murât disait qu'il y avait eu 11 millions de dons sous le dernier règne. Murât exagérait peut-être, mais on se souvient que Joseph n'avait pas cessé de se plaindre à l'Empereur de la pénurie de son trésor.
Aussi l'armée était-elle en fort mauvais état; il n'y avait aucune revue dlnspection, et des régiments incomplets étaient payés comme s'ils étaient complets. Murât commença de mettre la solde
1. Arch. nation.. AF, IV, 1685 (14 fév. 1809); AF, IV» 1714" (15 août 1808) : lettres de Murat.
au courant; mais Tarmée demeura quelque temps encore très mécontente. Le nouveau roi sentait d'ailleurs autour de lui l'opposition secrète de tous ceux qui regrettaient Joseph, toute la parenté de la famille Cassano, la coterie des maîtresses; mais il avait pour lui, dit Âubusson, la grande majorité de la population, et à cause des désordres de Tancienne administration, il avait plus de chances d'être aimé *.
11 y avait aussi de graves diflicultés à lapplication de la Constitution, dans un pays où les idées libérales étaient à peu près inconnues; le Gode demandait quelque adaptation; Napoléon ne l'entendait pas ainsi : < J'ai lu avec attention le mémoire remis par votre ministre secrétaire d'État de la justice sur le Code Napoléon. La considération la- plus importante dans ce code est celle du divorce; elle en est le fondement. Vous ne devez y toucher d'aucune manière, c'est la loi de l'État. Je préférerais que Naples fût à l'ancien roi de Sicile plutôt que de laisser ainsi châtrer le Code Napoléon. » L'empereur avait dit juste le contraire à Joseph *.
Murât réduisit l'intérêt de la dette publique de son royaume ; Napoléon l'accusa de vouloir ainsi renier ses engagements à l'égard du trésor impérial, et rappela qu'il ne lui avait accordé le royaume de Naples qu'à tpis conditions : l'inviolabilité de la constitution, ta garantie de la dette publique et l'entretien du contingent français. Les reproches avaient été vifs, l'Empereur menaçait de ne pas lui laisser la Sicile, lorsqu'elle serait conquise; Mural encore se plaignit de ce traitement : « Parvenir à me rendre suspect à l'Empereur, c'est pousser bien loin les succès; je n'aurais jamais pensé que les Anglais auraient obtenu tant d'influence... Votre Majesté me menace de prendre pour elle la Sicile; ordonnez, je marcherai à l'avant-garde pour la conquérir. Faites plus; reprenez votre royaume et rendez-moi votre amitié, puisque sans elle il n'est plus de bonheur pour moi*. » On n'est pas obligé d'entendre à la lettre toutes les exagérations de langage de Mural; le lecteur s'y habituera, et l'Empereur n'y attachait pas d'importance, parce qu'il n'y sentait pas de sincérité.
i. Afî. Etr., Naples, 133, f^ 20-24 : dépêche d'Aubusson du 11 janvier 1809.
2. AfT. Etr., Naples, 133, î^ 14-18. - Gorr., XVIII, 14519. — Cf. ci-dessus, p. 463.
3. Ck)rr.,XVIU, 14559, 14570. — Arch. nation., AF, IV, ni4* (2 janvier 1809).
Car il était encore un point où Napoléon était particulièrement exigeant, c'était Tapplication du décret de Berlin, et il avait làdessus de mauvais renseignements de Naples : la contrebande anglaise s*opéraît en grand sur les côtes de la Fouille; les douaniers se laissaient gagner en prenant du café d'Amérique pour du café du Levant, en autorisant les arrivages des Sept-Iles où la surveillance ne pouvait pas être parfaite; partout on signalait la circulation des marchandises anglaises. Par contre, les marchands français étaient sans cesse molestés; pendant tout le règne de Murât on ne signale qu'incidents à leur détriment : chargements saisis malgré le pavillon français, patrons de bateaux français arrêtés, emprisonnés, puis relâchés sur intervention de l'ambassadeur, draps français frappés de droits presque prohibitifs dont TErapereur dut lui-même ordonner l'abaissement, la police napol'rtaine constamment malveillante dans tous ces conflits avec des Français. Les renseignements dont sont remplies les archives sur ce sujet, rapports des consuls, des commissaires, des ambassadeurs, sont tellement nombreux et concordants qu^il est indéniable que les reproches de Napoléon étaient fondés, que Murât se préoccupait des intérêts napolitains plus que des intérêts français, de sa popularité plus que de l'obéissance qu'il devait à l'Empereur. — « Vous ne me secondez pas dans la guerre contre l'Angleterre, lui écrivait Napoléon ; celte puissance fait chez vous un commerce publier Je suis fâché de voir que vous sachiez si peu ce que vous me devez et que vous manquiez ainsi aux convenances. Je désire que celte popularité que vous cherchez n ail pas de résultats désagréables pour vous*. » Cela était écrit de Madrid, dès le 15 décembre 1808.
Sentant que Murât voulait lui échapper, qu'il conduisait l'administration de ses finances de façon à mettre de l'argent de côté, l'Empereur laccablait d'exigences pour lui ôter ses moyens d'action, pour le tenir à sa discrétion. Il réclamait la constitution des fiefs prévus par le décret du 30 mars 1806 et par le traité de Bayonne du 15 juillet 1808; il s'agissait de six duchés de 60 000 francs de revenu chacun. Gallo fit observer que ces fiefs devaient retomber en partie sur la Sicile et non pas seulement sur