‹ Napoléon en ItalieChapitre 377 sur 423 · AfT. Elr., Naples, 133, r · texte numérisé non relu

AfT. Elr., Naples, 133, r

2. Arch. nation., AF, IV, 1714*. - AIT. Elr., Naples, 133, f"* 92, 98, 107.

sorte il échappait à la lourde tutelle impériale; il gouvernait son royaume un peu plus librement; il en devenait plus populaire auprès des Napolitains.

Par jalousie de son autorité, il tenait même la reine éloignée des affaires; il craignait qu'elle ne renseignât son frère, qu'étant une Bonaparte elle n'eût trop de prestige aux yeux des Napolitains; il ne voulait pas être écarté du pouvoir comme son prédécesseur Ferdinand par l'autre Caroline. De bonne heure, Aubusson, dans ses dépêches, avait laissé échapper quelque chose là-dessus. « Sa Majesté la Reine paraît souvent n'être pas très heureuse et contente dans son intérieur, quelque soin qu'elle prenne à ne se mêler de rien et à meltre la plus grande résene dans toute sa conduite particulière oq politique; il paraît toujours certain que le roi, excessivement jaloux des moindres apparences de l'autorité, lui donne quelquefois des désagréments qui toutefois n'éclatent point aux yeux d'un public observateur assidu de ses maîtres. »

Quelque temps après, malgré la délicatesse du sujet, il se décida à dire tout ce qu'il savait de la malheureuse situation de la reine. D'ordre exprès du roi, elle ne pouvait recevoir qu'un i instant le lundi; elle avait été vivement grondée pour avoir accordé une audience au consul général, Doriol; elle ne pouvait pas donner à déjeuner chez elle, même à aucune femme; elle passait ses journées seule, avec ses livres, sa musique et ses petits ouvrages. Elle montrait une patience et une résignation inouïes, quoiqu'on lui eût attribué à Paris une ambition et un désir sans bornes de gouverner. « Elle en serait plus capable que personne, observait l'ambassadeur. Partout où l'on est oblige d'employer l'autorité ou la force, elle entraînerait les avis et les CfL'urs par la persuasion et par le charme qui l'environne... Elle seule peut-être, jusqu'au moment de la conquête de la Sicile, pourrait combattre avec avantage l'esprit sicilien qui s'est conservé dans une partie du peuple en faveur de la reine de Palerme. Mais, en outre du caractère aimable de la reine qui se fait chérir de tous, on ne peut se dissimuler que l'on est plus naturellement porté au respect et à l'obéissance pour la sœur de l'Empereur que pour son beau-frère. Du moins elle désire être traitée avec tous les égards qui lui sont dus à tant de titres : il n'est pas un

Français un peu au fait de Tinlérieur qui ne frémisse de voir une sœur de leur immortel Empereur et ayant par elle-même le titre de reine, traitée avec aussi peu de considération lorsqu'elle a en outre tant de moyens d'être utile au roi et au royaume.

« On peut croire que c'est précisément le titre éminent et les droits de la reine consacrés et reconnus par Sa Majesté Impériale qui choquent le roi et le rendent encore plus jaloux de marquer sa suprématie en toute occasion d'une manière malhonnôle pour la reine. Le roi avait vu avec le plus grand déplaisir les arrangements fixés en Toscane en faveur de Mme la Grande-Duchesse princesse de Lucques; les dispositions prises par Sa Majesté Impériale au sujet du prince de Lucques ont encore exalté davantage dans Tesprit du roi la jalousie du pouvoir. Depuis ce moment, ce sentiment est devenu une espèce de manie, et les démarches les plus innocentes et les plus simples de la reine sont regardées comme une eovie d'intriguer et d'usurper le pouvoir... Une lettre de Madame Mère sur ce point ne lit qu'aigrir le roi, et il dit qu'il voyait bien qu'on voulait lui faire peur de l'Empereur, mais qu'il n'avait peur de personne et qu'il voulait être le maître chez lui; il a déjà exprimé que, si les parents s'en mêlaient, ce serait Qncore pis; une simple lettre de Sa Majesté Impériale et Royale ne produirait peut-être pas un meilleur effet si elle n'était accompagnée de mesures analogues et propres à améliorer la situation actuelle de la reine. »

Aubusson racontait alors tout au long les petites tracasseries infligées à la reine, les mots piquants du roi sur le peu de cas qu'il faisait des femmes, le refus opposé à toutes ses recommandations, rignorance où on la laissait des nouvelles les plus importantes, le bruit que Ton Ht courir de son départ au moment de l'enlèvement d'Ischia par les Anglais, « pour la discréditer dans le peuple et la faire ranger ensuite dans la classe des femmes pusillanimes et peu faites pour gouverner ».

<t En tout, ajoutait-il, le roi paraît regarder la reine comme un prince royal et avoir adoplé à son égard le système suivi dans beaucoup de nos anciennes monarchies, qui tendait à isoler l'héritier du trône et qui portait le souverain régnant à avoir toujours la plus grande défiance de son héritier présomptif. Le roi n'a point caché sa manière de voir à ce sujet et en nommant.

la reine. Il s'en est même expliqué ouvertement, en présence des ministres, avec assez d'inconvenance. »

L'ambassadeur terminait ainsi : « Votre Excellence s'imaginera peut-être que dans ce rapport j'ai été entraîné en faveur de la reine par le torrent de l'admiration que nous avons tous en général pour une princesse charmante. Dans le fait il est dîflîcile de résister à cette atmosphère de charmes et de séduction dont elle est entourée sans s'en douter... Mais je prie Votre Excellence de croire que je sais me défendre de toute illusion quand il s'agit du service de Sa Majesté l'Empereur : cette lettre ne contient donc que la vérité sévère et toute nue. »

Champagny n'en fut pas convaincu; il demanda aussitôt de^ explications : De qui l'ambassadeur tenait-il tout cela? Pourquoi la reine n'en avait-elle pas parlé elle-même à l'Empereur? Il faut se tenir en garde contre ces faux bruils. — L'ambassadeur répondit qu'il ne se serait pas ainsi avancé sans avoir de§ certitudes, se montra fâché de voir qu'on le prenait pour un étourdi, donna de nouvelles précisions : la situation de la reine non seulement était connue des ministres, des conseillers d'État^mais était désormais devenue publique; à la dernière fêle pour l'anniversaire de leur naissance, le roi avait donné 20 000 francs aux pauvres, la reine 12 000; les papiers ofliciels n'annoncèrent que les 20 000 francs du roi. Des journaux disaient que la reine* avait été applaudie en entrant au théâtre; le ministre de la police fut par le roi vertement tancé. Pendant la bataille où les Anglais s'emparèrent pour quelque temps d'Ischia, la reine parut elle-même sur le quai, envoya son chirurgien aux blessés; la gazette rapporta les moindres gestes du roi, ne dit pas un mot de la reine; le roi même aurait dit alors : « La reine n'est rien ici; il ne doit point être question d'elle, mais de moi seul ». < Votre Excellence, terminait Aubusson en termes encore couverts, me demande si c'est la reine elle-même qui m'a fait confidence de ses chagrins et si c'est d'après ce qu'elle m'a dit que j'ai écrit. Votpe Excellence ajoute qu'elle ne peut le supposer. Je ne sais'^pas pourquoi Votre Excellence serait éloignée de celle idée. » Enfin, quelques jours après, il lâchait tout son secret : c'était par l'ordre de la reine qu'il avait écrit; ses dépêches avaient été lues par la reine dans leur entier; il avait eu quatre entretiens avec elle sur ce sujet;

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elle n avait pas voulu écrire elle-même; elle avait voulu en laisser le soin à un fémoin impartial; elle ne voudrait pas que l'Empereur prit trop d'humeur contre le roi, qu'il sût qu'elle avait fait de pareilles confidences'.

Aubusson prit alors un congé qu'il demandait depuis longtemps; il ne devait pas revenir à Naples; l'Empereur avait d'autres desseins sur cette ambassade. Le roi et la reine furent eux-mêmes bientôt après appelés à Paris à l'occasion du divorce. Le bruit courut déjà alors dans le royaume qu'ils ne reviendraient pas, et cela commença de produire de Témolion.

Parti de Naples le 21 novembre 1809, Murât y rentrait le 14 février; il en repartait le 12 mars pour le mariage de l'Empereur et revenait enfin le 28 avril 1810.

Dans les délibérations et les conseils où Napoléon chercha une seconde femme, Murât fut partisan du mariage russe contre le mariage autrichien; il s'entendait bien alors avec M. de Bibikof; il y pensait trouver ses sûretés contre Marie-Caroline d'Autriche dans le temps où Napoléon se préparait à épouser sa petite-fille. Aussi fut-il inquiet du mariage autrichien. Du moins il se réjouit de la disgrâce des Beauharnais.et de voir disparaître la rivalité possible d'Eugène en Italie.

Sa joie ne fut pas sans mélange; il ne fut pas bien traité par l'Empereur pendant son séjour en France. Il avait quelques demandes à faire : il désirait retenir dans sa garde les soldats français que Napoléon en voulait rappeler pour la désorganiser; il sollicitait du temps pour les dépenses des consiruclions navales et autres contributions qu'on exigeait de lui; il espérait faire lever la défense qu'on lui avait faite d'avoir des ministres à Vienne et à Saint-Pétersbourg, quoique leur nomination eût été annoncée officiellement et que même le duc de Torella fût déjà en roule pour la Russie.

Il eut même bien -de la peine à avoir une audience de l'Empereur. Le 24 mars 1810, il arrivait à Compiègne pour tâcher d'être reçu; il ne put l'obtenir, ni même les jours suivants, jusqu'au 9 avril, quinze grands jours. Très las d'attendre, il écrivit encore à l'Empereur : « Je me suis fait annoncer tous les

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