Arch. nation., AF, IV, HU
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la Prusse à sa dévotion : il ne traitait pas autrement son beaufrère, il n'avait pas confiance en lui*.
En mai 1810, Mural fut content de se retrouver à Naples, loin du maître. Il voulut établir définitivement son autorité sur son royaume, devenir assez fort pour n'avoir plus besoin de la protection impériale, pour pouvoir se passer au plus tôt des troupes françaises. C'est alors en effet qu'il acheva la pacification de la Calabre; ce fut Tœuvre d'un de ses aides de camp, le général Manhès. Il y fut envoyé avec des pouvoirs spéciaux, discrétionnaires. Il mit dans la plaie le fer et le feu. Des colonnes mobiles furent lancées à travers tous les villages; les paysans furent obligés de nommer leurs brigands et de s'armer pour aider à les prendre ou à les tuer; de grandes rigueurs furent commises, au début surtout, contre la mauvaise volonté des habitants. Beaucoup de brigands, réduits à la famine, au fond des bois, se rendirent et remplirent les prisons; des commissions militaires furent instituées qui précipitèrent la procédure. Les carbonari, qui commençaient à être très nombreux, furent décimés par de nombreuses condamnations capitales." Capobianco, leur chef, fut mis à mort, au milieu d'une mise en scène aussi effrayante que possible pour frapper l'esprit des populations. De nombreux cadavres furent abandonnés dans les prisons. Les brigands furent exterminés jusqu'au dernier. « La terreur, dit Botta, triompha de la terreur même; la- Calabre enfin fut livrée au commerce et à la civilisation; le nom de Manhès fut couvert de malédictions et de bénédictions éternelles^. »
Murât voulut aussi être maître de la Sicile dont il n'avait pas pu s'occuper depuis deux ans qu'il était roi. Ce n'était pas surtout pour répondre enfin aux instances dont l'Empereur avait autrefois si longtemps poursuivi Joseph, ni pour le plaisir de réussir où son prédécesseur avait échoué. Mais il commençait d'avoir une
i. AfT. Elr., Naples, 13o, ^ 362. — Arch. naUon., AF, IV, 1714". 2. Botta, V, 231 et s. — Johnston, The Napoleonic Empire in soulhern llaly and the Rise of the secret socie lies, 2 vol. Londres, 1904.
bonne armée napolitaine; il y donnait tous ses soins; elle flattait ses goûts de parade; il scnlait qu'il ne serait vraiment roi que lorsqu'il aurait des Iroupes à lui : elle pouvait être rins(rumenl de sa libération; il voulut lui donner en Sicile le baptême de la gloire.
Peut-ôtre eut-il peur aussi d'une enleale de Napoléon avec la reine Caroline de Sicile. Boita affirme l'existence de cette entente*. Il n'en donne pas les preuves. Marmonl raconte en ses Mémoires un événement « fort extraordinaire » survenu au commencement de janvier 1810. Un certain Wilhelm-Aurelio d'Amitia, originaire de Stuttgart, arriva de Sicile en Dalmatie sur un brick de quatorze canons. Il débarqua dans la nuit, s'annonça comme ayant des dépêches pour le duô de Raguse et demanda à lui être conduit. Amené à Laybach, il déclara qu'il était au service de la reine de Sicile et venait de Palerme. Dévoué, disait-il, au roi et à la reine de Sicile, et connaissant leur situation malheureuse, il cherchait s'il n'y avait pas quelque moyen de rapprochement entre eux et l'Empereur; il déclara que les Anglais, par suite de leurs outrages envers la cour de Sicile, étaient devenus l'objet de sa haine, que, si l'Empereur voulait s'accorder avec elle, elle ferait la guerre aux Anglais, soulèverait le pays contre eux, livrerait Messine aux Français. 11 ajouta : « La reine ne peut penser que l'Empereur reste toujours son ennemi, lui qui vient d'épouser sa petite-fille. » Il demandait à être mis en rapport avec le gouvernement impérial.
Marmonl le garda à Laybach en attendant des ordres de Paris. L'Empereur ordonna que cet homme fût conduit près de lui; après l'avoir fait interroger, il n'accorda aucune confiance à ses dires; il le fit enfermer au Temple et l'y laissa jusqu'à la fin du règne ^.
Celle histoire prouverait tout au plus que la reine Marie- Caroline, en effet brouillée avec les Anglais, désirait dès lors se rapprocher de la France; elle ne prouve nullement, au contraire, que Napoléon y était disposé. Jusqu'à ce que nous ayons là-dessus d'autres documents, il est prudent de ne pas prononcer de con-
2. Mémoires du duc de Raguse, Ifl, ii3-'»i5. — A. Bonnefons, 'A/aric-Caroline, 379.
clusion. Il est vrai pourtant que Murât en fut sérieusement préoccupé, que ce fut une des raisons de Tefforl qu*il tenta en 1810 pour descendre en Sicile; il est vrai aussi que Napoléon ne l'encouragea pas à cette expédition, que même il contribua à son échec. Peut-être TEmpereur n'é(ait-il pas éloigné de la pensée de contenir l'un par l'autre dans un savant équilibre l'ancienne reine et le nouveau roi.
En effet Murât rencontra en celte affaire très* peu de bonne volonté parmi les Français qui étaient auprès de lui. L'Empereur lui disait, comme pour le décourager : « Pour faire l'expédition de Sicile, il faut avoir beaucoup de troupes, et sûrement vous ne la ferez pas avec les troupes napolitaines. » Murât voulait justement prouver le contraire. Napoléon admit néanmoins, lorsque l'expédition fut engagée, qu'elle pouvait servir de diversion et attirer les Anglais, en les obligeant à dégarnir l'Espagne. Puis il ne s'en occupa pas autrement, cl il est permis de constater que Murât a fait sa tentative avec ses seules forces \
Revenu de Paris le 28 avril, il se mit aussitôt à cette œuvre. H eut de mauvais débuts : le 3 mai, toute la flottille napolitaine fut détruite au cap Misène par les vaisseaux anglais. Il partit cependant le 13, mai pour la Calabre, « heureux, écrivait le chargé d'affaires de France, Hue de Grosbois, de pouvoir se soutenir bientôt par ses propres ressources- ». Il consacra à l'entreprise tout l'argent dont il pouvait disposer, malgré les continuelles observations iiu gouvernement français, qu'il ne faisait point les armements maritimes auxquels il s'était engagé, qu'il négligeait le ravitaillement des îles Ioniennes.
11 s'établit près de Reggio, au camp de Piale. Il y appela des convois de toutes les côtes de son royaume; il y employa, pour ainsi dire, tous les bateaux de pêche de ses sujets; beaucoup réussirent à passer et de grandes quantités de vivrjes et de munitions s'entassèrent sur le rivage; d'autres furent arrêtés par les croisières anglaises. A la tin du mois de juin, on remporta un petit succès sur les Anglais et on réussit à leur faire un peu de mal ; cela