‹ Napoléon en ItalieChapitre 382 sur 423 · Cf. Francesco Guardione, Murât, in Ilalia, p · texte numérisé non relu

Cf. Francesco Guardione, Murât, in Ilalia, p

2. AIT. Elr., Naples, 13."., T' 415-410 : lettre de Hue de Grosbois, du 1" octobre 1810.

3,Gorr.. XXI, 17042, n231.

moi d'une manière inexacte; que cela peut avoir rinconvénicnl de faire supposer que je n*ai pas toujours pour but de réussir; que toutefois il ne devait pas parler de moi sans y être autorisé; que je le prie dagir désormais avec plus de circonspection; que je suis surpris que, contrariant mes ordres, il ail dissous son rassemblement de Reggio, lorsque mon intention était de tenir sur ce point Tarmée anglaise en échec tout Thiver; que maintcnanl, d'après cet ordre du jour, les Anglais vont se porter sur Corfou, en Espagne, et augmenter leurs forces à Cadix, landis que rarmée que j'ai dans le royaume de Naples ne va plus servir à rien; que le roi pouvait retourner à Naples, mais en disant qu'il allait revenir et en laissant toutes ses forces sur Toffensive à Reggio; que je ne conçois pas que, sans mon ordre, il ait ainsi renoncé à Texpédition; que j'entends que le général Grenier, avec toutes mes troupes et les moyens de passage sufûsants, reste à Reggio pour continuer de menacer la Sicile. » Comme désaveu, c'était complet; devant tous ses sujets, et surtout devant les généraux français de Tarmée de Naples, le roi Mural était traité comme un officier en défaut; il s'en fallut de peu sans doute qu'il ne fut mis aux arrêts. Clarke exécuta les ordres de l'Empereur sans précautions oratoires, et Murât fut obligé de se plaindre du « ton indécent » qu'il avait pris '.

L'Empereur l'accablait d'avanies de toutes sortes cl poursuivait à son égard une politique impitoyable, l'humiliait dans une étroite vassalité, lui en faisait sentir davantage le poids à mesure qu'il prétendait s'en défa^e^

Comme souverain indépendant, Mural voulait avoir des représentants auprès des cours indépendantes d'Autriche et de Russie; il cherchait dans ces relations une sorte de réconfort contre l'Empereur, un appui peut-être à l'occasion : l'Empereur n'était pas dupe des sentiments qui l'animaient.

Lors de son avènement, Anbusson La Feuillade était établi à la cour de Naples avec le titre d'ambassadeur. La Russie était représentée par M. de Bibikof dont la haine pour la France était comme une preuve de plus de l'indépendance de la cour où il était accré-

1. Arch. nalion., AF, IV, 1714* ; lettre du 5 nov. 1810, de Mural à TEmperour.

dite. Mais Aubusson fui rappelé en août 1809. et fut remplacé par un simple chargé d'affaires, Hue de Grosbois. Champagny informa officiellement M. de Gàllo de la résolution où était l'Empereur de ne plus entretenir d*arabassadeur à Naples; il en était décidé de môme à la même date pour la Hollande (mai-juin 1810). M. de Bibikof fut rappelé aussi à cette époque en Russie. Le duc dp Campo-Chiaro, ambassadeur napolitain à Paris, se voyait obstinément refuser les prérogatives du rang d'ambassadeur; la duchesse sa femme ne put pas obtenir ses audiences. Ainsi la cour de Naples se trouva pendant quelques mois, en 1810-1811, sans représentation extérieure, sans relations avec les autres cours, dans une sorte de quarantaine \

Elle passa sa mauvaise humeur sur Hue de Grosbois auquel elle refusa la reconnaissance de tout caractère officiel. A la sortie du cercle de la cour, un soir, son cocher fut frappé par un gendarme de service; il se plaignit, en til une grosse alTaire qui fut arrangée par Tintcrvenlion de la reine. On le laissa désormais le plus possible à l'écart, ainsi que le chargé d'affaires d'Italie, Tassoni; on ne leur accorda pas même le titre de membres du corps diplomatique; on les traita à peu prés comme de simples particuliers; comme on ne pouvait pas ne pas les recevoir, on inventa à leur usage spécial des formules d'invitation où il était supposé qu'ils avaient manifesté le désir de faire leur cour ; on le leur permettait, rarement d'ailleurs. « On veut sans doute, observait Grosbois, obliger ou disposer TEmpereur à satisfaire au désir qu'on a à Naples d'avoir des ambassadeurs. »

Cependant Murât avait nommé le prince de Torella ambassadeur à Saint-Pétersbourg et le duc de San Angelo à Vienne. Les cours de Russie et d'Autriche en furent officiellement informées. Napoléon déclara qu'il consentait qu'il y eût des légations napolitaines à Vienne et à Saint-Pétersbourg, mais que, pour le moment, à cause des diflicultés sur la Sicile qui n'étaient pas encore résolues, il ne convenait pas d'y envoyer les titulaires. L'Empereur ne donnait pas les vraies raisons de son opposition : elles sont dans la volonté arrêtée de ne pas permettre l'établissement de relations suivies entre Naples, Vienne et Saint-Pétersbourg :

i. A(T. Elr., Naples, 135, T" 222, 293, 3G0, 438; n" 136, f'' 276.

il avait déjà eu Toccasion de s'en plaindre du temps de la reine Marie-Caroline*.

Il n'autorisa qu'un échange de ministres entre Munich et Naples, ce qui ne tirait pas beaucoup à conséquence. Le nouveau ministre de Bavière, le baron de Hœffelin, arriva à Naples en novembre 'J810, et on lui fit Taccueil le plus gracieux. Il y eut en son honneur une grande chasse aux sangliers, pour laquelle la cour avait adopté un nouveau costume; malgré les craintes et les petits cris des dames, la chasse, dit Grosbois, ne fut pas très dramatique, « les sangliers de Carditella étant presque aussi pacifiques que les animaux domestiques de même famille qu'eux ». Cette méchanceté de langage s'explique : Grosbois n'était pas invité. Il fut nommé quelques jours après consul général à Danzig^.

11 y a dans toute celte politique de l'Empereur le ferme dessein d'abaisser la dignité de la cour de Naples, de lui infliger une diminution de prestige et d'importance dans la hiérarchie impériale, d'en faire décidément une cour de second rang, vassale du grand Empire : politique analogue à celle dont souffrait alors le prince Eugène destiné à passer de la vice-royauté d'Italie au grand-duché de Francfort. Napoléon reprenait toute autorité en Italie, pour le roi de Rome.

Le 12 novembre 1810, le baron Durant, ministre plénipotentiaire de France à Stuttgart, fut nommé à Naples en la même qualité. 11 eut pour instructions de défendre tous les droits de la principauté de Bénévcnt; des négociations avaient été engagées entre Talleyrand et le roi Joachim pour la cession de Bénévent au royaume de Naples; l'Empereur s'y opposait et voulait que Bénévent restât un (ief immédiat de l'Empire. Le comte de Nesselrode écrivait à ce propos au comte Speranski : « Le projet est de réunir celle principauté à l'Empire, et c'est là ce qui fait surtout croire que le royaume de Naples le sera également. » De fait, Talleyrand dut garder Bénévent ^

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