AIT. Elr., Naples, 135, r
3. Lettres et papiers du comte Gh. de Nesselrode, lU, 329. —- Air. Etr., Naples, 13b, r 464; 136, ^' 21, 86-89. -- Corr. de Napoléon, XXII, 17506
MURAT A NAPLKS 625
Le nouveau ministre de France à Naples devait surtout rappeler au roi Joachim les questions d'argent qui restaient à régler, les intérêts commerciaux, les constructions navales à hâter; il devait toujours se fonder sur le statut du 30 mars 1806 qui déclarait que le royaume de Naples faisait parlie de TEmpire.
A ce moment, avant que le baron Durant fût arrivé, Murât écrivait à l'Empereur (15 mars 1811) : « Je ne puis résister plus longtemps au désir de voir Votre Majesté. Serais-je le seul de vos amis sincères qui serait privé du bonheur de voir un des premiers votre augusie rejeton? Non, Sire; celle idée est affreuse pour moi, et je viens vous demander Tautorisation d'aller passer quinze jours à Paris. » Il obtint ce congé, comme un ofllcior dont on n'a pas trop à se plaindre. 11 rencontra Durant à Rome; il se fit remettre au passage ses lettres de créance et lui lit un excellent accueil ; il lui dit même avec ironie que les esprils à Naples étaient dans les meilleures dispositions, « forlitiées par les bruits de réunion qui ont rallié autour du trône une nation jalouse de son indépendance* ».
Murât arriva à Paris quelques jours après la naissance du roi de Rome. L'Empereur demanda à sa s»eur Caroline d'être marraine de l'enfant; elle accepta avec reconnaissance, mais déclara qu'elle De pourrait pas se rendre en France : ce n'est pas seulement qu'elle s'estimât d'une dignité égale à celle du parrain, l'Empereur d'Autriche, qui ne se dérangea point personnellement pour le baptême ; mais elle expliqua à Durant qu'en l'absence du roi elle ne pouvait pas quilter le royaume, alors dans un état de grande fermentation; surtout elle fut alors gravement malade des suites d'une fausse couche, et ses médecins déclarèrent qu'un voyage aussi long était tout à fait impossible. Naples, en effet, était alors assez troublée par la persistance des bruits de réunion et par la nouvelle absence du roi. Le gouverneur de Naples, le maréchal Pérignon, venait d'être rappelé en France : on y voyait encore une preuve de l'irritation de l'Empereur, et on s'attendait partout à de décisives résolutions ^
Ces inquiétudes furent encore une lois dissipées par le retour du
1. Arch. nation., AF, IV, 1714'. — AIT. Elr., Naples, 136, rM4i-148.
2. Arch. nation., AF, IV, 1685. — Aff. lilr., Naples, 136, T 200 : dépêche du baron Durant.
Driault. — Italie. 40
roi le 30 mai 1811. Mural paraissait heureux; le baron Durant donna quelques jours après une grande fêle à l'occasion du baptême du roi de Rome; le roi s*y trouva, la reine aussi, bien qu'elle fût encore très souffrante. El ainsi l'accord paraissait lout à fait rétabli entre la France et Naples. Le Journal françaiSy organe de la cour, répétait avec insistance la grande joie qui éclatait de toutes parts à l'occasion du retour du roi, « aussi heureux qu'inespéré ». — « Ne dirait-on pas, écrit à ce sujet Durant, que Sa Majesté vient d'échapper à quelque péril ou de se soustraire corarae le roi Richard à une injuste captivité*? »
Sans doute Mural mettait quelque orgueil à parler de sa popularité. Il est vrai aussi que la crainte de la réunion à l'Empire groupait autour de lui les Napolitains, cullivait et entretenait leur patriotisme et qu'ils purent saluer le retour de Mural comme une espérance de liberté. « C'était, dit justement M. Frédéric Masson, l'entrée en action d'un parti italien opposé aux Français, et auquel la reine Caroline elle-même devait s'allier, sous peine de ne plus compter dans son royaume^. » A mesure en effet que Napoléon serrait les liens qui retenaient Naples dans l'Empire, l'esprit national italien, ou du moins napolitain, avec Mural, s'efforçait de les dénouer. C'était la force même des choses. La situation était même devenue assez grave pour produire à bref délai une crise dramatique : ce devait être le moment essentiel, l'épisode le plus caractéristique des relations entre Napoléon et le roi Joachim.
Le \l\ juin 18H, Mural promulgua un décret par lequel tous les étrangers employés dans les fonctions publiques du royaume de Naples devaient se faire naturaliser sujets napolitains avant le 1" août. En en informant l'Empereur il expliquait qu'il avait dû donner cette satisfaction aux Napolitains, qni commençaient à se plaindre gravement que presque toutes les fonctions fussent aux mains des étrangers.
L'émotion fut considérable parmi les Français de Naples. Durant s'écria : « Comment un prince français, grand-amiral au service de France, assermenté lui-même vis-à-vis de l'Empereur, peut-il trouver de rincompatibililé entre le caractère français et les fonctions qu'on remplit à son service? » Le général Exelmans, qui