‹ Napoléon en ItalieChapitre 386 sur 423 · AfT. Ktr., Naples, 137, f · texte numérisé non relu

AfT. Ktr., Naples, 137, f

3. Botta, V. 3îî5-3i0. — Cf. aussi aux AIT. Kir.. Naples, 137, f*' 358-366, un rapport sur ces alTaires de Sicile, d'après des conversations de Michel Troja, chirurgien de la cour, revenu récemment de Sicile avec quelques Napolitains qui y avaient suivi l'ancienne cour : car» dans la révolution accomplie par Bentinck, il y avait aussi le résultat des jalousies entre Siciliens et Napolitains, les premiers appuyés sur les Anglais, les autres avides de retourner dans leur pays et disposés à reconnaître la domination française considérée comme définitive.

Mais loul en cédant aux ordres de TEmpereur parce qu'il risquait gros à ne pas céder, il s'abstint de toute formelle recoiiriai^ssance de la suzeraineté impériale, et son ministre, le marquis de Galio, adressa à Marel le 11 octobre une longue lettre, nii il donna des explications sur la récente politique du roi, secounuuJii en protestations de dévouement absolu, en cris d'indignaiiou contre toute insinuation désobligeante, en solennelles affirmations de sincérité, mais sans aucun engagement ferme. Et Mann» sur ordre de TEmpereur, se donna la peine d'une longue réponse* pour établir définitivement ce que devaient être les rappoiis lîc l'Empire et du royaume de Naples. Ce document est d'inkici général.

c< Vous exprimez, Monsieur, la douleur que le roi a éprouvéi- lorsqu'il a pensé que Tinexéculion des traités et les mesures dv sm\ gouvernement avaient élevé dans l'esprit de S. M. rEm[u reur des doutes sur ses dispositions politiques et même sur ses seuilroents envers Elle.

« Sa Majesté a dû être en effet profondément affectée d«^ voir depuis quatre ans le roi de Naples engagé dans une faussL' diruction par un ministère imbu de faux principes. Ces impnssioijs malheureusement trop fondées disparaîtront aussitôt que le roî, abandonnant des erreurs qui lui ont été inspirées et dont la su île ne pouvait être que funeste, ouvrira les yeux sur ses vérilîiblis rapports avec la France et TEmpire. On a paru vouloir lui persuader, et peut-être Sa Majesté a-l-elle été autorisée à penser i\uon ne Ta pas tenté sans succès, qu'il devait se placer avec la rtMiu o dans les mêmes relations que l'ancienne dynastie avec les chi Is iU^ sa maison. Cette opinion, en opposition avec les faits, la nalun* des choses et les traités, explique toutes les fautes où le gouvernement du roi a été entraîné jusqu'à ce jour. Il est bien ttMups, Monsieur, que des illusions si dangereuses soient complèhue ni dissipées.

«L'ancienne dynastie n'eut a\ec la maison qui régnailen Krauoo et en Espagne que des liens de parenté ; elle n avait même jamais jums part à la convention connue sous le nom de pacte de rainillê; elle n'avait conservé avec les cours de Paris et Madrid qie^ des relations de déférence, et son royaume, qui reconnaissait le pape pour suzerain, ne relevait point du trône de France, qui u'eLili

pas celui de Charlemagne. Cette dynastie a été chassée de son royaume par les armes françaises. La France, pour le conquérir, a dépensé 60 millions, a vu périr plus de 20 000 hommes de ses meilleures troupes au siège de Gaëte et dans la guerre si prolongée des Calabres, et lorsque sa conquête a été consacrée par de si grands sacriliccs, lorsque Sa Majesté a jugé à propos de disposer de ceux de ses droits qu'elle ne voulait pas conserver et de faire monter sur le trône une branche de sa famille, tout a été changé dans les rapports de la couronne de Naples. La nouvelle dynastie n'a pas été substituée à la situation politique de l'ancienne; elle n'a reçu que les droits qui lui ont été transmis; elle les a reçus à des conditions à jamais inhérentes à sa couronne.

« L'acte de constitution du 30 mars 1806 qui a créé le nouveau trône de Naples a solennellement consacré ces principes; la dynastie régnante ne pourrait les méconnaître sans renoncer au trône dont ils sont les fondements. La France, en y plaçant un prince français, un grand dignitaire de l'Empire, a entendu créer un roi qui ne cesserait pas d'être Français, qui mettrait au rang de ses plus beaux droits comme de ses devoirs les plus faciles à remplir, celui de faire aimer les Français, d'apprendre aux Napolitains que la cause de la France est la leur, que leur existence est attachée à la sienne et que leurs intérêts particuliers doivent se confondre dans les intérêts de la cause commune. Ces engagements dureront aussi longtemps qu'une dynastie française régnera sur les Dcux-Siciles; ils sont ceux de la reconnaissance. Mais il en est de non moins sacrés, de non moins obligatoires pour les rois de Naples. Ce sont ceux qui les conslituent grands feudataires et grands vassaux de l'Empire.

« Depuis que la conquête a établi sur ces bases immuables le trône des Deux-Siciles, sa condition n'a point élé changée; le traité de Bayonne, qui a fait passer la couronne sur la tète du roi Joachim, a confirmé ces principes.

« C'est comme grands feudataires que les rois de Naples sont hérédilairemenl grands amiraux de l'Empire.

« C'est comme grand feudataire de l'Empire que le roi de Naples s'est engagé, pour lui et ses successeurs, à maintenir la constitution du royaume approuvée et garantie par TEmpereur.

« C'est comme grand feudataire qu'il s'est engagé à fournir un

conlingent, en cas de guerre continentale, de 16 000 hommes d'infanterie el de 20 pièces de canon, et, en cas de guerre maritime, de 6 vaisseaux de ligne dont 2 de 80 canons et 4 de 74, 6 frégates et 9 bricks ou corvettes.

« C*est comme grand feudalaire de TEmpire que le roi de Naples s*esl engagé à observer dans ses États le système continental et toutes les mesures prises ou à prendre en France relativement au blocus de l'Angleterre ou pour la destruction du commerce de celle puissance.

« Ces stipulations, textuellement énoncées dans le traité de Rayonne, fixent la nature de cet acte, qui n*est point un véritable traité. Un traité est une convention libre où se balancent des intérêts réciproques. Le traité de Baronne, au contraire, n'est aulre chose qu'un acte de munificence impériale par lequel Sa Majesté disposant d'un trône a dicté les conditions de son bienfait.

« Du titre auquel ces conditions ont été imposées résultaient pour le roi des engagements plus étendus, des devoirs non moins sacrés et non moins obligatoires. Il doit, comme grand feudataire, déférer à tout ce qui est exigé de lui, soit pour la conservation des intérêts de l'Empire, soit pour le maintien de ses rapports avec son suzerain.

« C'est ainsi que de sa qualité de grand feudataire découle pour le roi l'obligation : — de construire une place forte qui domine le détroit; — de tenir en bon état les batteries des rades de Tarente; — de tenir en bon état les batteries d'Olrante et de Brindisi; — de concourir avec la France et avec le royaume d'Italie à Tenlretien de Corfou; — de ne pas souffrir que, dans ses États et conformément à ce qui est établi dans les cours des princes de la Confédération, aucun ministre étranger n'usurpe la préséance qui appartient au ministre de l'Empereur; — d'assurer aux Français qui résident dans ses États la considération due à leur titre de Français et de sujets du Grand Empire; — de couvrir d'une protection spéciale les principales familles du royaume qui lors de la conquête ont contribué par leurs sentiments et leurs sacrifices à établir la dynastie dans l'esprit des peuples, obligation à tel point méconnue que jusqu'à ce jour ces mêmes familles ont été attaquées dans leur considération et dans leurs biens et se sont

vu préférer des hommes venus les derniers se rallier autour du Irône; — enfin d'inspirer à larméc napolitaine un esprit français.

« Tels sont, Monsieur le marquis, les principes qui devaient et qui doivent servir de règles au gouvernement du roi; telles sont les conditions auxquelles Sa Majesté s'est engagée à protéger et à garantir le royaume de Naples, à maintenir sur le trône le roi et ses descendants. Le jour où les rois de Naples oublieraient que leur royaume fait partie du Grand Empire et qu'ils en sont les feudalaires, ils auraient déchiré leur titre à la couronne et renoncé à la protection de TEmpire et à la garantie de l'Empereur. Ces principes si solennellement consacrés par les faits, par les traités, par la nature des choses et par la volonté de l'Empereur, n'avaient besoin sans doute que d'être exposés dans tout leur jour, et les prétentions qui dans les derniers temps ont produit des actes si contraires à ces principes seront abandonnées pour jamais.

« Le Roi a contribué par ses travaux et par son sang à élever rédifice du grand Empire; il a contracté plus étroitement l'obligation de le servir et de concourir à sa conservation, lorsqu'il a été placé sur un trône qui en forme une partie intégrante avec l'Italie tout entière; il ne manquerait jamais à des engagements si conformes d'ailleurs à ses propres penchants. L'Empereur connaît son âme toute française. Il aime le Roi. Mais son premier intérêt doit être celui de sa politique, et aucune affection ne l'empêcherait de rappeler au devoir un grand feudataire qui tenterait de s'en écarter. Cette circonstance. Monsieur, ne se présentera pas du vivant du roi ; mais ce prince rendrait un mauvais service à ses successeurs s'il leur laissait une position mal déOnie; il importait donc également à l'intérêt de l'Empereur et à celui du Roi que les rapports du royaume des Deux-Siciles fussent à jamais bien assis et bien connus*. »

Cette note du duc de Bassano est datée du 30 décembre 1811; le marquis de Gallo ni Murât n'y firent de réponse.

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