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Mémoires du duc de Raguse, III

2. AIT. I$tr., Mémoires et Documents, Autriche, n*" 57 (Raguse de 1184 à i817), V 198 ter.

à réchafaud'. » Le 28 juin 1808, Marmont fut fait duc de Raguse.

En 1809, après le traité de Vienne, Tlstrie et la Dalroatie furent réunies aux pays enlevés à TAutriche pour former les Provinces lUyriennes, « réminiscence, dit Marmont, d'un grand nom de l'antiquité ». Elles fureut séparées de ritalie; ainsi elles cessèrent d'en être le simple prolongement pour amorcer les nouveaux desseins de Napoléon sur l'Orient.

Le duc de Raguse en fut nommé gouverneur général. Il prit sa résidence à Laybach en été, à Trieste en hiver. Il eut des pouvoirs très étendus. « Une organisation provisoire fut faite, dit-il dans ses Mémoires. Elle m'investissait de tous les pouvoirs et me transmettait lautorité du souverain... J*étais, dans toute l'étendue du terme, un vice-roi dont le pouvoir n'avait pas de bornes. » On sent qu'enfin il était content d'avoir une autorité semblable à celle du prince Eugène. Mais il exagère. H y eut à côté de lui des pouvoirs indépendants des siens, un intendant général, le conseiller d'État Dauchy, « une espèce de fou », dit-il, avec lequel il eut les relations les plus difficiles. Ils échangèrent pendant quelque temps les lettres les plus injurieuses et les plus indignes de l'un et de l'autre ^

Leur conflit d'attributions ne fut à peu près résolu que par le grand décret fondamental du 15 avril 1811. Le gouvernement général des Provinces lUyriennes fut composé d'un gouverneur général, d'un intendant général des finances, d'un commissaire de justice. Le gouverneur général fut assisté d'un petit conseil, composé, sous sa présidence, de l'intendant général, du commissaire de justice et de deux juges de la cour d'appel de Laybach. Le pays fut divisé en six provinces civiles et une militaire, la Garniole, la Garinthie, l'Istrie, la Croatie civile, la Dalmatie, Raguse, et la Croatie militaire. Elles furent subdivisées en districts et cantons; un intendant, dans chaque province, eut les pouvoirs d'un préfet de l'Empire, et fut assisté de subdélégués dans les districts. 11 y eut un lycée à Laybach, un autre à Raguse. L'administration financière, l'administration de la justice, furent organisées dans les plus grands

1. Ârch. nation., AF, IV, 1713. — Mémoires du duc de Raguse, III, 161.

2. Arch. nation., AF, IV, 1713. — Mémoires du duc de Raguse, III, 274, 338, 341, 349. 379.

détails, si bien que ce décret du 15 avril 1811 a Timporlance d'une véritable constitution '.

Aux confins de TAutriche et de la Turquie, dans une région sans cesse troublée par les luttes séculaires de Tlslam et des Chrétiens, ces provinces avaient pour Napoléon une importance surtout militaire. Marmont, en effet, n'eut pas le temps de donner beaucoup de soins à Tinstruction publique; il put à peine ouvrir quelques écoles, envoyer quelques jeunes Croates dans les lycées de France, encourager le développement de la langue croate, arrachée pour un temps à la servitude où la tenait le gouvernement autrichien, exciter ainsi parmi ce peuple quelques espérances de renaissance nationale.

Il fut plus particulièrement préoccupé de Torganisation militaire. 11 essaya d y associer les Croates eux-mêmes dont il appréciait les aptitudes guerrières et les sympathies pour la France ; il institua six régiments-frontières, dont les officiers furent par moitié des officiers français et des officiers croates, le premier régiment commandé même par un Croate, le colonel Slivarich. Il eut aussi une garde nationale, tout à fait digne, dit-il, d'être comparée aux troupes de ligne. 11 demanda à l'Empereur des fusils pour tout ce monde. L'Empereur fit des réserves sur Tutilitéde pareilles mesures. « Je trouve, écrivait-il à Clarke, la demande des 15 000 fusils à donner aux Croates bien prématurée et bien hasardée; il faut bien se garder d'en rien faire. On pourrait tout au plus en donner à une compagnie par régiment. Le maréchal Marmont est-il sûr que ces gens-là ne s'en serviront pas contre lui? Il ne faut pas les armer avant qu'on les connaisse et qu'on en soit sûr. Qu'on en arme un millier d'hommes, pas plus. Témoignez au maréchal Marmont que cette légèreté dans une affaire de celte importance me parait fort extraordinaire^. »

Ces troupes françaises et croates furent employées à la répression du brigandage, qui sévissait particulièrement dans la région de Pola. La sécurité y fut établie aussi parfaite que possible. Le gouverneur général voulut de même protéger les villages croates de la frontière contre tes incursions des pillards turcs. Ce fut toute

1. On en trouvera le texte aux AIT. Etr. Autriche, Mémoires et Documents, n" 55 (Provinces Illyriennes de iSlO à 1814), f^ 44-63.

2. Corr., XX, 16123, 16231. — Mémoires du duc de Raguse. III, 347, 369.

une petite expédition que Marmont raconte avec complaisance ; il usa d abord de patience; cela ne fit qu'encourager les Turcs. Il employa ensuite la sévérité ; il conduisit ses hommes dans le pays turc, il prit les forteresses d'Isachich, de Bihacs, et obligea par la terreur ainsi répandue les pillards à lui remettre la citadelle croate de Gzettin où ils étaient fixés depuis longtemps et qui éiait devenu le centre de leurs incursions dans tous les environs et leur repaire contre tout châtiment. Dès lors la paix fut assurée sur toute cette frontière, le long de la vallée haute de TUnna. Napoléon pourtant n'approuva point encore : « Répondez au duc de Raguse, dit-il à Glarke, que je vois avec peine qu'il fasse battre mes troupes contre les Turcs, que le sang français coule pour de pareilles babioles; que les Croates sont suffisants; qu'il laisse donc mes troupes tranquilles ; que, tant que les Croates se battent, c'est une chose à laquelle on est accoutumé ; qu'il peut mettre quelques officiers français et des compagnies d'artillerie, mais point de mon infanterie^ ».

En somme, les Provinces lllyriennes, fortement organisées par Marmont, complétèrent dans les meilleures conditions la défense militaire de l'Italie; une longue note officielle en indique en détail les établissements principaux et les mesures à prendre en cas d'hostilités; « elles peuvent être aussi considérées, y dit-on, comme pouvant servir dans une guerre contre les Turcs : Caristadt (sur la Kulpa) serait bientôt armée et Dubicza (au confluent de la Save et de TUnna) pourrait servir à l'agression de la Bosnie*. » De bonne heure Marmont avait envoyé à l'Empereur des rapports détaillés sur les conditions militaires d'une invasion en Turquie par Caltaro ou Corfou, et pendant tout le temps de son gouvernement il rêva et espéra des opérations de guerre dans les Balkans, soit pour secourir ce pays comme allié, soit pour le conquérir'.

1. Mémoires du duc de Raguse, III, 349-357. — Corp., XX, 16472.

2. Gorr., XX, 16792. — Mémoires du duc de Raguse, III, 437, 477.

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