‹ Napoléon en ItalieChapitre 399 sur 423 · Sorel, VII, liv. II, ch. Il, p · texte numérisé non relu

Sorel, VII, liv. II, ch. Il, p

la Convention absorbait dans son € système départementaire » toute la rive gauche du Rhin, mais avec moins de raison qu'elle, il garda toutes les nations conquises dans son système impérial; il eut la crainte, sans doute justifiée, de les voir se lever contre lui; il fondit l'Europe dans la grande unité révolutionnaire, sous la forme du Grand Empire.

En sa conscience sans doute il se donnait des raisons. Peutêtre était-il disposé à considérer son œuvre comme « providentielle », selon Texpression de Pierre Leroux. Du moins pouvait-il sincèrement croire que, s'il abandonnait à eux-mêmes, s'il libérait les pays conquis, ils retomberaient aussitôt sous la domination des forces du passé? L'Europe n'avait pas reçu tout entière l'éducation philosophique de la France, et même dans cette France si cultivée, la Restauration, après lui, put entreprendre de refaire tout l'ancien régime. Il put estimer qu'il était seul de force à fonder et à maintenir partout la Révolution, et que sa retraite serait le signal de la réaction. C'est par la nature offensive de la propagande révolutionnaire, plutôt que par les nécessités de la légitime défense contre la coalition des rois, qu'il fut entraîné i la guerre incessante. Ces termes, du reste, ne sont pas inconciliables.

Les empereurs d'avant lui, depuis le commencement du moyen âge, avaient été des serviteurs de l'unité catholique, Charlemagne contre les musulmans et les païens, Charles-Quint contre les Réformés. Il semblait que l'Empire fût le serviteur de l'Église, son bras séculier. En vérité les Empereurs se servaient de la puissance universelle de l'Église parce qu'il n'y avait pas de force qui lui fût comparable; c'est aussi que sans elle ils n'auraient pas été empereurs, dans le vrai sens du mot.

Mais voici qu'après la Renaissance, la Réforme et le mouvement philosophique du xym" siècle, l'Église a perdu presque toute son autorité; voici qu'elle ne peut plus élever ou soutenir les trônes; voici que la Révolution est une force plus grande, capable, conune le christianisme autrefois, de dissoudre et de renverser les Empires les plus anciens; voici qu'elle inaugure, comme le christianisme autrefois, une ère nouvelle dans l'histoire des hommes : Napoléon est grand pour en avoir été la personnification. U employa un moment la papauté à l'affermissement de son pouvoir

en France, mais il ne lui livra rien d'essénliel ; il ne voulut que se servir d'elle; il demeura, contre elle, l'agent de la Révolution. Comment eût-il pu y avoir une entente véritable entre lui et le Saint-Siège? Ils étaient des ennemis naturels.

Partout, en Italie, à mesure qu'il s'approchait de Rome, il rencontra, comme les généraux républicains des années précédentes , l'hostilité irréductible de l'Église. En 1799, les moines donnaient la chasse aux « Jacobins » vaincus. Ce fut, sous Napoléon, le a jacobinisme » que poursuivit partout l'Église, à Parme sous le dernier duc, à Toscane sous le roi Louis I" ou la régente Marie- Louise, à Naples, à Rome; partout l'Église avait gardé l'esprit des Sanfédistes.

On se rappelle la circulaire du secrétaire d'État, cardinal Gabrielli, du 29 mai 1808, quand il protestait contre le Code, contre la liberté de conscience, contre les principes du régime moderne issu de la Révolution, quand il opposait aux sentiments profondément chrétiens du glorieux fondateur Charlemagne les institutions perverses du nouveau gouvernement impérial, quand il déclarait que sous la protection jurée des souverains français pour tous les cultes se cachait comme sous le masque la persécution la plus dangereuse et la plus artificieuse que Ton pût imaginer contre l'Église de Jésus-Christ*. Le cardinal Gabrielli avait raison. Les enseignements de l'Église de Rome, sinon de Jésus-Christ, et les institutions de la Révolution française et de l'Empire étaient aussi inconciliables que de nos jours le Syllabus et ce que nous appelons le régime moderne; partout alors l'occupation française signifiait liberté des cultes, sécularisation des biens de l'Église, fermeture des couvents, supériorité du pouvoir civil.

Napoléon ne croyait pas de la sorte persécuter l'Église; il prétendait seulement établir l'autorité impériale, non pas à côté d'elle, mais au-dessus, au-dessus de toute autorité sur la terre. Il le disait dans un projet de lettre aux évoques, à l'occasion de la naissance de son flis : « Le roi de Rome, lorsqu'il montera sur le trône, consolidera ce que nous avons fait. Il saura que la religion est la base de la morale, le fondement de la société et le plus ferme appui de la monarchie... Il saura que la doctrine de Grégoire VII et de

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