‹ Napoléon en ItalieChapitre 40 sur 423 · Melzi, I · texte numérisé non relu

Melzi, I

peuples de l'Italie ; il faut rappeler que depuis les temps carolingiens ritalie fut toujours divisée, émietlée en une poussière de petits États rivaux, où elle fut pendant des siècles la proie des barbares ; qu'au commencement du xix* siècle elle comptait encore un grand nombre d'Lta(s : Piémonl, Milanais, Vénélic au nordj — Gènes^ Parme el Plaisance^ Toscane, États du pape au centre, — Royaume de IVaples au sud ; que Lou.s ces Étals avaient eu à travers les siècles des destins divers, qu'ils n'avaient qu'une très vague idée de leur parenté de race et de langue; que Tltalie n'était alors vraiment qu'une expression géographique, qu'il n*y avait pas encore au point de vue politique une Italie, mais des États Italiques, et que ce serait un anachronisme grave que d'imaginer déjà le sentiment national vivant et conscient dans les cœurs ou les cerveaux des Italiens. 11 naissait à peine chez quelques-uns depuis quatre ou cinq ans; il faut plus de temps pour qu'il se développe et s'épanouisse victorieusemcnl.

Ainsi l'Italie pouvait difficilement ôlre abandonnée à elle-même; c'eût été la livrer aux rivalités locales, aux dissensions intestines dont elle avait été déchirée toujours el que les principes révolutionnaires ne pouvaient qu'augmenter encore; elle eût comme toujours excité les convoitises des puissances voisines; elle fût restée le champ de bataille de la France et de rAulriche, qui y avaient Tune et l'autre des positions. Il y a du vrai dans l'observation d'un contemporain, que l'Italie n'avait alors à choisir qu'entre la dépendance de TAuiriche et celle de la France ^ , Bonaparte ne voulait pas sacrifier ses propres avantoges assurés par deux campagnes glorieuses. Son ambition prenait sa force et une sorte de raison d'être dans les circonstances, en Italie conime en Allemagne. En Allemagne, il trouvait le Saint-Empire en décomposition, et il allait le transformer et le renverser parce qu'il n'avait plus de vie dans sa forme ancien ne j^ Général de la Révolution, il éveillait Ee sentiment national italien, assez pour en I profiler, non pas assez pour en être contenu. Aussi bien les incomparables triomphes de sa politique furent-ils le fruit des circonstances j et notamment de Taction révolutionnaire, au moins autant que de son génie,

L BignoD, Histoire de France »0i£f le Conmlai et ('Empire, Ul, 301 .

Mais dès lors son action politique dépassait singulièrement les frontières naturelles de la France, elle était entraînée par son ambition personnelle et par la contagion des principes révolutionnaires au delà des Alpes comme au delà du Rhin, dans une voie jadis indiquée par Gharlemagne. Ce n'était plus une politique française, c'était une politique impériale. Bonaparte allait en avoir une conception de plus en plus nette, et Tétude de sa politique italienne est un élément essentiel de l'analyse de son caractère et de son rôle historique.

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