Souligné dans le texte
nationales ne promettant pas un résultat aussi heureux, je me suis empressé de donner aux différents généraux qui commandent les départements des instructions confidentielles, afin de diriger les choix sur des hommes considérés et amis de notre pays; j'ose donc espérer qu'au moyen de cette précaution nous n'avons rien à craindre de Tinfluence des malintentionnés... J'espère que vous serez aussi content de ma conduite dans celte occasion que de celle que j'ai dû tenir il y a quelques jours, en licenciant les compagnies choisies de la garde nationale : ces corps étaient notre armée révolutionnaire de 93. Je m'applaudis aujourd'hui de cette mesure; depuis cette époque, plus de guerres, plus d'assassinats; la tranquillité règne partout, tous les honnêtes gens respirent.
« Les élections du clergé seront bonnes; celles des savants pourront être composées d'hommes chauds; celles des tribunaux et du commerce seront bonnes. Ainsi cette assemblée sera vraiment majestueuse et digne de recevoir dans son sein le créateur de la République. »
Et Murât exprime la joie de son triomphe avec une extraordinaire inconscience : « Mon général, l'arrêté de la Consulte sur la convocation à Lyon vient de ranimer tous les. esprits; tous les cœurs s'ouvrent à l'espérance. C'est d'aujourd'hui qu'on croit à une constitution, c'est d'aujourd'hui que doit dater le bonheur de l'Italie régénérée. Que sa destinée est belle! La vôtre sera toujours d'étonner chaque jour le monde par un nouveau trait de ce génie qui caractérise le grand homme, celui qui ne prit jamais personne pour modèle.
« Le nom de bienfaiteur, de régénérateur de l'Italie, de Bonaparte, est dans toutes les bouches comme dans tous les cœurs; ce seul nom et cette idée toute nouvelle de cette convocation ont suffi pour faire sortir les Cisalpins de ce sommeil de mort où les avaient plongés la guerre et les révolutions. »
Il ne faut pas rechercher encore si ces hyperboles n'étaient pas une façon discrète, à la Murât, de s'offrir à son beau-frère pour l'aider à la régénération complète de l'Italie, et s'il n'y a pas lieu d'y noter la première apparition des. ambitions italiennes du personnage. Nous remarquons simplement que les élections à la Consulte extraordinaire de Lyon, comme la loi même qui la con-
Toquait, ont été faites sous la pression de Murât et des généraux français de Tannée d'occupation. Murât, d'ailleurs, n'avait pas le temps d'entrer dans les détails. < Je ne vous parlerai pas de nos moyens d'exécution ; le citoyen Petiet en rend un compte détaillé au ministre; je me contente de vous rassurer sur les choix. » Toutes précautions étaient donc prises pour que l'opinion publique du pays cisalpin se prononçât dans le sens voulu ; mais ce luxe même de précautions n'interdit pas de supposer que si les élections avaient été libres, l'opinion publique aurait été différente : du moins Bonaparte ne voulut pas en courir le risque.
On pouvait craindre que les notables ainsi désignés ne fussent mal disposés au long et coûteux voyage de Lyon, qui avait en outre le grave inconvénient, en dépit de l'opinion de Meizi, de manifester publiquement la dépendance des Cisalpins à l'égard du Premier Consul de la République française. Il n'en était pas moins nécessaire que la représentation de la Cisalpine y fût complète; des abstentions trop nombreuses auraient produit dans le pays et en Europe un effet déplorable. Il fallait, dit l'historien italien Botla*, « donner aux commandements impérieux du Consul l'apparence de vœux et de supplications spontanées de la part du peuple ».-^ Murât s'en occupa avec zèle. « Comme on paraît faire craindre, dit-il, que lous ces notables ne se rendent point au rendez-vous, je vais passer la revue des divisions, et j'espère y employer toute espèce de moyens de persuasion pour leur faire sentir combien leur démarche serait impolitique et nuisible à leur propre intérêt en abandonnant ainsi leur propre sort entre les mains de personnes moins intéressées au bonheur et à la gloire de la République. Déjà j'ai vu l'évèque qui m'a promis de s'y rendre lui-même, et cela seulement pour vous voir; au reste je dois vous dire que cet espoir est le seul et le plus puissant mobile pour ceux qui s'y rendront. »
Murai affirme, dans la même lettre,, que Petiet et le comité de gouvernement « ne furent pas trop satisfaits de ce choix des plus riches et des plus estimés qui n'iraient pas chanter leurs louanges à Lyon ». Il s'en réjouissait au contraire, il espérait peut-être y trouver son intérêt, en même temps que celui de Bonaparte. En