IV
70 BIARENGO (1800-1802)
effet les membres du comité de gouvernement appartenaient au parti avancé, dit jacobin, qui s'était appuyé sur les Français tant qu'il avait pu voir en eux des libérateurs; ce parti, que soutenaient beaucoup de gens du peuple, pouvait être appelé le parti démocratique; il rêvait, sous la tutelle de plus en plus légère de Bonaparte, l'organisation d'une République libre dans l'Italie du Nord et peut-être plus tard dans le reste de la péninsule. Le Premier Consul s'était d'abord servi de ce parti et lui avait donné des places. Mais désormais il s'en défiait, parce qu'il craignait d'y rencontrer de l'opposition à ses entreprises personnelles; il pouvait craindre aussi que par haine et terreur de l'esprit jacobin, les classes aisées ne fussent disposées à regarder vers T Autriche, et que le clergé catholique surtout ne se détournât de la France. 11 se persuadait qii'à Milan comme à Paris son autorité ne pouvait être solidement fondée que sur l'alliance de la bourgeoisie et de l'Église, c'est-à-dire du « parti de l'ordre » contre les partis révolutionnaires. Ce fut un changement tout naturel d'orientation politique : ce fiit l'accord du pouvoir et de la fortune.
La Consulte extraordinaire de Lyon se trouva donc composée de la Consulte et du Comité de gouvernement, sauf trois membres qui demeurèrent à Milan pour la gestion des affaires courantes, puis des députations des évêques et des curés, des tribunaux, des académies, des universités, des régiments de ligne, enfin des notables des départements et des chambres de commerce : en tout 450 membres.
Avec tous les soins qu'il avait pris à Toccasion de ces choix, le Premier Consul pouvait espérer que ses projets ne rencontreraient pas d'obstacle. 11 n'y eut pas beaucoup d'enthousiasme parmi les populations ni parmi les députés eux-mêmes : « On se rendit à Lyon celui-ci par zèle, celui-là malgré lui, cet autre par ambition* ». Cette froideur n'inquiétait pas beaucoup Bonaparte. Il se gardait bien de faire voter le peuple lui-même, dont la volonté nVût sans doute pas été conforme à la sienne; il préférait des notables, ennemis de toute révolution nouvelle, de tout désordre, las du provisoire, avides d'une situation définitive, dût la liberté y perdre quelque chose, divisés d'intérêts, de sentiments,