Melzi, I
d*en préparer la mise en marche par rorganisation des divers corps de i'Élat et la nomination des fonclionnaires. Il convenait donc que, pour assurer des délibérations très calmes, pour écarter toute difficulté issue de rivalités locales, pour utiliser toutes compétences, la Consulte extraordinaire se partageât, à Timage du Bureau de délibération lui-même, en 5 sections régionales.
Les propositions de Talleyrand furent adoptées par le Bureau, et le Comité fut en effet divisé en 5 sections, dont les présidents et secrétaires furent nommés par Talleyrand : Melzi et Strigelli pour les pays ci-devant autrichiens, c'est-à-dire le Milanais ; — Aldini et Belmonti pour les pays de TÉiat ecclésiastique, c'est-àdire Bologne; — Bargnani et Carissimi pour les pays ci-devant vénitiens, c'est-à-dire la région de Brescia et de Bergame; — Paradisi et Candrini, pour le pays de l'ancien duché de Modène; — de Bernardi et Diego Guicciardi, pour les pays ci-devant valtelins et piémontais (Novare).
On doit trouver singulière cette idée de briser l'unité de la Consulte en sections régionales et de donner ainsi un aliment nouveau aux rivalités locales. Assurément Talleyrand et le Premier Consul étaient préoccupés de diminuer la puissance de la Consulte, tout en lui conservant le prestige dont ils avaient besoin ; il s'agissait de paraître solliciter le libre vœu de la nation cisalpine, mais aussi d'empêcher que ce libre vœu ne fût désagréable : œuvre délicate qui n'élait pas au-dessus de l'habileté de Talleyrand.
Cependant les jours passaient sans qu'on aboutît à rien ; les Cisalpins commençaient à s'impatienter de n'avoir rien à faire, de n'avoir pas même à délibérer sur la constitution pour laquelle ils s'étaient crus convoqués spécialement. Talleyrand était obligé de se préoccuper de cette situation et il écrivait en ces termes au Premier Consul * : « Si on ne les occupe pas, l'ennui peut dégénérer en mécontentement et en dispositions tracassières ; on évitera cet inconvénient et l'on me paraît ne pouvoir tomber dans aucun autre en abandonnant à chacune des cinq assemblées le droit de faire des observations qui ne touchent pas à la Constitution ellemême. Ces observations pourront être consignées dans cinq cahiers
1. AfT. Elr., Corr., MUan, n*» 60, pièce 19. — Ce volume n* 60 est presque tout entier rempU des pièces de la ConsuUe extraordinaire.
qui vous seront remis à votre arrivée ; j'empêcherai* qu'elles ne divaguent par un arrêté dont je proposerai les bases au bureau de délibération; j'empêcherai surtout que les cinq sections ne s'érigent en assemblées législatives et que leurs délibérations deviennent autre chose que de simples vœux dont vous ou le gouvernement cisalpin pourriez apprécier la justesse et l'importance. Le moyen le plus sûr d'éviter que les cinq assemblées ne s'occupent de trop de choses sera de les occuper un peu des personnages.... Je tirerai les choses jusqu'au moment de votre arrivée. »
Cette consultation nationale de la Cisalpine avait donc un caractère très particulier; toute liberté de délibération lui était enlevée, et pourtant on se rappelle quels soins avaient été pris pour que la Consulte ne fût composée que de « bons citoyens ».
Le plan de Talleyrand s'exécuta sans accident; et il en fit son rapport avec quelque complaisance au Premier Consul*; il faut suivre pas à pas son récit. 11 fut nécessaire « d'occuper leurs loisirs pour qu'ils ne devinssent pas turbulents et inquiets; il fallut donc leur abandonner quelques discussions qui ne présentassent aucun danger ». Il fut bien établi devant chacune des cinq assemblées que la constitution déjà acceptée ne pouvait plus être remise en question (on sait avec quelle rapidité, en huit heures, Murât avait obtenu celte acceptation), que par conséquent « l'opinion qu'émettrait chacune des cinq assemblées ne devait porter que sur quelques bases de lois organiques ou sur l'avantage qu'on trouverait à. quelque modification, et que cette opinion ne serait présentée que sous forme d'observations au Premier Consul pour être prise en considération, soit par lui, soit par les autorités cisalpines qu'il aurait instituées. Ainsi les différentes sections de la Consulte extraordinaire ont été circonscrites dans un cercle de discussion qui ne leur a laissé que des vœux à émettre et des matières secondaires à traiter. »
Les sections furent ensuite occupées à désigner des hommes propres aux premiers emplois. Par exemple, pour le Corps législatif et le Tribunal de Cassation, chaque section dressa une liste de nombre égal à celui des membres à nommer; ainsi fut constituée une liste quintuple où le choix décisif fut réservé au Premier