Aff. Btr., Corr., Milan, n* 60, 20» pièce
GoDsul. Ainsi, dit Talleyrand, « cette nombreuse assemblée fut arrachée à l'inaction; car il convenait de ne pas laisser quelque issue à leur impatience et à leur désir de ne pas paraître nuls ». On les pria de ne pas s'occuper aussitôt des candidats à désigner pdur le gouvernement cisalpin définitif; il convenait de laisser à cet égard toute liberté au choix du Premier Consul.
Dès lors Bonaparte pouvait venir : a les filets étaient bien tendus* ». La constitution était « regardée comme acceptée », la Consulte était bien disciplinée sous l'adroite direction de Talleyrand; elle s'en remettait entièrement au Premier Consul du choix des fonctionnaires les plus importants. On pourrait même se demander pourquoi elle était venue de si loin ; mais elle avait l'air, aux yeux de l'Europe, de l'Ilalie et de la France notamment, d'être la représentation libre et imposante de la nation cisalpine. Tous les rôles en cette comédie, sauf celui des dupes, furent habilement tenus.
Bonaparte arriva à Lyon le 21 nivôse (10 janv. 1802). 11 y demeura jusqu'au 7 pluviôse ou 27 janvier, soit une quinzaine de jours. 11 avait avec lui Joséphine, et il tint déjà, comme un souverain qui se déplace, une sorte de cour ; il consacra beaucoup de son temps à recevoir les municipalités, les préfets et les principaux fonctionnaires de la région et de tout le Midi; il constata dans tous ses rapports officiels que Tordre était rétabli partout, que l'industrie et le commerce avaient pris depuis deux ans un essor nouveau à Lyon comme à Saint-Étienne, à Annecy, etc. ^. 11 témoigna sa satisfaction en accordant des écharpes d'honneur aux maires des trois municipalités de Lyon. 11 honora quelques instants de sa présence les bals donnés à sa femme par le commerce de la ville, par les généraux. Il fit venir les régiments de l'armée d'Orient, récemment arrivés d'Egypte après les capitulations du Caire et d'Alexandrie ; il les fit habiller, et les passa en revue sur la place Bellecour le 25 janvier. Cérémonie mélancolique, triste fin d'un grand rêve qui ne se réalisa point et qui le hanta toujours. En se retrouvant devant les soldats des Pyramides, du Mont-Thabor et d'Aboukir, ne jeta-t-il point quelques pénétrants éclairs de sa pensée par-dessus l'Italie jusqu'aux pays de l'Orient