I. — Le traité d'Amiens
1!. — Ln réaction dans lo Piémont en f 'ÎSSUSOD. — Le roi Charles-Emmanuel IV et les râpubUcatnB. — Après Marengo ^ la commission de gouvernement et Jourdan ministre plénipotentiaire. — Exactions des généraux français; CQTi tribu lions de guerre, — Crise dans le gouvernement piémontais (oct. iSdO)* — Démembrement du Piémont*
]\h — Linsurreclion d'Aostii. Les combats d'Ivrée (janv. 1801). -— Le grand plan du sieur Coflln.
JV. — La négociation de Saint-Mart^an h Paris (février-avril 1801). — Les exigences préliminaires de Talleyrandj les maladresses de Saint-Marsan. — L'arrêté consulaire du 2-12 avriî !801 i Jourdan administrateur général. — Le faux départ de Saint-3iarsan- — Son expulsion (3 juillet).
V* — L'abdication du roi Charle:s-Enimanael IV (4 juin 1802). — L'arrêté consulaire sur Taniniatie et le retour des émigrés. — Négociations avec le nouveau roi Victor-Ëmmanuai P^ — La question de la Sardaigne.
VL — Le sénatus-consulté du 11 septembre 1802. — Réunion du Piémont à la France.
Les préliminaires de Londres avaient posé les bases de la paix entre la France et rAngleterre; elle fut conclue à Amiens le 26 mars 1802. L'Égyplc était rendue aux Turcs. Les lies Ioniennes devaient former une République indépeîidante sous la garantie de laPorle et de la Russie* Les troupes françaises devaient évacuer TareuLc et les États Romains. Celait Tabandon par la France du dessein méditerranéen qui avait été co.içu par Bonaparte et par le Directoire au monoent dn traité de Catnpo-Formio.
D'autre part Malte devait être rendue aux Chevaliers de Sainl-
Jean; sa neutralité et son indépendance étaient mises sous la garantie des grandes puissances ; une garnison napolitaine devait y être établie pour un an ou plus longtemps s'il était nécessaire. L1le devait être évacuée par les Anglais dans les trois mois qui suivraient les ratifications. L*Angleterre devait évacuer de même tous les points qu'elle occupait dans la mer Adriatique, et toute la Méditerranée dans le mois qui suivrait les ratifications.
Ainsi la Méditerranée était remise dans le statu quo anie bellum. Les deux grandes puissances rivales, la France et l'Angleterre, en étaient écartées ensemble. Etait-il possible que cela fût durable? que cela même fût dès lors exécuté? La campagne d'Egypte çt le projet d'ouvrir le canal de Suez avaient révélé l'intérêt universel de ces pays, y avaient déjà marqué la route véritable de l'Inde. Gomment croire que les Anglais s'en désintéresseraient? Gomment croire que Bonaparte, bientôt consul à vie, tonl-puissant, victorieux, renoncerait à ses conceptions les plus chères, serait moins hardi que le Directoire, s'abstiendrait de revendiquer pour la France dans la Méditerranée la situation qui lui appartient? Gomment supposer sincère et définitive une pareille abdication?
En vérité la paix d'Amiens ne pouvait être qu'une trêve. Si les deux adversaires se retiraient de la Méditerranée, ou du moins le promettaient, c'était pour prendre du champ, avant l'étreinte suprême.
Bonaparte se remit donc, avec plus de résolution que jamais, à I organisation de l'Italie ; il y était à Taise : le traité d'Amiens était muet sur le Piémont, sur Gênes, sur Parme, sur la Toscane.
Le Piémont, où le parti démocratique s'était emparé du pouvoir à la faveur de l'occupation française, avait été très durement traité par l'invasion austro-russe qui avait donné carrière aux vengeances du parti aristocratique et monarchiste. Souvarof s'était fait précéder d'un manifeste où il annonçait sa volonté de faire triompher la religion, de garantir les propriétés, d'étouffer
ces doclriHes pernicieuses qui corrompaient tous les cœurs. De violentes scènes mirent aussitôt les partis en présence : les habitants de Carmagnole près de Turin s'armèrent pour égorger les Français sur les routes; les républicains de Pignerol accoururent pour égorger les moines de Carmagnole : Carmagnole, en effet, était alors, en dépit de son nom, un centre de contre-révolution. Un certain Branda, dans le Novarais, autour de Verceil, forma une bande qu'il appelait « l'armée chrétienne » ; il avait pour aides de camp deux capucins et pour gardes du corps des curés et des moines de toutes couleurs, armés de fourches, de pioches, de pistolets et de crucifix. La terreur régna. On donna la chasse aux Jacobins, aux cris ironiques de «Jacob! Jacob! » En entrant dans un village, Branda arrachait l'arbre de la liberté, plantait une croix, s^agenouillait devant, et priait; puis il se mettait à table et mangeait bien; « il buvait aussi, dit Botta, avec une grande dévotion, et on voyait souvent chanceler le saint homme ». Il levait des contributions sur les « Jacobins » riches et les mettait en prison, pour les piller plus à l'aise; il se faisait amener leurs femmes et leurs filles et les gardaient si elles étaient jolies. Et les moines racontaient que Jésus-Christ lui était apparu, qu'il était l'envoyé de Dieu. Quelques prêtres, comme en France, avaient adhéré au système républicain; 69 furent garrottés deux à deux, embarqués sur le Pô, tellement serrés dans leurs entraves qu'ils ne pouvaient satisfaire même à leurs besoins naturels; ils furent transportés parmi les huées dans les cachots du château de Verrua *. Les Autrichiens eux-mêmes durent faire cesser ces atrocités, disperser la bande de Branda, établir un certain ordre. Les républicains qui purent s'échapper se réfugièrent en France, à Briançon, Grenoble, Marseille, surtout Chambéry, où ils eurent beaucoup à se louer du secours qu'on leur donna.
Souvarof eût voulu rappeler le roi de Sardaigne à Turin; le gouvernement russe témoigna toujours beaucoup d'intérêt à ce prince. Mais les Autrichiens avaient d'autres prétentions. Ils eurent à peine le temps de les formuler. Marengo brisa tout net Teffort de la contre-révolution en Italie.
Le roi Charles-Emmanuel IV s'était retiré d'abord à Cagliari,