‹ Napoléon en ItalieChapitre 55 sur 423 · Botta, IV, 23-25. — AIT. Etr., Turin, n« 279, f · texte numérisé non relu

Botta, IV, 23-25. — AIT. Etr., Turin, n« 279, f

SOUS l'escorte de la frégate anglaise la Terpsichore; les nobles et les prêtres de la Sardaigne lui avaient fait un accueil chaleureux, soit qu'ils fussent fiers d'avoir enfin leur roi parmi eux, soit qu'ils voulussent manifester leur haine de la France; en effet quelques Français qui vivaient dans l'île eurent à se plaindre de cet état d'esprit. Le roi prit pour ministre d'État et secrétaire de son cabinet le comte de Chalembert, un Piémontais, ennemi déclaré de tout esprit révolutionnaire. Charles-Emmanuel ne devait pas rester longtemps en Sardaigne; il y fut mal installé, il y eut des deuils de famille, des difficultés avec ses sujets : les Sardes étaient fâchés qu'il n'eût autour de lui que des officiers ou des ministres piémontais; ils avaient leur roi; ils voulaient le reconquérir tout entier. Il quitta bientôt son royaume et alla s'établir à Rome '.

Bonaparte, de nouveau maître de l'Italie du Nord, fit offrir au roi de Sardaigne de rentrer à Turin. Charles-Emmanuel ne répondit pas à ces avances; il avait peur de la protection du Premier Consul ; il eût préféré celle des rois de l'Europe ou du tsar'.

Mais les républicains qui s'étaient réfugiés en France rentrèrent dans leur pays, et naturellement ils redoutèrent par-dessus tout une restauration de la royauté et des privilèges du passé. Tout de suite ils manifestèrent leur haine de l'ancienne dynastie et supplièrent le gouvernement français de les en délivrer à jamais; ils préféraient une annexion du Piémont à la France. L'un des plus remarquables d'entre eux, le citoyen Bossi, en faisait l'objet d'une longue lettre à Talleyrand : il y disait que l'Italie, n'ayant pas d'existence politique propre, serait encore longtemps un champ de bataille entre la France et l'Autriche, que la France avait donc intérêt à posséder les routes des Alpes occidentales et les forteresses qui les commandent, l'Autriche étant elle-même établie, par le Tyrol et Mantoue, au cœur de l'Italie : c'était une nécessité d'équilibre. 11 expliquait ensuite qu'une République piémontaise indépendante serait un champ clos entre les partis, que les républicains n'y étaient pas encore assez nombreux pour y demeurer les Dttitres, que la France y avait d'ailleurs beaucoup d'ennemis, que les intrigues des gouvernements monarchiques et de l'Angleterre

t.Aff.Etr., Sardaigne, n* 281, f" 27-28. 2. kS, Etr., Turin, n* 280, r 31.

feraient un jour cette République aussi dangereuse à la France que la maison de Savoie : celle-ci ne larderait pas à y être rétablie. Et le ciloyen Bossi Icrminaitparde hautes considérations philosophiqueSj tirées de la Constitution de Tan Vllt : « Cette GoDstilulioQ, par sa splendeur, sa force, sa centralité, la rapidité et le secret de ses mouvements, est capable de joindre et tenir ensemble les parties éloignées duplusvasie empire. Elle n'est plus aussi exclusivement nationale, si Ton peut se servir de ce terme, que Vêtaient toutes celles qui Tont précédée; elle comporte, elle demande même la plus grande extension de l'Empire comme un moyen d augmenter les ressources et l'éclat du gouvernement sans pressurer ta nation et de le tenir dans une balance avantageuse avec le reste de l'Europe, qu'on ne doit désormais plus regarder que comme faisant à peu près un seul tout en opposition avec TEmpire français *. » Bonaparte lui-même avait-il dès lors une conception aussi nette du caractiTe impérial de la Constitution de lan VIII?

Cependant le Premier Consul n'était pas encore prêt à décider des destinées du Piémont, 11 fallait d'abord finir la guerre et se garder les mains libres pour les nt-gociations. Avant de rentrer en France après Marengo, Berthier institua à Turin un gouvernement provisoire à la façon de celui de Milan, comprenant une consulte de trente membres et une commission de gouvernement de sept membres : Avogadro, ex-président du sénat de Turin; Baudisson, ex-professeur de droit canon; Botlon, ex-intendant général ; Braida, ex-avocat des pauvres; Cavalli, ex-comte; Galli, ex-président de la Chambre des comptes ; Rocci, ex-secrétaire des relations extérieures. Bonaparte institua auprès do ce gouvernement un ministre extraordinaire de la République Française; il désigna d'abord le général Dupont j mais dès le 2!\ juillet il confia définitivement cette fonction au général Jourdan, comme une « marque de distinction pour le vainqueur de Fleurus^ ». Le caractère de sa mission lui fut précisé dans ses Instructions ; Tintérèt essentiel dont il avait à se préoccuper était que « larmée fût nourrie ». Sauf cela, cette mission avait un caractère absolument temporaire; le général devait éviter toute mesure qui pourrait avoir un caractère d'irrévocabi-

i. Aiï. Elr-, Turin n' 219, f" 29-42.

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