‹ Napoléon en ItalieChapitre 68 sur 423 · Corr., VU, 6149. — Aff. Etr., Turin, n« 280, f · texte numérisé non relu

Corr., VU, 6149. — Aff. Etr., Turin, n« 280, f

Oet arrêté produisit la plus vive émotion parmi les émigrés piémontais et surtout parmi ceux qui s'étaient attachés au service du roi. Mais le gouvernement français admit quelques exceptions et quelques tempéraments. Joseph de Maistre sollicita par Tintermédiaire d'Alquier la bienveillance du Premier Consul : il fut autorisé à rester au service du roi de Sardaigne et à conserver tous les droits attachés à sa qualité de Française Bonaparte écrivit de sa main cette note au sujet de Saint-Marsan : c Faire écrire à Saint-Marsan par quelque Piémontais que le Piémont est réuni irrévocablement à la France, qu'un arrêté du gouvernement a ordonné à tous les Piémontais de rentrer avant le 1" vendémiaire, sans quoi ils auraient leurs biens confisqués et seraient traités comme émigrés, que Ton lui conseille de renoncer à ses places et de redevenir Français >. Tout de môme on eut des ménagements pour lui. Le Premier Consul lui accorda du temps pour se mettre en règle avec l'arrêté du 10 messidor; il lui écrivit lui-même ces choses aimables : « Vous avez rempli fidèlement vos devoirs envers le roi de Sardaigne, qui vient de se démettre. Vous devez à votre famille, à vos enfants, à votre pays, de suivre son sort et de chercher, dans cette nouvelle circonstance, à lui être utile. Par l'estime particulière que je vous porte depuis longtemps, vous êtes plus propre que personne à lui rendre des services. Le Piémont est nécessaire à la France, la maison d'Autriche possédant l'État de Venise... Rentrez dans votre patrie, croyez qu'elle ne peut plus trouver de bonheur que française et par l'attachement de ses principaux citoyens à la République ». M. de Saint-Marsan se montra pénétré de ces bontés, et ses devoirs envers sa mère, son épouse, ses huit enfants et sa nombreuse famille, le déterminèrent à retourner dans la 27* division militaire; il demanda seulement le temps de rendre compte à son roi des missions qui lui avaient été confiées et de faire à son égard son devoir jusqu'au bout. Plus lard il accepta une place de conseiller d'État*.

On entreprit même d'enlever au roi de Sardaigne son premier ministre M. de Chalemberl, on lui accorda un délai d'un mois pour rentrer dans le Piémont. Puis ce délai fut prolongé indéfiniment.

1. A(T. Etr., Sardaigne, n* 281, f" 391-403. — Corr., VIII, 6730.

2. Corr., Vlll, 6286, 6287, 6329. — Aff. Etr., Sardaigne, n» 281, f 217. — Lettres et papiers du Chancelier comte de Nesselrode, III, 194.

LA REUNION DU PIEMONT lil

M. de Ghalembert promit à Gacault de travailler à ménager un accord définitif entre la Sardaigne et la France^ et Gacault en condnt, peut-être abtisivement, qu'il était dès lors gagné aux intérêts do Premier Gonsul. M. de Ghalembert devait mourir quelques mois après auprès de son roi. Ainsi le nouveau roi perdait peu à peu ses meilleurs serviteurs et se trouvait à Rome dans une misérable situation ^

Il entretint pendant tout Tété de 1802 des négociations avec la France et s'efforça d'être plus heureux que son prédécesseur. Il y mit une grande complaisance. Le 8 juin, quatre jours après l'abdication de son frère, il annonça officiellement sou avènement au Premier Gonsul par une lettre très gracieuse. Gacault expliqua de son côté que le nouveau roi était dans les meilleures dispositions, qu'il voulait réparer tout ce que son prédécesseur avait pu faire de contraire aux égards, au respect envers la France. Un espion piémontais au service de la France, qui avait Marin pour nom de guerre, déclarait que Victor-Emmanuel était un ennemi de l'Autriche, qu'il désirait que la Gisalpine s'agrandit vers Venise, et le Piémont vers Gênes, « avec laquelle, disait le roi, nous nous chamaillons depuis trois cents ans » ^.

Bonaparte écrivit en marge de la notification d'avènement : « Répondre, en adressant la lettre à Gagliari, qu'il serait à désirer que les relations avec le Prince Victor- Emmanuel comme roi de Vile de Sardaigne • soient renouvelées et la paix conclue, qu'à cet effet le Premier Gonsul est prêt à envoyer un ministre à Cagliari, où il désire que la négociation soit reprise.

Talleyrand écrivit à Gacault : « 11 n'y a aucune difficulté à reconnaître le duc d'Aoste comme roi de Sardaigne, mais le sort do Piémont est à jamais fixé, et l'intention du Premier Gonsul est que le roi de Sardaigne retourne à Gagliari.... Gette mesure est la plus propre à lui concilier la bienveillance du gouvernement français. Sa présence en Italie ne peut que nuire au rétablissemmit de ses rapports avec la France, et après tant de vicissitudes elle serait également contraire au rétablissement de son autorité en Sardaigne.... Il doit se rappeler, ajoutait le ministre, que

Page 1