‹ Napoléon en ItalieChapitre 7 sur 423 · Corr., I, 755 : {2 juiUel · texte numérisé non relu

Corr., I, 755 : {2 juiUel

Ainsi les gouvernements qu'on pouvait atteindre payaient; ceux qn on ne pouvait pas encore atteindre paieraient plus tard.

En traitant dès lors avec Naples et Rome, Bonaparte acheva de désarmer toutes les puissances de la péninsule, de faire le vide lotour de TAutriche.

Le gouvernement napolitain, sous Ferdinand IV de Bourbon et Marie-Caroline d'Autriche, s'était montré dès l'abord hostile à la Révolution française. Marie-Caroline était la sœur de Marie-Antoinette et sans doute elle eut une violente et sincère haine pour les régicides de la Convention. Elle avait eu aussi de bonne heure la pensée de tirer quelque profit des troubles où l'Europe allait être jetée par la guerre générale. Aussi avait-elle joué un rôle très actif dans les opérations militaires contre la France. Elle avait cherché à former une sorte de coalition de toutes les forces italiennes, par des accords avec le pape et le roi de Piémont; outire les jalousies inévitables, l'Autriche en avait témoigné de l'humeur et le roi de Naples avait dû renoncer à ce grand dessein. Cependant des vaisseaux napolitains avaient accompagné l'amiral Hood devant Toulon et dans Toulon; des troupes napolitaines avaient tenu garnison dans la place et soutenu le siège contre les troupes républicaines de Dugommier et Bonaparte*. C'avait été la première rencontre de Bonaparte et des soldats de la reine Marie-Caroline.

Il les retrouvait en 1796 dans les rangs des Autrichiens. Il les maltraita encore. Il y avait dans l'armée de Beaulieu quelques régiments de cavalerie napolitaine qui furent entraînés dans les défaites de Lodi et de Borghetto. Et le gouvernement napolitain demanda aussitôt une suspension d'armes ; il commençait à craindre la vengeance de la France.

L'armistice de Brescia fut signé le 5 juin et ne comporta point de sacrifices pécuniaires pour le roi de Naples; il était trop loin. 11 fut décidé seulement que les troupes napolitaines qui se trouvaient réunies à celles de l'Empereur, s'en sépareraient, et que de même les vaisseaux de guerre du roi des Deux-Siciles quitteraient le plus tôt possible l'escadre anglaise. Les négociations devaient se continuer entre le gouvernement de Naples et le Directoire pour la conclusion d'une paix définitive *.

1* Gaffarel, Bonaparte et le$ Républiques Italiennes , p. 251-254. t Voir, pour ces négociations, Du Tell, Rome, Naples et le Directoire^ at^mi- «te et traités, n$6'i7$7.

En attendant, Bonaparte, mal rassuré sur les dispositions de la cour de Naples, garda près de lui sous divers prétextes les régiments napolitains; ils étaient des otages. Car la reine Marie- Caroline conciliait très bien la piété traditionnelle de sa maison avec des convictions fort temporelles sur le domaine pontifical. Elle était fille de Marie-Thérèse.

La question de Rome était encore plus délicate; les afiaires ecclésiastiques de la France permettaient au pape d'y jouer un rôle considérable; il était pour quelque chose dans l'agitation qui n'avait pas cessé d'y inquiéter les consciences.

Le premier contact entre Rome et la Révolution avait été rude. A la fin de Tannée 1792, un agent diplomatique de la République française, Hugon de Bassville, avait été envoyé à Rome sans caractère officiel, « pour y prendre des informations très exactes sur les vues et les intentions du gouvernement, sur les dispositions des choses et des esprits* ». Dans le même temps, le ministre de la marine, Monge, ordonnait aux consuls de la nation française d'avoir à remplacer au-dessus de leurs portes l'écusson aux armes royales par une image de la République. Bassville informa le cardinal secrétaire d'État, afin que toutes précautions fussent prises pour éviter des manifestations populaires. Le cardinal répondit, le 8 janvier 1793 : « Quoique Sa Sainteté ne cesse jamais de conserver pour la nation française les sentiments pacifiques qu'elle lui a tant de fois montrés jusqu'à ce jour, et d'user de cette grande modération qui est le propre caractère de son ministère apostolique, cependant Elle croit devoir prévenir les jugements du public et manifester hautement son opposition à tout projet de mettre aux lieu et place de l'ancien écusson celui de la soi-disant République* ».

L'écusson royal fut néanmoins enlevé et remplacé par l'écusson de la liberté. L'émotion fut très vive dans Rome; à ce moment le procès de Louis XVI s'achevait. Le gouvernement pontifical prit des mesures de police pour disperser les attroupements autour dn Consulat de France, de l'Académie. Le 13 janvier, Bassville passait au Corso dans une voiture découverte avec sa femme et son fils ; il fut attaqué parla foule, et mortellement blessé il expira le lendemain .

i. Du Teil, p. 12. — A. E. Rome, n» 915, T 306. 2. Du Teil, p. 14. — A. E. Rome, n» 916, fo 18.

La Convention pensa d'abord tirer de ce crime une vengeance éclatante, et elle commença de préparer une expédition contre Rome. Mais l'exécution de Louis XVI lui donna bientôt d'autres soucis, et le conflit avec Rome fut noyé dans l'ensemble des incidents où se forma la première coalition.

Aussi bien y avait-il d'autres dissentiments entre la France nourelle et la papaulé. Ce n'était pas seulement la réunion d'Avignon à la France et ainsi l'opposition de la volonté populaire à la souveraineté pontificale. Mais dès l'origine de ses délibérations la Constituante avait paru ignorer le pape et le Concordat de 1516. Tout de suite elle avait traité la question ecclésiastique comme une question purement nationale; elle avait conflsqué les biens du clergé français; elle lui avait imposé la constitution civile, sans se soucier des protestations et des anathèmes venus de Rome. Elle avait prétendu rompre tous liens entre l'Église de France et la papauté, elle avait fait des prêtres de France des fonctionnaires de l'État.

Quant à la Convention, elle pensa supprimer la religion catholique elle-même. Le Comité de salut public avait combiné un plan pour partager l'État du pape entre la Toscane et le royaume de Naples et « faire de Rome seule une République indépendante qui, si elle eût recouvré un peu de l'énergie de l'ancienne Rome, eût avant la fln du siècle rendu la liberté à toute l'Ilalie* ». Ainsi il ne suffirait pas de dire que les relations furent hostiles entre les gouvernements révolutionnaires et le Saint-Siège; elles furent nulles; les missions diplomatiques maintes fois envoyées à Rome à ce moment n'ont pas d'importance.

Le Directoire n'avait pas plus de considération pour le pape. Il ignorait sa suprématie spirituelle sur le clergé de France et affectait de ne l'appeler que le prince fle Rome. Il prétendait émanciper les esprits et détruire « la superstition ». Bonaparte au fond partageait ses sentiments. 11 racontait alors cette histoire au Directoire : « Je ne dois pas vous taire un trait qui peint la barbarie qui règne encore dans ces contrées. A Saint-Georges (près de Mantoue), il y a un couvent de religieuses; elles s'étaient sauvées, car il était exposé aux coups de canons. Nos soldats y entrent pour

1. A. E., Rome, supplément, 20, T 98 : mémoire au Comité de salut public, 5 sep. 1793. — Cité par Du Teil, p. 28-29.

s*y réfugier et prendre poste. Ils entendent des cris; ils arrivent dans une bassecour, enfoncent une méchante cellule, et trouvent une jeune personne assise sur une mauvaise chaise, les mains garrottées par des chaînes de fer. Cette infortunée demandait la vie. L'on brise ses fers. Elle a sur sa physionomie vingt-deux ans. Elle était depuis quatre ans dans cet état, pour avoir voulu s'échapper et obéir, dans Tâge et le pays de Tamour, à l'impulsion de son cœur. Nos grenadiers en eurent un soin particulier. Elle montra beaucoup d'intérêt pour les Français. Elle a été belle, et joint à la vivacité du climat la mélancolie de ses malheurs. Toutes les fois qu'il entrait quelqu'un, elle paraissait inquiète; Ton sut bientôt qu'elle craignait de voir revenir ses tyrans. Elle demanda en grâce à respirer l'air pur; on lui observa que la mitraille pleuvait autour de la maison : « Ah ! dit-elle, mourir c'est rester ici ! * » N'est-ce pas comme un symbole de Tltalie émancipée par la Révolution?

En attendant, Bonaparte pouvait se rendre compte, d'autre part, de l'influence du clergé italien sur les classes inférieures de la population : l'insurrection de Pavie et de la Lombardie n'avait pas de cause plus importante. Il en fallait tenir compte si l'on voulait assurer la complète soumission du pays.

On commençait à admettre en France la pensée qu'on pourrait avoir besoin du pape pour y résoudre la question religieuse. On pensait à obtenir de Rome, au besoin par la crainte, quelque bulle qui imposerait au clergé réfractaire le ralliement. Bonaparte en écrivait au Directoire le 7 juin, en négociant un armistice par l'intermédiaire du ministre d'Espagne, M. d'Azara : « Nous sommes à même de dicter à Rome toutes les conditions qu'il nous plaira; déjà dans ce moment-ci la cour de Rome est occupée à faire une bulle contre ceux qui prêchent en France la guerre civile sous prétexte de religion*». Le pape correspondait volontiers à ces dispositions : « Rien ne devait plus tenter Rome que l'occasion offerte de reconquérir la France' ».

En dehors de la question militaire, il y avait donc de fortes raisons pour un rapprochement ou une suspension d'hostilités;

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