Sorel, Bonaparte et Hoche en 4797 ^ p
faot-il y ajouter la raison pécuniaire, Taltrait de l'or des prêlres el des œuvres d'art? Pour décider la négociation, une petite troupe française entra dans les Légations, occupa Bologne, et les soldats se vantaient d'allumer leurs pipes aux cierges de l'autel. Les pourparlers aboutirent vite et l'armistice de Bologne fut signé le 23 juin. Ce nom même faisait penser au Concordat.
L'année française devait rester en possession des Légations de Bologne et de Ferrare,,La ville d'Ancône, tout en demeurant sous le gouvernement civil du pape, devait être remise dans les six jours aux mains des Français et y rester jusqu'à la paix générale. Le pape devait livrer cent tableaux, bustes, vases ou statues, au choix des commissaires français qui seraient envoyés à Rome, et payer à la République française une contribution de 21 millions, partie en espèces, partie en denrées nécessaires à la subsistance des troupes françaises. Il devait donner le passage à ces troupes toutes les fois qu'il lui serait demandé *.
C'était une solution provisoire, imposée au pape par la crainte de l'invasion de ses États. Il n'était pas si facile de mettre d'accord l'Église et la Révolution; cela devait demander quelque temps. Du mm Bonaparte n'avait plus d'ennemis derrière lui lorsqu'il fut attaqué à la fin de juillet par l'armée du maréchal Wurmser.
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Il courut alors de sérieux dangers; inférieur en forces, il leva le siège de Mantoue, dyt songer à la retraite et fit en ce sens des préparatifs qui donnèrent les plus grandes espérances à ses ennemis en Italie. Ce ne fut pas pour longtemps : le 5 août, Wurmser fut battu à Castiglione et rejeté dans le Tyrol. Rendant cette crise, « les peuples, écrivait Bonaparte, se sont parfaitement conduits, ainsi que le duc de Parme; je lui en ai fait faire des remerciements. Mais le pape, le roi de Naples, les Vénitiens, se Mttt assez mal conduits et n'attendaient que le moment pour se conduire pis encore* ».
t. Du TeU, p. 131, 139, 158. — Corr., î, 676, 685. ICorr., 1,882.
A Rome, les Français furent menacés, le ministre Cacault fut sur le point de partir', « Le cardinal Mattei, archevêque de Ferrare, montra de la joie à la levée du siège de Mantoue; il appela les peuples à Tinsurrection, il prit possession de la citadelle de Ferrare et y arbora les couleurs de FÉglise. Le pape y envoya aussitôt un légat. On croyait déjà les Français au delà des Alpes- Après la baLaillo de Castiglione, le cardinal Mattei fat mandé à Brescia; introduit devant le général en chef, il ne répondit que par ce seul mot : Peccavi; ce qui désarma le vainqueur qui se contenta de le tenir trois mois dans un séminaire^. » C'est le récit fait par Napoléon à Sainte-Hélène. Au moment môme des événements il écrivait au citoyen Cacault : « Le délire étrange du pays où vous êtes ne sera pas long; il y sera bientôt porté un prompt remùde. Cette folie passera comme un rêve; ce qui restera sera la liberté de Rome et le bonheur de Tltalie' ». Car à celte date il û*avail pas encore écarté définitivement la pensée d'établir la République à Rome.
Le roi de Naples, oubliant Tarmistice de Brescia, envoya des troupes vers le Nord jusqu'à Ponte-Corvo*. Voulait-il seulement envahir les Étals pouliricaux ou pousser jusque dans Tltalie du nord, pour faire sa jouctiou avec les Autrichiens? Il voulait surtout profiter des circonstances quelles qu'elles fussent. En tout cas Bonaparte se fâcha et fit passer les menaces les plus nettes à * cette cour perfide et bêle *, Cacault attribuait cette politique napolitaine à des convoitises sur Rome : « L'ennemi naturel de Rome, disait-il, cest Naples, qui tente à envahir l'État de TÉglise pour acquérir ensuite le reste de l'Italie, ce qui mettrait nos départements méridionaux eutre deux monarchies de la maison de Bourbon ° ». Cacault exagère^ pour les besoins de sa cause : il s'efforçait de sauver le pouvoir temporel de la papauté et y montrait une barrière nécessaire aux ambitions des Bourbons de Naples.
La bataille de Castiglione y coupa court d'autre façon. Mais Bonaparte n avait pas te loisir de s'occuper à fond des affaires de
4. A. E., lïome, n" 02! : V* 62, 70, "76. — Du Teil, 332-333. 2» Corr, XXIX, p. 139.