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leyrand avec beaucoup de dignité : « Le roi regrette que la négociation ne doive avoir lieu qu'en Sardaigne et par rapport seulement à la Sardaigne elle-même. Le roi ignore parfaitement que par rapport à la Sardaigne il y existe des démêlés avec le gouvernement français qui puissent faire le sujet d'un^ négociation particulière. La négociation doit nécessairement rouler sur le rétablissement du roi dans ses États de terre ferme, lesquels, n ayant été occupés par Tarmée française que comme une mesure militaire, dans le temps que la guerre était allumée de tous côtés en Italie, doivent retourner à leur ancien maître à l'époque de la paix générale » *.
Cacault à Rome s'évertuait à maintenir le débat sur le terrain où le Premier Consul l'avait placé; mais Chalembert répétait qu'il ne s*agissait pas de la Sardaigne, qu*il ne s'agissait que du Piémont. Cacault lui fit observer « qu'il manquait encore la formalité d'un traité pour assurer sur la tête du nouveau roi la couronne de l'île de Sardaigne, qu'en indiquant à Sa Majesté Sarde l'intention de lui envoyer un ministre à Cagliari, le premier Consul avait manifesté des sentiments favorables dont il pourrait devenir dangereux de ne pas profiter, que ce ne serait qu'en volant au-devant des intentions du gouvernement français que le roi pouvait s'assurer la couronne de Sardaigne et obtenir des adoucissements > '. Toute cette éloquence fut en pure perte. Le roi de Sardaigne n'alla pas à Cagliari; il savait bien que la puissance des flottes anglaises lui garantissait la possession de cette ile; il demeura à Rome, à portée de se mettre en relations avec les souverains de l'Europe qui n'avaient cessé de lui témoigner de l'intérêt; car la question du Piémont allait contribuer pour une part à la rupture de la paix d'Amiens.
Cette négociation n'eut donc pas de suite. Bonaparte continua l'œuvre de Tassimilation du Piémont à la France. Le 27 août, il ordonna qu'on prît des mesures pour la suppression prochaine de toutes dîmes et redevances féodales; puis il appela dans les Prytanées français un certain nombre de jeunes Piémonlais.
i. Kft. Btr., Sardaigne, d*** 281, r* 252-253 : leltre de Chalembert à Talleyrand du 21 juillet 1802.
2. Afir. Etr., Sardaigne, n? 281, f»* 319-320 : Cacault à Talleyrand, 3 fructidor an X, 21 août 1802.
Driault. — Italie. 8
114 MàHBNOO (1800-1802)
Le 24 fructidor an X (11 septembre 1802), un sénatus-consulte prononça enfin la réunion 9u Piémont : les départements du Pô, de la Doire, de la Stura, de la Sesia, de Marengo et du Tanaro faisaient désormais partie du territoire de la République française ; ils devaient envoyer vingt députés au Corps législatif*. Au mois de novembre suivant, Jourdan fut rappelé. Bonaparte lui exprima son entière satisfaction. L'œuvre de Jourdan en effet était finie : en deux ans, il avait été Tagent, d'ailleurs habile et même généreux, des desseins du Premier Consul sur le Piémont. H laissa de bons souvenirs dans ce pays.
Dans l'hiver qui suivit, pour enlever à la coalition nouvelle qui se formait un de ses arguments, Bonaparte se prêta encore à quelques négociations pour trouver au roi de Sardaigne une compensation de la perte du Piémont. Il parut disposé à lui céder Piombino, les Présides de Toscane et le Siennois; mais l'Espagne protesta contre ce démembrement du royaume d'Etrurie. Il fut alors question de Lucques et de Massa; le roi de Sardaigne demanda en outre Parme et Plaisance, dont le duc venait de mourir en octobre 1802. La Russie négociait pour lui, par l'intermédiaire de son ambassadeur à Paris, M. de Markof.
Mais de toute façon le roi refusait de signer une renonciation formelle au Piémont. « Il se persuade, disait Cacault, que tous les autres articles contiennent assez virtuellement cette renonciation qui coûterait des sanglots à son âme faible. » Markof lui-même s'opposait à l'insertion de cette clause « aussi humiliante pour le roi qu'inutile pour la France, attendu que sa puissance la mettra toujours en état de se maintenir dans la possession de ce qu'ellea réuni à ses États » *. Cette argumentation n'est pas décisive.
On ne s'entendit pas. Bonaparte sans doute ne désirait pas fortement que l'on s'entendît. Si la coalition devait achever de se former contre lui, il ne tenait pas à lui laisser, au milieu de l'Italie, un allié très fidèle. De plus en plus il voulait l'Italie pour lui seul. Elle était nécessaire à la satisfaction de son ambition impériale. Le roi de Sardaigne ne fut encore pendant dix ans qu'un roi en exil.
i. Corr., VÎIl, 6272, 6295, 6332.