‹ Napoléon en ItalieChapitre 71 sur 423 · I. — Gènes sous MioUis et Masséna; coups d'Etat successifs · texte numérisé non relu

I. — Gènes sous MioUis et Masséna; coups d'Etat successifs

II. — Après Marengo : la commission de gouvernement et le citoyen Dejean, ministre extraordinaire de la République Française. — Tentative de fusion avec la Cisalpine et le Piémont.

III. — La question de la Constitution (octobre 1801). — Saliceti à Lucques, puis h Gènes; la promulgation de la Constitution (juin 1802).

IV. — L'opinion publique mécontente à Gènes : le pavillon anglais sur les bâtiments génois.

Le 5 juin 1797, Bonaparte avait donné à la République de Gènes une constitution et un gouvernement de son choix, et depuis elle n'avait pas cessé de vivre sous l'influence de la France : le Directoire n'était pas disposé à la laisser s'en dégager.

Mais après Novi (15 août 1799), toute ritalie se trouva délivrée de la domination française, et les armées républicaines vaincues refluèrent vers les Alpes. Gènes et la Ligurie furent leur refuge, le dernier obstacle opposé au retour offensif des armées de la contre-révolution.

Ce mouvement de retraite ne s'acheva pas sans désordre; la question des subsistances fut parfois difficile à résoudre; les habitants eux-mêmes souffrirent de la disette ; les arrivages de vivres n'étaient pas sûrs, -car la mer était surveillée par les vaisseaux anglais. Le gouvernement génois ne se prêta pas toujours avec bonne volonté aux exigences des généraux français; vaincus, ils

avaient moins d autorité, et les ennemis de la France, nombreux à Gênes, s'étaient réjouis de ses défaites; ses amis eux-mêmes craignaient de se compromettre aux yeux des vainqueurs.

La situation devint bientôt très critique ; la sûreté des troupes françaises fut menacée. Ce fut l'excuse du coup d'État de Brumaire, car Gênes eut alors son coup d'État, à l'instar de Paris. Sous prétexte de conspiration contre les Français, le général Miollis, successeur de Championnet, forma une commission militaire, qui, après une rapide enquête, décima le gouvernement ligurien : ilyeutcentarrestations, parmi les membres des conseils et les principaux personnages politiques ; 14 avouèrent leur participation à un complot contre la France, ils furent fusillés ; vingt furent condamnés aux fers, vingt autres à la détention. La terreur tomba sur la ville et la tint pendant plusieurs mois dans l'état de soumission dont avait besoin le gouvernement français pour les opérations militaires de la campagne suivante*. Une nouvelle commission de gouvernement fut constituée; elle fut composée de 9 membres; elle se montra docile à l'égard de la France; elle fut chargée, en apparence du moins, de préparer la rédaction d'une nouvelle constitution, à l'imitation de celle que Bonaparte donnait alors à la France. Le citoyen Corvetto en fut chargé; en attendant, on envoya au Premier Consul une liste d'individus où il indiquerait ceux qu'il croirait « les plus propres à concourir au succès des vues ultérieures qu'il pouvait avoir sur le sort futur de la Ligurie »*.

La nouvelle commission de gouvernement montra de la bonne volonté, mais toutes difficultés n'en furent pas supprimées. La charge des subsistances à fournir à l'armée française demeura très lourde; il y eut au moins autant d'abus qu'avant le coup d'État ; de nombreuses avances en argent faites à l'armée ne furent pas remboursées; les commissaires des guerres continuèrent de « dévorer la subsistance des soldats ». ïalleyrand déclare lui-même que Gênes fut alors dans « une position vraiment déplorable ». On craignait 4 Paris que le gouvernement ligurien, si dévoué qu'il fût, ne donnât sa démission, « abreuvé de dégoût ». On put gagner

1. A(T. Etr., Corr. de Gênes, n'* 177, f" 36 : dépêche de Belleville, consul général et chargé d'affaires de France à Gênes.

2. Aff. Etr., Gênes, n« 177, r* 70-71 : dépêches de BeUevUle.

néanmoins la fin de Thiver ; on fit patienter les Génois en leur annon çanl l'arrivée de Masséna avec des renforis et de nouveaux fournisseurs*.

Masséna arriva le 20 pluviôse an VIII (9 février 1800). Cela n'arrangea pas tout aussitôt. Il réclama d'abord une subvention de deux millions. Le gouvernement ligurien se récria, qu'il n'avait pas tant d'argent, que toutes ressources étaient épuisées par les avances précédemment faites. Pour plus de commodité, Masséna porta le nombre des membres de la commission de gouvernement de 9 à 15, pour avoir une majorité tout à fait favorable; quelques démissions facilitèrent l'opération : il y avait parmi les démissionnaires le citoyen Corvetlo, parmi les nouveaux membres Jérôme Durazzo, ancien ambassadeur de Gènes à Vienne. C'était depuis 1797 la troisième expérience faite à Gênes par le gouvernement français pour s'y assurer toute inHuence. Ce n'était pas encore la dernière *.

D'ailleurs les deux millions réclamés ne surgirent pas immédiatement de cette opération. L'inquiétude et le mécontentement redoublèrent; les amis de la France, les chefs du parti démocratique, devinrent très impopulaires; les prêtres jouirent de l'humiliation des fondateurs de la Révolution et encouragèrent les gens du bas peuple à la résistance, comnie en 1797. Il y eut des insurrections locales dans les monts Liguriens. Gênes fut menacée de la famine; les blés partis de Marseille furent arrêtés maintes fois à Toulon ou à Nice. Le gouvernement ligurien renouvelait sans cesse à Masséna les mêmes adresses désolantes, les mêmes supplications pitoyables. Il n'en était pas ému'.

Au commencement d'avril, il fut enfermé dans la ville par les Autrichiens et les Anglais. Dès lors on fit silence dans Gênes : la crainte inspirée à tous par Masséna lui permit de tenir deux mois et d'assurer le succès du plan de campagne de Bonaparte.

Le 6 juin, lorsque Masséna eut capitulé dans Gênes avec les honneurs de la guerre et eut rejoint Suchet sur le Var, les Aulri-

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