Aff. Etr., Gênes, n» 177, r
n'ont aucun moyen réel d'opposition; ils en sont forcément les témoins sans pouvoir y apporter aucun remède, et c'est pour moi, citoyen ministre, la plus triste et la plus fâcheuse situation où je me sois jamais trouvé. Si elle devait durer, je ne saurais y résister et je vous inviterais, je vous prierais, citoyen ministre, d'employer vos bons offices auprès du Premier Consul pour me faire rappeler*. » C'est à peu près le langage de Jourdan à Turin, de Clarke à Florence, comme de Meizi à Milan. Il faut que le mal ait été grand pour avoir été dénoncé si généralement par les représentants officiels de la République française : c'était le même système d'exploitation qu'au temps du Directoire.
Naturellement il ne fut pas question à Paris de faire une seule république avec Milan, Turin et Gênes : c'aurait été peut-être la fin de l'influence française en Italie. Joseph Fravega s'efforçait auprès de Talleyrand d'obtenir des satisfactions plus modestes : « en respectant le voile qui cachait encore les destinées futures du Piémont », il demandait que la frontière de la Ligurie fût améliorée de ce côté ; il y proposait le tracé suivant : le Tanaro jusqu'à Noceto, puis une ligne droite jusqu'à la Bormidda aux environs de Millesimo, la Bormidda jusqu'à son confluent dans le Tanaro vers Marengo, le Tanaro et le Pô jusqu'aux limites du duché de Parme et de Plaisance; à l'est on engloberait les pays de Massa, Carrara et Lucques.
Sans aller aussi loin, Talleyrand donna de bonnes paroles au sujet de Massa^Carrara et de Lucques, et la joie de Fravega fut grande, il envoya un courrier extraordinaire à Gênes ; mais il ne put pas obtenir à ce sujet de déclaration écrite du gouvernement français. Dejean de son côté exprimait l'opinion qu'il convenait en effet de donner Lucques à la Ligurie et surtout qu'il ne fallait pas donner un port à la Cisalpine sur la Méditerranée, par exemple Spezzia, qui ruinerait Gênes; il demandait aussi qu'on donnât aux Génois les enclaves piémontaises d'Oneille et Loano, et Talleyrand y voyait la possibilité d'annexer alors Vintimille et San Remo au département des Alpes-Maritimes*.
Gênes ne perdit pas Vintimille, mais elle ne gagna pas Lucques,
1. Aff. Elr., Gênes, n» m, F* 341-342 : Dejean à Talleyrand, 29 Ihermidor an VIII.