Air. Etr., Gênes, nM78, t
LA RÉPUBLIÛUE LIGURIENNE 1Î3
d'un revenu d*au moins 1 000 francs, qui avaient le droit de censurer, c'est-à-dire de destituer deux sénateurs et deux membres de la Consulte.
Le Sénat avait le pouvoir exécutif; il comprenait trente membres âgés d'au moins trente ans. Ils étaient présidés par le Doge, âgé d'au moins quarante ans et élu pour six ans; mais Je Doge, qui habitait le Palais National, entouré d'une garde d'honneur, avait un rôle plutôt passif et honorifique. Le Sénat se divisait en cinq c Magistrats » : le magistrat de Justice et Législation, celui de rinlérieur, celui de la Guerre et de la Marine, celui des finances, et enfin le * Magistrat Suprême ». Celui-ci était composé du Doge, des présidents des quatre autres magistrats, et de quatre sénateurs nommés par leurs collègues : il avait la principale autorité executive, en lui était renfermée « toute la force du gouvernement* B.
Il y avait assurément là les éléments essentiels d'un gouvernement libre. Mais la constitution fut présentée sous la signature de Bonaparte et de Talleyrand; le Doge fut nommé par le Premier Consul : ce fut Jérôme Durazzo ; les trente sénateurs furent aussi nommés par lui, et provisoirement ainsi toute la puissance executive fui organisée à Gènes sous son influence; il s'arrangea pour que ce provisoire dorât.
On eut ridée à Paris de convoquer en France une assemblée des notables génois, une consulte extraordinaire, comme celle qui fat alors formée à Milan. Talleyrand donna en ce sens des instructions à Dejean ; ces notables devaient se réunir à Lyon en frimaire an X (décembre 1801) ; il lui recommanda surtout d'agir d'une manière qui ne laissât point percer dans le public son intervention, de cacher d'où partait la première impulsion de cette mesure et de mettre autant de célérité que de secret à la conduire à sa complète exécution K
Mais Dejean et Frarega firent des objections à cette idée : celte assemblée extraordinaire serait déchirée par les partis ; elle don-
i. Botta, IV, 428-431. — Aff. Etr., Gênes, n» 178, f»' 211-220.
2. AIT. Etr., Gênes, n« 178, /*• 223-234 : lettre de TaUeyrand à Dejean, projet de loi à soumettre à la Consulte, projet de message de la Commission executive à la Consulte, projet de lettre de Bonaparte à la Commission; c'était la répétition de la procédure suivie à Milan.
nerait de faclivité à des passions qui se contiennent ou qui s'ignorent; elle exciterait de nouvelles prétentions chez les ennemis de la France par la pensée d'être comptés encore pour quelque chose; les amis du désordre s'en réjouiraient et en profiteraient.
Peut-êLre eul-on peur aussi de mettre en rapports les Génois et les Cisalpins et de leur donner la tentation de quelque accord. Les Génois suivirent avec beaucoup d'intérêt les incidents de la Consulte extraordinaire de Lyon; ils furent très émus à la nouvelle que la Republique Cisalpine s'appellerait désormais République Italienne; les . uns s'en effrayèrent à la pensée d'une annexion à celte République agrandie; les autres, moins nombreux, s'en réjouirent par la conception naissante d'une patrie italienne.
Pour tout cela, le Premier Consul renonça à la formation d'une Consulte extraordinaire de la République Ligurienne, il se décida à promulguer la constitution à Gènes même.
il en contia le soin à Saliceli, qu'il appela de Lucques par arrêté du 23 germinal an X (13 avril 1802). Dejean devint à ce moment Directeur de radmiiuslration de la guerre.
Saliceti convenait loiit à fait à cette mission. Il venait de faire son apprentissage à Lucques, sur un plus petit terrain, mais très comparable. Lucques aussi était autrefois un État indépendant, gouverné par Tarisiocratie et souvent par la famille Lucchesini*. Les Français y passèrent en 1796; ils s'y arrêtèrent en 1798; ils y plantèrent comme ailleurs des arbres de la liberté et y levèrent • des conlributions. Ils imposèrent au gouvernement la forme démocratique; ils supprimèrent l'inquisition, les maîtrises de métiers, les privilèges des classes. Le 25 janvier 1799, la République de Lucques fui proclamée, elle eut une courte durée et disparut au lendemain du départ des Français, au mois d'août^.
Après Marengo, les Français revinrent; un gouvernement provisoire di^mocraiiquc fut reconstitué; Masséna réclama un million de coîHributiou à la noblesse.
Bonaparte songea un moment à donner Lucques à Gènes; puis