Corr., I
5. A, B., Rome, n" 92 J, f** 222-223. — Cité par Du Teil, 343-344.
Saples ou de Rome; il avait à poursuivre Wurraser dans le Tyrol; puis il eut à faire face à la redoutable armée du maréchal Alvinzi; car à cause des échecs subis par les armées françaises en Allemagne, il avait dès lors à soutenir le poids de toutes les forces autrichiennes. Une diversion napolitaine pouvait toujours le gêner. Plusieurs fois dans sa carrière il eut à se préoccuper de couvrir de ce côté la droite de ses opérations contre l'Autriche. Il fut donc satisfait que les négociations ouvertes par l'armistice de Brescia aboutissent au traité de Paris du 10 octobre 1796.
L'article premier déclarait qu'il y aurait « paix, amitié et bonne intelligence entre la République Française et Sa Majesté le Roi des Deui Siciles ». Le roi s'engageait donc à observer la plus stricte neutralité vis-à-vis de toutes les puissances belligérantes; tous les prisonniers faits de part et d'autre devaient être rendus dans le délai d*un mois; on annonçait la prochaine négociation d'un traité de commerce. Un article additionnel imposait au roi une livraison de huit millions de francs de denrées à effectuer dans le délai d'un an, à dater du jour de l'échange des ratiflcalions* : exigences modestes du Directoire; il ne voulait qu'immobiliser l'armée napolitaine et dégager la droite de Bonaparte.
Cependant, parmi tous ces événements, Bonaparte était particulièrement satisfait de la conduite du roi de Sardaigne. Il pensait pouvoir fonder avec lui un solide accord. Il engageait à cet égard une négociation au mois de décembre : il devait y avoir union et amitié perpétuelles et alliance défensive entre S. M. le Roi de Sardaigne et la République Française; il devait consacrer un contingent de 10 000 hommes d'infanterie et 1 000 de cavalerie à la défense de la frontière de la France; dans les mêmes conditions la République devait lui fournir 20000 hommes d'infanterie et 2000 de cavalerie. Elle s'engageait en outre à procurer au roi un passage libre et franc vers la mer, par exemple en prolongeant le territoire piémontais du côté d'Oneille, et à lui assurer, « à Toccasion de la .paix générale ou continentale, des compensations proportionnées aux pertes qu'il avait faites et propres à lui conserver sa prépondérance en Italie ». Ces compensations devaient êu^ alors garanties par la République *. Ce système est curieux ;
1. Le texte est dans Â. E., Naples, n** 124, r* 41-44, et dans Du Teil, 537-540. î. Corr., 11, 1271-1272 : 11 décembre 1796.
il semble destiné à faire équilibre aux prétentions des Bourbons en Italie; il est comme une lointaine indication de ce qui devait se réaliser soixante ans plus tard. Mais Bonaparte n*y donna qu'un moment d^attention; il ne fut pas longtemps disposé à laisser à d'autres la prépondérance en Italie.
Il lui fallait dès lors jse préoccuper du développement du sentiment national italien. Le 25 août, le peuple de Reggio se souleva contre le duc de Modène, sous la conduite de deux patriotes, Paradisi et Re. Modène suivit cet exemple. Le duc s'enfuit. Pendant tout le mois de septembre, pendant que Bonaparte achevait de vaincre Wurmser et l'obligeait à s'enfermer dans Mantoue, le mouvement républicain gagna tout le duclié. Bonaparte rompit l'armistice qu'il avait jadis signé avec le duc, sous prétexte qu'il était mal exécuté ; le même jour, fut proclamée la République de Modène et Reggio (4 octobre). Un congrès de députés se réunit à Reggio; l'enthousiasme y fut ardent; une première légion italienne fut constituée par un appel de volontaires.
Puis ce fut le tour de Bologne; les derniers représentants de la souveraineté pontificale furent chassés. Une constitution fut décrétée, à l'imitation de la constitution française de Tan III; le 4 décembre, le Corps législatif fut inauguré dans l'église de Saint- Pétrone, au chant du Veni Creator, parmi les acclamations populaires. Il en fut de même à Ferrare.
Un jeune avocat de Bologne, Aldini, conçut aussitôt la nécessité d'un lien fédératif entre ces petites républiques, et même d'un sentiment national capable de grouper toutes les forces populaires de la péninsule. On peut le considérer comme un des premiers apôtres du patriotisme italien. Ses chaleureuses exhortations furent entendues. Modène, Reggio, Bologne, Ferrare, s'accordèrent. Un congrès de leurs députés se réunit à Reggio le 30 décembre. Des députés lombards y vinrent et furent reçus comme des frères. Bonaparte y envoya Marmont, porteur d'une lettre au citoyen président du congrès cispadan : « J'ai appris avec le plus vif intérêt, y disait-il, que les républiques cispadancs s'étaient réunies en une seule et que, prenant pour symbole un carquois, elles étaient convaincues que leur force est dans l'unité et l'indivisiljilité. La misérable Italie est depuis longtemps effacée
du tableau des puissances de TEurope. Si les Italiens d*aujourd'hui sont dignes de recouvrer leurs droits et de se donner un gouTemement libre, Ton verra un jour leur patrie figurer glorieusement parmi les puissances du globe. » En effet la République cispadane fut aussitôt constituée. Elle était le fruit d'un mouvement national spontané et hardi ; elle paraissait capable de devenir le noyau d'une libre Italie. Ses fondateurs en avaient Tespérance. Mais cela pouvait être dangereux même aux libérateurs venus de la Transalpine.
Bonaparte ne demeura point indifférent à ce mouvement; il chercha bientôt le moyen de le diriger dans ses voies. Car ses décisives victoires sur Alvinzi à Arcole et Rivoli et la prise de Mantoue achevèrent de lui livrer Tltalie.
Le pape avait pensé profiler des derniers événements pour* échapper aux charges de l'armistice de Bologne, et il avait montré à la République française toute la sincérité de sa haine ; il avait envoyé des troupes à Faenza ; on avait parlé d'une guerre de religion, d'une croisade. Bonaparte en avait été très irrité : il avait appelé et retenu le cardinal Mattei à Brescia; il avait pris des mesures pour se venger du « vieux renard de Rome »; il brûlait de s'élancer sur Rome pour « venger l'honneur national » ; il convoitait déjà Âncône *.
Après Rivoli, le pape se montra plus conciliant. Le cardinal Mattei, après avoir fait son meâ culpd une fois de plus, reçut Tabsolution du général en chef et fut invité à se rendre à Rome pour y cultiver des dispositions favorables à la paix. Car le Directoire était venu à cet égard à des sentiments nouveaux, dont Bonaparte avait fait part à Cacault dès le mois d'octobre : « Vous trouverez ci-joint un paragraphe que je reçois en ce moment du Directoire exécutif. Je vous prie en conséquence de commencer des ouvertures avec le cardinal secrétaire d'État ou de vous servir du cardinal Mattei qui pourra parler directement au pape.... Vous pouvez donc signifier au pape que la réponse m'est arrivée; que, par suite des sentiments de modération qu'a adoptés le gouvernement français, il m'a chargé de terminer avec Rome toute espèce de différend, soit par leis armes, soit par une nouvelle négociation.