‹ Napoléon en ItalieChapitre 94 sur 423 · Corr., VU, 6103, 6139. — Aff. Etr., Rome, n« 933, P · texte numérisé non relu

Corr., VU, 6103, 6139. — Aff. Etr., Rome, n« 933, P

Une autre querelle ne trouva pas sa solution : la querelle de la haquenée devait avoir, môme sous Napoléon, de graves conséquences*. Lorsque, au xi* siècle, les Normands Robert Guiscard et son frère Roger s'étaient établis à Naples et en Sicile, ils s'étaient fait donner l'investiture de ces pays par le pape; car ils étaient très pieux. On connaît cette histoire : le pape Léon IX prétendait chasser ces aventuriers de l'Italie méridionale, et il conduisit luimême contre eux une petite armée; il fut battu à Civitella et tomba entre leurs mains (1053). Mais Guiscard, l'Avisé, eut honte de cette victoire impie;- il tomba aux pieds du pontife, sollicita dévotement son pardon, obtint Tinvestiture des terres qu'il avait conquises et en rendit solennellement l'hommage au pape. En signe de vassalité les rois de Naples chaque année envoyaient à Rome une haquenée superbement harnachée et un léger tribut. La cérémonie séculaire de la haquenée devint un des spectacles les plus goûtés du peuple romain.

Or ce léger hommage parut insupportable au roi Ferdinand IV ; c'était un signe des temps : la foi s'en allait. A l'occasion d'une brouillerie entre Rome et Naples à propos d'une nomination d'évêque, le roi de Naples avait cessé d'envoyer la haquenée, le jour delà Saint-Pierre, et à la faveur des troubles des dernières années, cette habitude paraissait déQnitivemenl perdue.

Le pape Pie VII, une fois solidement rétabli sur son trône, voulut. reprendre tout son ancien droit. Dès 1801, il avait relevé l'oubli de cet hommage. En 1802, il y donna plus d'éclat. Acton essaya de le prévenir en déclarant que le pape devait y renoncer en considération des services que le roi de Naples lui avait rendus en reconquérant pour lui Rome et la plus belle partie de ses États. Le pape ne fut point touché de cet appel à sa reconnaissance, et voici ce que raconte à ce sujet Cacault, ministre de la République Française près du Saint-Siège :

« Hier, jour de Saint-Pierre, après la grand-messe du pape, le procureur général de la Chambre a fait solennellement, par devant le Saint-Père, au milieu de l'église de Sainl-Pierre, lorsque Sa Sainteté, de retour de l'autel, portée sur les épaules de ses valets de pied, paraissait dans le plus grand éclat au milieu

Cf. Aff. Etr., Rome, 942, f»« 296-297.

des peuples, la protestation accoutumée depuis onze à douze ans contre Tomission de la part du roi de Naples de la présentation de la haquenée et du tribut ou offrande de la somme de 12000 piastres.

« La réponse de Pie VII à la protestation faite par le procureur général de la Chambre a été polie : il a dit que Tespérance qu'il avait manifestée l'année passée et qui venait de l'opinion de la religion du roi et de sa bienveillance envers le Saint-Siège, était encore dans son cœur, et qu'il se flattait que Sa Majesté confirmerait cette bonne opinion en remplissant les devoirs rappelés par le procureur général, mais, en attendant, pour que les droits du Saint-Siège ne fussent pas préjudiciés, qu'il approuvait et admettait la protestation ^ »

Le ministre de Naples à Rome n'illumina pas son palais, afin de protester contre cette protestation, et le conflit continua, sans solution. Aclon regardait Rome comme perdue et appelait le pape un jacobin ; en vérité il était irrité de la prépondérance de l'in- Ouence française à Rome depuis la négociation du Concordat ^. .11 se persuadait d'ailleurs que la cour de Rome n'avait plus aucune vigueur ni aucune force et qu'elle était incapable de prolonger sa résistance. Lui aussi, il voulait signer un concordat avec la papauté. L'exemple donné par la France excilait dans tous les États catholiques l'ambition d'avantages semblables ; les rois et princes goûtaient fort la pensée de se faire reconnaître le droit de nommer les évêques et ainsi le pouvoir de dominer l'Église. Mais les circonstances n'étaient pas partout les mêmes qu'en France, et s'il avait plu au pape de ressaisir en France quelques-uns des avantages que l'Église y avait perdus, il ne lui plaisait point de rien céder des avantages qu'elle avait gardés partout ailleurs.

Acton le pressait de consentir à la négociation d'un tel accord. Le pape, pour en tirer profit, exigeait d'abord la reconnaissance de sa suzeraineté et l'hommage de la haquenée. Le gouvernement napolitain espérait justement qu'en ne parlant point de cette haquenée, on en obtiendrait implicitement la renonciation. On ne pouvait s'entendre. Mais la cour de Naples s'obstinait, tenait absolument à se dégager de la suzeraineté pontificale, et Cacault

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