L ALLEMAGNE FRANÇAISE
Des députés hollandais vinrent à Paris pour y apporter l'expression de la soumission du pays ; ils furent admis à la réception impériale du i5 août. L'Empereur leur dit tous les bienfaits qu'ils pouvaient attendre de la réunion.
Une commission d'organisation fut nommée ; elle fut composée de Gandin, Mollien, Montalivet. Elle ne laissa bientôt rien de hollandais en Hollande, son rôle étant de faire entrer les débris de la Hollande dans le plan général de l'Empire.
Les ministres furent d'abord conservés, sous la présidence du lieutenant-général de l'Empereur iLebrun) . Cependant celui des Relations extérieures fut aussitôt remercié, et les représentants de la Hollande à l'étranger furent rappelés.
Le i'^'' août, le Conseil d'Etat et le Corps Législatif furent dissous. D'illustres hollandais furent nommés au Sénat impérial. Ainsi Claude faisait entrer les Gaulois dans le Sénat romain, '
Ce n'était là que les préliminaires du grand décret impérial du 18 octobre 1810 sur l'organisation générale des « départements de Hollande », On laissa d'abord au pays son système d'impôts, le système français n'y devant être introduit que le i'"" janvier 1812. Il y eut un gouverneurgénéral, comme dans les départements au delà des Alpes : ce fut naturellement Lebrun, et il eut autorité sur les préfets et sur les généraux. l\ eut toutes les attributions d'un /^^af impérial, dans le grand sens romain.
Car l'Empire prenait de plus en plus, logiquement, naturellement, les cadres et les caractères de l'Eirpire romain.
Avec le légat, au gouvernement général, ou central, il y eut un conseiller d'Etat, intendant des Finances et de l'Intérieur ; un maître des requêtes, préposé aux digues, polders et routes (Waterstaat) ; un autre maître des requêtes, directeur de la caisse centrale ; un directeur de la dette publique, un directeur de la police,
Amsterdam fut proclamée la troisième ville de l'Empire.
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Elle fut heureuse de ce titre qui l'égalait presque à Rome et à Paris. Le palais d'Amsterdam fut déclaré palais impérial. La langue hollandaise fut admise au rang de langue officielle, concurremment avec la langue française.
Et ainsi la Hollande garda quelques apparences, non d'indépendance, mais d'organisation nationale particulière.
A part cela, les départements hollandais furent semblables à des départements français. Il y en eut sept : Zuiderzée, Bouches-de-la -Meuse, Bouches-de l'Yssel, Yssel supérieur, Frise, Ems occidental, Ems oriental.
L'organisation financière, judiciaire, militaire, fut accomplie selon les cadres et les institutions de tout l'Empire français. La Hollande fut comprimée dans le moule de l'administration impériale. Le i3 décembre, le sénatus-consulte de réunion fut la consécration de l'œuvre qu'en six mois l'Empereur et son légat avaient réalisée avec autant de souplesse que de force.
La Hollande sans doute n'eut pas le temps de s'y assimiler. Malgré quatre ou cinq ans de préparation, comment oublier, en deux ou trois ans, des traditions séculaires si différentes du nouveau régime impérial, si opposées même ?
Il y eut de sourdes résistances, quelques signes d'agitation. Lebrun était bon ; on l'appelait là-bas « le bon stathouder » ; il répugnait aux mesures de violence. L'Empereur y confia à Real une mission extraordinaire ; Real, nialgré Lebrun, ordonna quelques exécutions, pour inspirer une terreur qu'il estimait nécessaire. Il constata du reste lui-même que la Hollande était foncièrement anti-française.
Cependant, lorsqu'on 1811 Napoléon et Marie-Louise firent le voyage de Hollande, ils soulevèrent autour d'eux un enthousiasme inouï. L'entrée à Amsterdam fut triomphale, parmi les vivats et les poèmes dithyrambiques. Schimmelpenninck lui-même, devenu comte de l'Empire et trésorier de l'Ordre des Trois Toisons, fit, en habit de sénateur français, les
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honneurs de son pays à celui qui avait pris sa place. La flatterie, parfois délicate, s'inspira des circonslances : un soir, on remit à 1 Empereur une gravure qui représentait le roi Louis, en habits de cérémonie, la couronne sur la tête, un rouleau de papiers dans chaque main, avec ces inscriptions : sur le rouleau de gauche : « Ordres » ; sur celui de droite : « Contre-ordres » ; sur la couronne : « Désordre » ; au bas, cette phrase : « Roi pour Roi, mieux vaut Napoléon le Fort que Louis le Faible », signée : « Un ancien républicain batave ». Napoléon, raconte la comtesse d'Eilleaux, ayant aperçu quelques regards furtifs qui avaient surpris l'expression ironique de sa physionomie, déchira tout à coup la gravure en deux, en jeta les morceaux dans la cheminée, avec assez d'adresse toutefois pour qu'ils ne fussent pas touchés par le feu, « n'offrant ainsi à l'amitié fraternelle, comme on l'observa spirituellement, qu'un holocauste simulé ».
Napoléon ne manqua pas de prendre quelques mesures utiles; il jeta partout le coup d'oeil du maître, et l'administration du pays s'en trouva bien à divers égards. Les Hollandais s'en montrèrent heureux, et, quand l'Empereur s'en alla, par Wesel, il paraissait fort content d'eux, et eux de lui.
Ainsi Auguste, Trajan, Hadrien, visitaient les provinces de l'Empire, et recevaient en leurs personnes le culte adressé à Rome, la pacificatrice, l'ordonnatrice des nations.
Au delà du Rhin, le grand-duché de Francfort est fort soumis sous le gouvernement du primat ; il ne le sera certainement pas moins sous celui du prince Eugène, le fils adoptif et toujours fidèle de l'Empereur \ Sa constitution a été calquée sur celle du royaume de Westphalie" ; à quoi bon changer ? Mais il n'y a plus aucune vie politique dans cette
1. Cf. Paul Darmstœdter, Das Grossherzogtum Frankfurt. Ein Kulturbild ausder Rheinbund Zeit [1810-1813], 1901.