Afi. Etr., Corr . d Allemagne , vol. 740, f
102 L ALLEMAGNE NAPOLEONIENNE
ancienne capitale de la Diète germanique. Toutes les gazettes ont été remplacées par une seule, qui est officielle, et rédigée dans les deux langues, allemande et française, selon la volonté de l'Empereur. Le grand-duché de Francfort a déjà le même système administratif que la France, la même organisation judiciaire. Le Code Civil y a été introduit. Et puis le grandduché de Francfort pourra être encore transformé, s il le faut, pour se fondre dans quelque système plus régulier et plus général : il n'en résulterait aucun bouleversement ; à peine s'en apercevrait-on. En vérité, il est déjà français.
Le grand-duché de Berg représente un autre degré dans l'évolution des pays allemands vers la réunion. Il garde son titre ; il n'est pas réuni formellement, mais la nuance est peu sensible. Napoléon dit à son sujet : « Cette administration doit être 1 école normale des autres Etats de la Confédération du Rhin : c'est quelque chose que cela ! »
Cependant il reste terri torialement mal fait, sans doute en prévision de son extension. Il est appuyé au Rhin ; il est comme une marche transrhénane. Il a été agrandi, le 2 1 janvier i8o8, du comté de la Mark avec partie des ville et territoire de Lippstadt, de la principauté de Munster avec Cappenberg, des comtés de Tecklembourg et de Lingen, du comté et ville de Dortmund. et des abbayes d'Essen, Elten et Werden, que Murât avait si longtemps réclamées \ Wesel, qui est à la France dans le département de la Roer, et Cologne, au sud, le soutiennent. Il compte lui-même quatre départements : celui du Rhin, chef-lieu Dusseldorf, la capitale ; celui de la Ruhr, qui s'enfonce assez loin vers l'est, jusqu'à Lippstadt ; celui de l'Ems, qui se prolonge vers le nord, avec Munster, jusque près de Meppen ; celui de la Sieg enfin au sud-est jusqu'auprès de Wetzlar. Il envoie ainsi des
I. Ch. Schmidt, Le Grand-Duché de Berg (1806-1813), étude sur h domination française en Allemagne sous Napoléon P"', Paris. Félix Alcan, i905.
l'allemagise française i83
pointes en tous sens, vers Fintérieur de F Allemagne : c'est un duché à tendances, ou tendancieux.
Murât, le premier grand-duc, est parti pour l'Espagne, puis pour Naples. Napoléon a été lui-même grand-duc de Berg, de juillet 1808 à mars 1809. ^e 3 mars 1809, il Fa cédé à Napoléon-Louis, le fils aîné de Louis de Hollande, un enfant de trois ans, dont l'Empereur n'a pas à craindre qu'il se dérobe à ses devoirs politiques.
Beugnot, de retour de Westphalie, est commissaire impérial à Dusseldorf. Nesseirode est ministre de FIntérieur. En 1 8 1 o, Rœderer est nommé ministre secrétaire d'Etat ; et donc, par Fenfance du grand-duc, par les agents qui gouvernent en son nom, la « réunion » administrative du grand-duché de Berg est complète.
Son assimilation sociale à la France a été poussée très loin ^ Le servage a été supprimé, par décret du 12 décembre 1808 ; la féodalité a été abolie, le 11 janvier 1809. Le Code Civil y a été introduit, et le 12 novembre 1809, il a été déclaré la loi commune du grand-duché. Son organisation judiciaire s'achève en 181 1, et la Prusse, maîtresse du pays quelques années plus tard, y j^rendra des leçons.
Si donc le grand-duché de Berg était, selon le mot de Napoléon, l'école normale des Etats de la Confédération, on est en droit de conclure qu'il ne devait pas y avoir ensuite de sérieuses différences entre les Etats de la Confédération et le reste de l'Empire. Sous un nom ou sous un autre, l'Allemagne était déjà comme réunie, francisée, en quatre ans.
Mais l'élément essentiel de l'Allemagne française, c'est le royaume de Westphalie. Nous en avons dit, au volume précédent, la constitution et la théorie générale, et nous en avons noté dès l'origine le caractère si nettement français, la marque