LA THADITION HISTORIQUE DU TITRE IMPERIAL
au moyen âge l'idée du genre humain organisé pour vivre en paix. L'Eglise a consacré cette idée. Elle s'est appelée romaine et elle a eu raison ; elle est devenue catholique, c'està-dire universelle, parce que la nation unique était propre à recevoir une religion unique, comme les cadres impériaux à loger la hiérarchie d'un sacerdoce. Aussi les chrétiens ont-ils cru que FEmpire avait été la préparation de l'Eglise. Leurs docteurs ont enseigné que cette forme du temporel, pensée par Dieu au premier jour, était déjfinitive, et que l'Empire vivrait comme l'Eglise, jusqu'à la consommation des siècles, pour se confondre avec elle en Dieu dans l'éternité. L'Eglise a donné à l'Empire une existence idéale, par laquelle il a survécu à sa réalité. »
Ce n'est pas assez dire : la réalité de l'Empire a duré à travers les siècles, sans discontinuer un seul moment. Qui dirait qu'elle a totalement disparu ? Il a toujours joué son rôle, et toujours le premier, à travers le moyen âge et les temps modernes. L'idée de l'Empire a inspiré les entreprises des plus puissants souverains, et cela jusqu'à nos jours. La couronne impériale, avec tout ce qu'elle représente comme symbole de domination universelle a toujours été convoitée, non pas comme une satisfaction de gloire, mais comme 1 image d'une mission quasi-divine; le titre impérial, dans son plus large sens, son sens romain, a toujours été considéré comme nécessaire à achever toute autorité temporelle. L'Empire n'est pas mort avec les Augustes ; et l'idée de 1 Empire n'est pas morte, même aujourd'hui ; elle plane, menaçante ou bienfaisante, sur toute l'évolution politique des nations.
Car l'Eglise, après la chute de l'Empire d'Occident en 476, en garda les cadres pour elle-même. Elle continua ses prétentions de domination universelle, non seulement pour elle, mais pour lui ou par lui, puisqu'elle y voyait la condition de l'organisation politique de l'humanité. Elle eut,
comme rancion Empire romain, ses « provinces n, provinces de Rome, la Grande-Bretagne, la Germanie. Elle eut ses légats ; elle convertit et soumit les rois, elle lit les Empereurs, comme les instruments de l'unité politique, à l'image nécessaire de l'unité de foi.
Elle convertit Clovis et Witikind. Elle fit Charlemagne Empereur des Romains, à Rome, et l'événement de Noël 800 eut aussitôt par elle un prestige légendaire. Elle donna par lui i\ toute l'Europe occidentale luio niénie foi, une même conscience, un môme Credo. Comment dire toute Timportance de ce phénomène, lunité morale? Elle ne cessa plus de développer son iniluence sur toute la vie politique de l'Europe.
L'Église ne sauva point l'Empire carolingien d'une rapide dissolution ; car si le prestige impérial est durable, il arrive que son autorité réelle soit éphémère. Elle en conserva de nouveau la tradition, et le reconstitua bientôt sous une forme nouvelle, avec la dynastie des Oltons de Saxe. Ce fut le Saint-Empire Romain Germanique, de caractère romain en effet, et de nation germanique.
Sa puissance demeura grande pendant deux ou trois siècles ; les maisons de Saxe el de Souabe présidèrent à d'imposantes diètes à Mayence, à Besançon, à \ugsbourg. C'est un des spectacles les plus frappants et les plus expressifs du moyen âge que la descente à travers les Alpes des longs cortèges impériaux, vers Rome, pour \ prendre, comme Charlemagne, dans l'iiglise de saint Pierre, le titre prestigieux et nécessaire à la perfection de leur autorité.
Mais « c'est une terrible ville que cotte Rome : elle mange les hommes et engendre la lièvre ; — Roma vorax homiimm, Roma fcraxfehrnm. » Et les Empereurs n'y furent pas toujours heureux. Il n'importe : Rome est la cité mystique au moyen âge; elle est plus que Delphes, plus que La Mecque,