FORMATION TERRITORIALE
DE l'italie napoléonienne
Comme l'Allemagne, Tltalie avait subi depuis 1789 un travail énorme d'unification territoriale et politique. Il en faut rappeler les étapes. En 1789 Tltalie était encore toute en morceaux : la Savoie, Nice, le Piémont, la Sardaigne, unis sous la couronne de la maison de Savoie ; le Milanais à l'Autriche, Modène sous un duc apparenté aux Habsbourg ; le grand-duché de Toscane, secundo-geniture de la même famille ; les Républiques de Gênes et de Venise ; Parme aux Rourbons ; Lucques et Piombino dans une sorte d'indépendance ; les Etats de l'Eglise, composés des Légations (Ravenne, Ferrare, Rologne), d'Ancône et des marches d'Ombrie, de Rome enfin ; le royaume de Naples aux Rourbons.
Ces Etats n'étaient réunis, ou rapprochés, par aucune communauté. Il ne s'y pouvait constater aucun sentiment national, à peine chez quelques poètes, comme Alfîeri. D'ailleurs, « ITtalie » n'avait jamais existé, sauf peut-être dans la pensée de Jules II.
I. Voir aussi, pour ce chapitre, notre Napoléon en Italie, 1800-1812.
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En 1 796-1 797, sur un signe de Bonaparte, naquit la République cisalpine, avec Modène et les Légations ; mais Venise fut donnée à l'Autriche. Il n'y eut pas pour lors d'autre changement^, quoique déjà Bonaparte eût dans l'esprit tout un programme d'action sur Rome, sur Venise, sur Malte, vers l'Orient et l'Egypte.
Pendant qu'il allait jusqu'aux extrémités de son dessein, aux bords du Nil et en Syrie, le Directoire poussait d'un bout à l'autre de la péninsule la propagande républicaine, à Rome, à Naples, renversait le pape et l'emmenait en captivité, inaugurait la Révolution de l'Italie par l'introduction et la propagation des principes démocratiques. Ce ne fut pas pour longtemps ; la réaction fut violente. Ce fut pourtant comme la préface de toute l'œuvre de Napoléon.
Marengo, c'est essentiellement la conquête napoléonienne de l'Italie. La victoire, quoique péniblement gagnée, eut un grand éclat et une grande portée. Lunéville laissa ou remit les choses dans l'état de 1797 ; la principale nouveauté fut l'établissement des Bourbons en Toscane ou royaume d'Etrurie.
A ce moment Bonaparte s'accorde avec les Bourbons d'Espagne et d'Italie, et paraît continuer la politique monarchique des pactes de famille". On pouvait concevoir et réaliser alors l'idée d'une « Italie » indépendante, d'un Etat, d'une nation italienne, soit sous le gouvernement de la maison de Savoie, autour du Piémont, comme il est arrivé plus tard, et comme on en trouverait le germe dans la politique de Henri IV et de Chauvelin, ou bien au profit des Bourbons, ce qui paraissait être l'un des objets du pacte de famille, au temps de Choiseul.