‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 116 sur 225 · L ITALIE NAPOLÉONIENNE · texte numérisé non relu

L ITALIE NAPOLÉONIENNE

de demander asile à l'Angleterre : « Plutôt, disait-elle, le sort du duc d'Enghien! » Napoléon avait tout fait pour faire échouer l'entreprise de Murât, comme nous allons le voir, et M. Johnston y voit la preuve d'une secrète entente de l'Empereur avec Marie-Caroline : cette conclusion paraît encore arbitraire et imparfaitement fondée.

Quoiqu'il en soit, Marie-Caroline se trouva prise àPalerme dans des intrigues et des aventures délicates où le duc d'Orléans, récemment marié avec sa fille Marie-Amélie, le 23 novembre i8og, se trouva très curieusement mêlé. Elle s'était bien entendue avec lord Amherst, le premier commissaire du gouvernement britannique en Sicile. Elle ne s'entendit point du tout avec lord Bentinck, son successeur. Elle voulut imposer de nouvelles taxes ; les barons de Sicile se révoltèrent et appelèrent Bentinck, qui, pour assurer Tordre, voulut mettre une garnison anglaise à Palerme, et envoyer lo.ooo Siciliens en Espagne. Elle en appela au gouvernement anglais, Bentinck fit le voyage de Londres ; il revint en décembre 1811 avec des pleins pouvoirs. Le roi Ferdinand, c'est-à-dire la reine Marie-Caroline, fut déchu de ce qui lui restait d'autorité. Le prince François fut institué vicairegénéral, le 16 janvier 1812 ; Belmonte, un ennemi de la reine, fut premier ministre. Le duc d'Orléans avait été du complot et s'offrait aux Anglais pour la succession, à défaut de François : il lui fallait à tout prix une couronne royale, et il devait en venir à ses fms^ En tout cas le gouvernement de la Sicile se trouva aux mains des Anglais ; ils lui donnèrent une constitution, en juillet 18 12 ; elle fut illusoire ; l'autorité de lord Bentinck fut absolue, et il n'était pas homme à en rien retrancher. La reine Marie-Caroline allait être chassée en 181 3. Il est donc oiseux de chercher davantage ce qui eût pu résulter de ces dispositions nouvelles ; les circonstances

I. Le Mémoire de la Reine sur la Révolution de Sicile est très expressif sur ce point.

d'ailleurs les changèrent une fois de plus, les Bourbons étant destinés à reprendre leur trône de Naples.

Mais Murât lui-même eût volontiers détaché Naples de l'Empire.

Le traité de Bayonne, du i5 juillet 1808, était pourtant très explicite. Murât y prenait le nom de Joachim-Napoléon, en signe de son union avec le Grand Empire. Le royaume des Deux-Siciles était attribué à sa famille à perpétuité, par ordre de primogéniture, à l'exclusion des femmes, exception faite pour sa femme Caroline (art. m) \ En cas d'extinction, le royaume devait revenir à l'Empereur et à sa descendance, ou à Joseph, ou à Louis, ou à Jérôme.

Murât restait grand-amiral, et cette dignité était attachée à la couronne des Deux-Siciles, donc à jamais partie de l'Empire. Une ligue offensive et défensive était conclue entre l'Empereur et le Roi : le roi y fournissait un contingent de 18.000 hommes d'infanterie, 3. 000 de cavalerie et aS pièces d'artillerie, ou, tant qu'il n'aurait pas la Sicile, 16.000, 2.000, et 20 pièces; — en outre, pour la guerre maritime, 6 vaisseaux de ligne (2 de 80 canons, 4 de 60), 6 frégates, 6 bricks ou corvettes; il devait donc mettre chaque année à l'eau 2 vaisseaux et 2 frégates, à partir de 1809. Les côtes du royaume étaient soumises naturellement à l'application du blocus continental. Bénévent était promis à Murât, à l'extinction de la famille de Talleyrand, sauf compensation. Les biens Farnésiens à Rome lui étaient laissés. Six grands fiefs de 60.000 francs de revenu devaient être constitués dans le royaume avant le i" janvier 1809. Murât et Caroline faisaient abandon de leurs biens en France.

Le fils de l'aubergiste trouvait son royaume petit et sa couronne médiocre. 11 eût préféré l'Espagne et l'Empire des

I. De Clercq, Recueil des traités, II, 263 ; — Albert Espitalier, Napoléon et le roi Murât, appendice.

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Amériques. Cependant il courut tout de suite à Naples, dans la joie de s'y distinguer, de faire mieux que Joseph dont il était jaloux parce qu'il lui succédait et qu'il n'avait pu avoir Madrid quoiqu'il l'eût conquise et domptée.

Joseph avait laissé prendre Capri, sous son nez, à l'entrée de la baie de Naples. Dès octobre, Murât, aidé du général Lamarque, jeta des troupes dans l'île, où commandait Hudson Lowe. Le i6, les positions anglaises étaient enlevées ; le 18, toute l'île était au pouvoir de Murât.

La nouvelle en fut communiquée à l'Empereur par le ministre des Affaires étrangères : ainsi fait-on entre souverains alliés. Napoléon répondit lui-même ' : « Une note de votre ministre des Relations extérieures m'a appris la prise de Capri officiellement. Cela est ridicule. Capri ayant été prise par mes troupes, je dois apprendre cet événement par mon ministre de la Guerre à qui vous devez en rendre compte. Il faut avoir soin de ne rien faire qui puisse de ce point de vue blesser moi et l'armée française. »

Et voilà Murât ramené dans le rang !

C'est toute l'histoire de son règne et de son perpétuel conflit avec l'Empereur, jusqu'à la crise de 181 1 qui faillit lui coûter sa couronne.

Murât voulait être roi, et non pas seulement lieutenant de l'Empereur : « On n'est pas roi pour obéir », comme il disait à Caroline. Il s'entoura d'amis personnels : Agar devenu comte de Mosbourg, le chevalier de Zurlo qui avait servi les Bourbons, le marquis Pignatelli. Saliceti eut la police. Daure plus tard eut la guerre et la police, mais il s'entendait mieux avec la reine CaroUne. Alors il eut pour successeur Maghella. Napoléon lui avait refusé Reynier comme ministre de la guerre.

Il voulut avoir des ambassadeurs auprès des cours étran-

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