‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 117 sur 225 · I. Corr. de Napoléon, XVIII · texte numérisé non relu

I. Corr. de Napoléon, XVIII

gères afin d'en avoir auprès de sa cour, pour lui donner l'éclat d'une cour souveraine. Aussi le ministre de Russie, Bibikof, fut-il honoré d'une réception particulièrement flatteuse, admis chaque jour chez le roi, au cercle de la reine ; et pourtant il n'était pas ami de la France ; il se plaisait à répandre les mauvaises nouvelles, celles d'Espagne notamment.

Napoléon écrivit là-dessus : « Les membres du corps diplomatique sont des espions que rien ne peut contenter, qui écrivent d'autant plus de sottises qu'on les traite mieux ! Ayez une grande audience tous les mois, et ne les voyez que là. Un membre du corps diplomatique ne doit jamais dîner avec vous. »

L'ambassadeur de France à Naples, d'Aubusson La Feuillade, y était naturellement mal vu, considéré comme un espion de l'Empereur ; il était à peine admis aux chasses, jamais à de francs propos. Napoléon s'en plaignit ; Murât répondit : « Si M. d'Aubusson n'a pas été reçu par moi, et s'il n'a jamais été invité à dîner ni admis à des privilèges particuliers, c'est que Votre Majesté m'avait défendu expressément de ne recevoir le corps diplomatique qu'une fois tous les mois dans un cercle général... Voilà, Sire, ce qui régla ma conduite, et je jure à Votre Majesté qu'il n'est jamais entré dans ma pensée de ne faire jouir à ma cour l'ambassadeur de Votre Majesté de toute la considération que son choix seul lui mérite. » Comment Murât n'avait-il pas compris que l'ambassadeur de l'Empereur ne pouvait pas être traité comme un autre? C'est évidemment qu'il ne voulait pas comprendre.

Dans le même temps, il refusait à Aubusson le droit de mettre les armes impériales sur sa maison, cela n'étant pas permis aux ministres des autres cours : « Je ne vois pas, écrivait Aubusson, pourquoi le roi pourrait être choqué de voir sur l'hôtel de l'ambassade les armes de Sa Majesté Impériale et Royale, qui est le protecteur de ses États et de

Driault. — Grand Empire. 14,

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qui il tient son royaume. Ce ne serait point une raison pour que les ministres des autres puissances pussent en faire autant; elles peuvent traiter de pair avec le roi de Naples, qui ne saurait de son côté traiter de pair avec TEmpereur que l'on doit à peu près regarder comme Empereur d'Occident. » — Mais c'est justement ce que Murât ne voulait pas admettre.

Aubusson fut rappelé bientôt, remplacé par un simple chargé d'affaires, Hue de Grosbois. Murât fut fâché de cette diminution de prestige, qui empêchait les autres cours de lui envoyer des ambassadeurs en titre ; ainsi le nouvel ambassadeur de Russie, Alopéus, resta en route à Vienne, Caroline alors, comme Aubusson, fut écartée des conseils du gouvernement, étant sœur de l'Empereur et héritière désignée : il est rare qu'on ait beaucoup d'affection pour son successeur * .

Ainsi Mmat ne faisait qu'efforts pour échapper à la surveillance et à la tutelle impériale. L'Empereur le tenait par le traité de Bayonne. Murât eût voulu mettre de l'argent de côté, pour son armée napolitaine, pour d'autres objets peutêtre. — Napoléon ne le permet pas ; il exige toutes les sommes qui lui ont été réservées : il se fait pressant pour la constitution des 6 duchés à 60.000 francs (on finira par s'arranger à 4 duchés de 80.000 francs, à cause de la Sicile en moins) : Otrante, Reggio, Gaète. Tarente ; il réclame d'autres sommes, pour des récompenses militaires non acquittées ; il réclame des navires : on ne lui a fourni qu'un seul navire, de 74 canons, le Capri; il faut pourtant exécuter le traité. Il surveille les armements de Murât : le roi a embauché des soldats français, pour sa garde royale ; il a porté son armée, malgré Napoléon, à 40.000 hommes ; Napoléon déclare qu'il

I. Cf. Napoléon en Italie, 6i2-6i5. — J. Murât, Lettres et documents (édit. LeBrethon), VII, 326, note.

ne permet pas raugmentation de la garde royale, ni la création de milices napolitaines. — Nous avons vu la même aventure en Espagne. — Napoléon réclame des chevaux que Murât a emmenés des haras de Berg, croyant naïvement qu'ils lui appartenaient. Il le tiendra encore par l'affaire des diamants de la couronne d'Espagne, de la fameuse perle pérégrine découverte en effet chez un bijoutier de Naples.

L'Empereur se plaint de 1 imparfaite application du blocus contre la contrebande anglaise. Il gronde contre les licences qui ont été conclues avec l'Américain Broadbent pour l'exportation des huiles du royaume ^ . Il observe que les marchands français sont molestés. Il ne veut pas que son Code soit modifié, «châtré », comme il dit, notamment en ce qui concerne le divorce : il l'avait pourtant permis à Joseph.

Du premier jour s'était donc affirmé entre l'Empereur et le Roi un malentendu, qui reproduisait presque l'ancienne querelle entre Napoléon et Marie-Caroline, et déjà avec la perspective d'une même solution. Aussi, lors de son premier voyage à Paris (21 novembre 1809-14 février 1810), et encore lors du second (12 mars- 2 8 avril 18 10), l'opinion se répandit qu'il ne reviendrait pas.

Il revint, mais il n'avait pas lieu d'être très content de son voyage ; il avait eu beaucoup de peine à se faire recevoir à Compiègne, et le mariage autrichien, nous le savons, lui déplaisait et l'inquiétait.

Il se précipita alors dans un grand effort d'indépendance. Ce fut l'expédition de Sicile ; il y voyait la consécration de la soumission de la Calabre, où Manhès faisait régner le régime de la terreur, le moyen d'écarter la rivalité redoutée de Marie-Caroline, et aussi une occasion d'entraîner son armée et de fortifier définitivement sa situation vis-à-vis de

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