‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 119 sur 225 · Cf., Napoléon en Italie · texte numérisé non relu

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LA SICILE ET NAPLES ai 3

Il laisse échapper des plaintes. On les entend autour de lui, on les entretient ; on le flatte, on rêve de faire de lui le libérateur, de se servir de lui, sinon de le servir. Une crise se prépare ; car il est disposé à des résolutions graves.

Nous retrouvons là, presque dans les mêmes termes, les circonstances que nous avons constatées à la même date autour de Joseph. N'y a-t-il pas dans cette répétition même un important enseignement historique, et des éléments essentiels de la définition de l'Empire ?

Murât fit un nouveau voyage à Paris à Toccasion de la naissance du roi de Rome, de mars à mai i8i i. Il ne pensait pas rester si longtemps ; il fut retenu par les cérémonies de la cour ; il lui fallut revêtir souvent son costume de feudataire qui lui était pourtant comme une livrée ; il lui fallut, grand-amiral de l'Empire, présenter à l'Empereur quelques amiraux nouvellement promus. Il obtint, pour tant de soins, la promesse qu'on lui laisserait Naples, mais évidemment à condition qu'il y serait docile : il venait de prendre un bain de servitude.

A Naples on ne l'attendait plus. Le Journal de la Cour salua avec allégresse son retour « aussi heureux qu'inespéré ». On dirait le roi Richard revenu d'une lointaine captivité.

Sa joie de la délivrance le jeta aux pires imprudences. Il institue un nouveau drapeau napolitain, où ses sujets voulurent voir un signe d'indépendance. Le 1 4 juin 1 8 1 1 un décret royal exige avant le i^"" août la naturalisation de tous les fonctionnaires et dignitaires au service du royaume. La plupart refusèrent, et d'abord le grand écuyer, général Exelmans, qui, rappelant ses devoirs envers l'honneur et la patrie, écrivit au roi : « Si je renonçais à l'une, je perdrais l'autre ' 1 » Murât fit des concessions sur les personnes, mais il maintint son décret.

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