I. Napoléon en Italie
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servatlon de l'Italie méridionale (rexpression est significative), sous le commandement du général Grenier, qui eut ordre de ne plus correspondre qu'avec le ministre de la guerre à Paris.
Clarke reçut les instructions suivantes : « Vous enverrez au général Grenier un duplicata des ordres que j'ai donnés pour la dissolution de l'armée de Naples et la formation d'un corps d'observation sous ses ordres, et ma volonté pour que, quelle que soit l'opposition du roi de Naples, il ait à donner des ordres à tous les Français et à réunir mes troupes entre Naples, Capoue et Gaète ; que le roi de Naples paraît se livrer aux suggestions des ennemis de la France ; que je lui ai déjà fait témoigner combien sa conduite était folle. Vous prescrirez au général Grenier de prendre des mesures pour, sans faire semblant de rien, faire mettre garnison à Gaète et s'en assurer la possession ; qu'il doit faire connaître aux Français et à tout ce qui fait partie de la garde qu'ils sont toujours Français, que je les considère comme tels ; que par un décret du Grand Empire les Français sont citoyens de Naples ; qu'il se concerte avec mon ministre pour faire sortir le roi de la fausse position où il est; que s'il continuait à s'éloigner de ce que lui prescrivent la reconnaissance et ses devoirs, il y serait sévèrement rappelé ; que le général Grenier doit parler ferme; qu'il n'est plus sous les ordres du roi de Naples ; qu'il doit soutenir mon ministre comme commandant un corps de troupes, et non comme un subordonné ^ . »
Maret, de son côté, envoyait ces instructions au chargé d'affaires Durant, successeur de Hue de Grosbois : « Aucun Français ne peut renoncer au titre de Français sans se déshonorer, et s'il en est un que le gouvernement prive de son
i.Corr. de Napoléon, XXII, 283, 3io. — Aff. Étr., Corr. de Naples, vol. i37, f'^' 17-18, i3o. — Napoléon en Italie, 628-629.
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emploi par la seule raison qu'il est Français, vous ne devez point hésiter à déclarer que dans ce cas vous avez ordre de vous retirer sans prendre congé... Je dois vous le dire, monsieur, et vous ne devez pas le dissimuler, il ne resterait plus alors qu'une chose à faire à Sa Majesté, ce serait de déclarer par un sénatus-consulte les obligations du roi des Deux- Siciles envers l'Empire et de déterminer les cas où il peut encourir la perte de sa couronne. Sa Majesté veut éviter cet éclat, mais il n'en est pas moins important que le gouvernement napolitain évite dans sa marche tout ce qui pourrait inspirer à l'Empereur de nouveaux mécontentements... Il est très probable que les dispositions de Sa Majesté seront reçues à Naples avec soumission ; mais, s'il y avait quelques rumeurs et quelques murmures de résistance, vous pourriez laisser répandre le bruit que 20.000 hommes marchent d'Italie sur Naples. »
Murât proféra des gémissements touchants : « Eh quoi. Sire ! parviendra-t-on toujours à vous alarmer sur mes sentiments ? Ah! que peut me reprocher Votre Majesté?... Sire, la fièvre me prit immédiatement après avoir répondu au prince de Neuchâtel, et je profite du premier moment de relâche qu'elle me donne pour vous écrire ma peine, pour vous dire que vous m'avez tué, pour vous dire que vous avez perdu votre meilleur ami et que jamais je n'aurais pu m'attendre à un traitement aussi barbare. A peine le décret futil arrivé ici que des copies furent répandues avec profusion ; elles tomberont sans doute entre les mains du corps diplomatique; j'ignore si cela peut convenir à Votre Majesté; mais aujourd'hui le roi de Naples est la fable des Français employés et fournisseurs ; il le sera bientôt de la nation. Ainsi voilà mon rôle joué ; mais, jusqu'au dernier soupir, je serai ce que j'ai toujours été, votre plus fidèle ami. Je ne puis écrire davantage, tant je suis oppressé. »
Murât avait toujours la fièvre quand il lui arrivait des
aventures de cette sorte. Mais il ne faut pas prendre toutes ces formules au pied de la lettre. Les Italiens s'agitèrent beaucoup autour de lui ; il eut de longs et secrets entretiens avec Zurlo, avec Maghella, Campo-Chiari, le ministre d'Italie Tassoni, même avec les ministres étrangers, le comte de Mier, ministre d'Autriche; le comte Dolgorouki, ministre de Russie. Les têtes s'échaufiFèrent ; il y eut duel entre Dolgorouki et le baron Durant, entre le général Exelmans et le comte Benckendorff.
Les choses faillirent se gâter tout à fait. La main de l'Empereur s'appesantit. Aymé, l'un des favoris du roi, fut arrêté à Paris sur l'affaire des diamants ; Maghella fut rappelé en France. Pérignon fut envoyé à Naples comme gouverneur de la viUe ; il emportait ces instructions : « Vous êtes autorisé à assurer Sa Majesté que l'Empereur ne veut point réunir Naples à la France, à lui faire observer que si l'Empereur avait eu en vue cette réunion, il l'aurait faite ouvertement ; qu'il ne l'a pas voulu parce que le royaume de Naples n'a pas besoin d'être réuni pour faire partie du Grand Empire ; qu'il convient à l'Empereur que le roi règne à Naples, mais que l'Empereur ne peut oublier qu'il est empereur de Naples et qu'il en est le suzerain, comme il l'est du royaume d'Italie qui fait aussi partie du Grand Empire ; que c'est faute de reconnaître ces principes que les gouvernements de Rome ou de Hollande se sont perdus... * »
Grenier reçut Tordre d'occuper Gaète ; Murât fut invité à n'y faire aucune résistance. Maret écrivait à ce sujet au baron Durant : « Vous devez faire connaître qu'au cas où l'on s'opposerait à cette mesure, vous avez ordre de quitter Naples, et il ne faut point qu'on ignore alors quels seraient les résultats de cette extrémité. Si vous revenez, l'intention de l'Empereur est d'informer le Sénat de la conduite du roi, d'ap-
I. Aff. Etr., Corr. de Naples, vol. 187, f"* 162-163 : 16 sept. 181 1,
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prendre à la France qu'il a fermé aux Français les portes d'une ville qu'ils ont conquise, qu'il a outragé les drapeaux sous lesquels il a eu l'honneur de combattre avant que le sang français lui ait élevé un trône, et qu'enfin il a cessé de régner. »
Gaète fut livrée sans résistance.
Le comte de Mosbourg rapporte dans ses Papiers * ces propos de Murât : « Soldat, j'ai su et je saurai toujours obéir ; quand je commanderai des troupes de l'Empereur, nul n'exécutera ses ordres avec plus de ponctualité. Mais dans mes Etats, je suis Roi ; je dois être indépendant; quand il s'agit de mes Etats, je dois négocier avec lui et non recevoir sa loi. N'aurais-je accepté un royaume que pour le livrer à sa politique ? Ce serait une trahison envers mes sujets qui doivent trouver en moi un protecteur, un père, et qui ne peuvent m'accorder qu'à ce titre leur confiance et leur amour. S'il voulait en disposer à son gré, pourquoi ne les gardait-il pas sous sa puissance ? Pourquoi ne leur donnait-il pas un préfet, au lieu de leur donner un roi ? Ce titre m'impose envers eux et envers moi des devoirs que je remplirai. Il peut me l'ôter puisqu'il est le plus fort; mais il ne me contraindra pas à l'avilir. Si j'ai cherché la gloire sur les champs de bataille, en bravant mille fois la mort, croit-il que je ne saurai pas cesser de régner, croit-il que je ne saurai pas mourir plutôt que de me déshonorer dans le rang où je suis monté, dans ce rang qui me donne en spectacle à l'univers ? 1)
Donc, la situation reste difficile. Murât a cédé pour éviter la chute imminente ; mais il est évident qu'il n'admet pas que son royaume soit une dépendance du Grand Empire,
I. Lettres et documents pour servir à l'histoire de J. Murât, VII, 60, note. — Voir par contre une longue lettre de Maret à Murât, du 3o décembre 181 1, sur ses devoirs de « feudataire de l'Empire ». Napoléon en Italie, 635-638, — ou Aff. Étr., Corr. de Naples, vol. 13;, f'^» 347-353.
Napoléon l'appelle à l'armée de Russie : ce ne sera qu'une diversion.
M. Sorel, et d'autres historiens, ont exprimé l'opinion que Napoléon avait l'intention de faire l'unité et l'indépendance de l'Italie au profijt de son second fils. Cette impression n'est pas juste. Elle vient des Mémoires du D' Antommarchi sur les derniers moments de Napoléon, qui, le 26 janvier 1 82 1 , aurait dit à son entourage : « Je me proposais de faire des États Italiens agglomérés une puissance compacte, indépendante, sur laquelle mon second fils eût régné. Rome en fût devenue la capitale; je l'eusse restaurée, embellie; j'eusse déplacé Murât. De la mer juscp'aux Alpes, on n'eût connu qu'une seule domination. J'avais déjà commencé l'exécution de ce plan que j'avais conçu dans l'intérêt de la patrie italienne ^ »
Voici nos objections. Les Mémoires d' Antommarchi sont de 1825 : le propos attribué à l'Empereur a-t-il été tenu, ou a-t-il été exactement rapporté? Cela reste discutable.
En supposant le propos exact, il est placé à la date du 26 janvier 1821, c'est-à-dire sept ans après la chute, au lendemain de la Révolution italienne contre la Sainte- Alliance. Napoléon a pu dire que, s'il avait vécu, il aurait fait l'unité de l'Italie indépendante ; il y songeait peut-être dès l'île d'Elbe, son Grand Empire renversé. Mais de là à conclure qu'il l'eût fait au temps du Grand Empire, dans sa toutepuissance, il y a un abîme.
S'il avait voulu alors réaliser l'unité et Tindépendance de l'Italie, pourquoi, le prince Eugène étant destiné au grandduché de Francfort, ne pas laisser l'Italie à Murât ? Murât eût assuré jalousement l'indépendance de l'Italie. Non, Murât allait être écarté, comme Eugène, devant le roi de Rome.