‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 123 sur 225 · I. Cf. L. Madelin, La Rome de Napoléon, 288 et s · texte numérisé non relu

I. Cf. L. Madelin, La Rome de Napoléon, 288 et s

lier, Camillus Gapitolinus, comme l'appelait Victor de Brpglie, heureux et justement orgueilleux d'administrer un pareil domaine. Le préfet de Spolète, Antoine Rœderer, était de manières moins aimables, au reste fort appliqué à son devoir.

A côté de Tournon, il y eut une administration municipale de belle allure, un vrai Sénat romain. Napoléon n'en avait pas adopté l'idée sans réserve ; les Empereurs d'autrefois avaient eu des difficultés avec le Sénat. Tout de même, en faisant siéger le patriciat romain au Capitole, l'Empereur donnait la preuve éclatante que son autorité impériale y était reconnue des plus illustres. L'assemblée fut composée de soixante membres. On y voit des Albani, des Altieri, Ludovisi, Barberini, Sciarra, Orsini, Gabrielli, Doria, Sforza, Colonna, Chigi : on dirait tout le grand passé de Rome.

Malgré ces noms glorieux. Napoléon ne laissa au Sénat romain que des attributions municipales. César et Auguste avaient fait de même.

Le chef était le duc Braschi, prince de Venise, Grand d'Espagne, ex-chambellan du roi de Sardaigne, un neveu du dernier pape, Pie VL Le premier adjoint était don Luigi Buoncompagni-Ludovisi, prince de Piombino, duc de Sora et de vingt autres places ; dépouillé déjà de Piombino, il se ralliait peut-être pour sauver le reste de sa fortune. Le deuxième adjoint était un prince Gabrielli ; le troisième, un duc Sforza-Cesarini, qui descendait des Sforza de Milan.

Ils furent reçus par l'Empereur à Fontainebleau le i6 novembre 1810. Le duc Braschi s'exprima ainsi : « Il subsiste encore, ce Capitole où montèrent tant d'illustres conquérants. Il vous attend. Sire ; venez y inscrire votre nom immortel. Là s'élève encore et reverdit le rameau de laurier que Nerva déposa dans le temple de Jupiter. Vous seul pouvez le garantir de toute insulte, comme l'aigle de Trajan le préserva des outrages des Germains, du Parthe, de l'Arménien

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et du Dace. » Et l'Empereur répondit entre autres choses : « Messieurs les députés du département de Rome, mon esprit est plein des souvenirs de vos ancêtres... La France et l'Italie tout entière doivent être dans le même système... Fils sâné de l'Église, je ne veux point sortir de son sein... Votre évêque est le chef spirituel de l'Eglise comme j'en suis l'Empereur. Je rends à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César ^ »

Cela se termina par des soldini ou gratifications et par des croix de la Légion d'honneur".

Des sénateurs romains furent envoyés au palais du Luxembourg, malgré la distance. Ainsi on avait vu des sénateurs gaulois à la Curie sous les Augustes, Il y eut à Rome une bonne et forte organisation judiciaire, « l'admirable justice française », comme on y disait. L'administration financière n'y fut pas moins goûtée, tant elle diflerait du passé. Car les abus extraordinaires du gouvernement pontifical, accrus d'âge en âge, étaient en vain devenus presque aimables à force d'avoir duré ; on fut heureux de les voir disparaître, et on fut étonné que l'administration française en fût venue à bout d'un seul coup : c'est que l'autorité napoléonienne avait une singulière force de correction et d'action.

L'administration militaire y fut ce qu'elle était ailleurs. La conscription, la terrible « Leva », fut assurée par des tournées préfectorales ; elle laissa pourtant échapper une proportion supérieure de réfractaires qui se formèrent en bandes, dans la montagne, et il fallut toute une armée pour les rechercher.

Comme partout ailleurs sur le passage de Napoléon, les couvents dits inutiles furent fermés ; il y eut des théories de moines sur les routes, expulsés en masses : « Les champs de

I. Corr. de Napoléon, XX, 36. — Napoléon en Italie, 557. a. L. Madelin, op. cit., 267.

LE ROYAUME d'iTALIE 2a5

Rome, dit Botta, ne retentissaient plus que de plaintes et de gémissements. » De nombreux évêchés furent supprimés ; ils étaient hors de toute proportion avec la population. Il y avait trente évêques dans les deux départements de Rome ; on n'en garda que onze. On pensait d'ailleurs continuer ce profond remaniement des circonscriptions ecclésiastiques.

On imposa aux évêques et aux prêtres le serment de fidélité à l'Empire, ce qui les obligeait à reconnaître la spoliation du Saint-Siège. Beaucoup naturellement refusèrent, furent expulsés, emmenés sur les routes de France, internés en divers lieux : ce fut une occasion de confisquer leurs biens, même patrimoniaux.

L'émotion un moment fut grande, analogue à celle qu'excitaient les prêtres réfractaires en France dans les premières années de la Révolution. Des troupes furent préparées pour contenir tout soulèvement : il y eut une colonne d'observation, sous Pacthod, à Pérouse ; d'autres à Ancône, à Arezzo.

L'émotion ne fut pas renfermée dans le clergé ; il y eut parmi les fonctionnaires civils des refus de servir ; beaucoup d'Italiens, comme jadis de Français, ne voulaient recevoir la communion que de prêtres réfractaires. On vit des jeunes gens mariés civilement renoncer à vivre ensemble tant qu'ils n'auraient pas été bénis de la main d'un « vrai prêtre » : un vrai prêtre, c'est-à-dire un ennemi de la domination napoléonienne.

Grave état d'esprit : Napoléon n'en fut pas inquiet ; il était le maître tout -puissant ; il avait la certitude que cela passerait ; il sentait avec lui toute la force de l'esprit philosophique du xvni® siècle dont il était manifestement le représentant, après tant d'autres « despotes éclairés » . Et il savait que tout céderait lorsque la politique générale, après sa victoire en Russie, aurait pris un caractère définitif.

Car, malgré les apparences que nous venons de relever et

Driault. — Grand Empire. i5

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qui faisaient ressembler les deux départements romains à tous les autres départements de l'Empire, le régime politique de Rome à cette date resta provisoire, et Napoléon ne voulut point encore le préciser. Il est important de marquer cette impression.

Aux origines de l'occupation, l'Empereur ne fut représenté à Rome que par MioUis, le commandant des troupes françaises. Presque aussitôt, une « consulte extraordinaire » fut composée de Miollis, de Gerando, Janet, dal Pozzo, Balbo. Leurs noms, y compris celui de Miollis, étaient sans grand relief : hommes d'une probité scrupuleuse, sans beaucoup plus. — Sextius de Miollis, un fort galant homme, plus admirateur de Washington que de Napoléon, démangé de littérature tout en sacrifiant aux charmes de Vénus ; ce qui se peut accorder harmonieusement. — Le baron de Gerando, un aimable philosophe, tout nourri des idées et des sentiments de Jean- Jacques ; ce qui le distinguait fort de Janet, tout le contraire d'un sentimental, « le type parfait du fiscal impérial », une sorte de légiste « entêté et nourri de codes » ', au demeurant un excellent administrateur, dont ensuite les ministres du Saint-Siège gardèrent les leçons. — Les deux Piémontais. dal Pozzo et le comte Cesare Balbo, ne pouvaient pas être particulièrement populaires à Rome.

Même en y ajoutant le général Radet, le gendarme, la Consulte ne représente pas un gouvernement digne du grand nom de Rome.

Murât vint à Rome, y resta du 1 1 au 16 novembre 1809. On poussa des cris enthousiastes sur son passage ; il y eut foule aux fêtes données à cette occasion. 11 eut l'idée que Rome ne demandait qu'un gouvernement prestigieux, avec une représentation magnifique : « Il faut nommer un gouverneur, comme à Turin et en Toscane, et le pape sera oublié

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