‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 147 sur 225 · C'est moi qui souligne. E. D · texte numérisé non relu

C'est moi qui souligne. E. D

2. A. Sorel, Bonaparte et Hoche en 1797, p. 70, 78. — L'Europe et la Révolution française, V, 198 ; VII, 462.

LE PALAIS IMPÉRIAL DU QUmiNAL a65

arrivons à César, monté du proconsulat de la Gaule au gouvernement de l'Empire.

Sorel n'était pas resté fidèle aux prémisses qu'il avait posées parce qu'elles ne s'accordaient pas dans son esprit avec sa thèse fondamentale : Napoléon solidaire, vis-à-vis de l'Europe, de la politique du Comité de Salut public, obligé de toujours conquérir pour défendre les frontières républicaines que l'Europe refusait de reconnaître ; la conquête de l'Europe devenue un « expédient » ; l'Empereur défenseur des frontières nationales : voit-on dans ces propositions Tincohérence de cette conception ? La face des choses a entraîné maintes fois l'historien à des formules où éclate l'étroitesse de son système : — Il vit bien que la politique de l'Empereur était déterminée par la politique des gouvernements révolutionnaires, elle-même déterminée, sauf les abus, par la politique de l'ancienne royauté. Mais il arrêta là son déterminisme, malgré les vues qu'en beaucoup d'endroits la carrière de Napoléon lui ouvrait sur le caractère véritable de ses ambitions ; il se refusa à en déterminer toute la grandeur, selon la tradition classique, romaine, que la France royale avait commencé de reprendre, et que Napoléon ressaisit d'un coup avec la toute- puissante clarté de son impérial génie.

Albert Sorel, lui aussi, fut un « Européen » : il démêla avec une incomparable maîtrise le jeu de la politique de l'équilibre ; si formidablement bouleversée par l'Empereur, il lui en tint quelque rigueur, ne vit dans la conquête impériale qu'une « hyperbole » insoutenable, mais en même temps s'interdit par là d'en comprendre toute la grandeur et tout le sens historique. Et il le crut capable de céder à un second fils (?) l'Italie et Rome, le lieu de l'Empire !

Et M. Madelin, qui pourtant a adopté la thèse du grand historien, sans souci de la contradiction, nous fournira làdessus quelques expressions particulièrement heureuses et pro-

fondement vraies : « Napoléon fut un Romain dans les moelles ; il en a le sang, il en a le profil. Du Romain antique il a le goût du grand, la passion de la domination, l'imagination démesurée, unie parfois au plus impitoyable réalisme. Il a dans le cerveau la loi romaine inscrite, et dans ses décisions, son style, sa façon de gouverner, il a la manière romaine... C'est la Rome impériale qui avant tout le sollicite... Dans tous les temps, son peintre favori est David, son sculpteur Canova, son acteur Talma, son livre de chevet Plutarque. » — Et encore : « L'idée impériale l'achemine par surcroît vers Rome ; l'idée impériale dans tous les temps a jeté ceux qu'elle possédait dans le chemin dé Rome... Du jour où Napoléon a rêvé l'Empire, il a rêvé Rome capitale de l'Empire. Il n'a jamais conçu que ces idées fussent séparables ^ . »

A la bonne heure, voilà des formules qu'on peut accepter pour décisives : Rome et l'Empire ne se peuvent pas séparer.

Et c'est donc à Rome, au Gapitole, que va Napoléon. Il y conduit le Roi de Rome.

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