‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 148 sur 225 · SUR LE CHEMIN DE ROME PAR MOSCOU · texte numérisé non relu

SUR LE CHEMIN DE ROME PAR MOSCOU

Tout à Tarrière est suspendu dès lors aux événements de Russie : l'Angleterre est écartée presque absolument du continent par le système continental, mais le tsar vient d'y pratiquer une brèche qu'il faut fermer. L'Espagne sous Joseph, ritalie sous Murât et Eugène, TAUemagne, avec Jérôme de Westphalie, sont laissées dans le provisoire, jusqu'à ce que la pensée de l'Empereur se détermine à leur égard. Presque toute l'Europe, en attendant, est fortement tenue dans la main de Napoléon, tout 1 Empire incliné, tendu vers l'Orient pour s'y finir et s'y définir : le moment est venu de la grande guerre, de la guerre suprême, qui, rejetant les Russes en Asie, permettra d'achever la domination de la Méditerranée et de conduire enfin au Capitole le triomphe impérial.

Ce qui frappe en i8i i , à la date où nous sommes arrivés, c'est en effet le caractère provisoire de l'organisation impé-

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riale : un édifice en construction, partout encore des échafaudages qui ne laissent \oir que les grandes lignes ; même une aUe importante à Test sort à peine de ses fondations, sur ses assises de Pologne et de Turquie. Il y faut encore un effort, et le plus rude. Mais l'architecte a son plan, les matériaux sont approchés, il n'y a plus qu'à les mettre en œuvre ; il faut dabord renverser les constructions barbares entreprises en Orient par la Russie.

La Russie vaincue, dit Albert Vandal, ce sera « Tuniversel asservissement ». Mais, la Russie victorieuse, ne fut-ce pas l'universel asservissement, la Sainte-Alliance, la Révolution française et napoléonienne refoulée, incapable pour un siècle d'achever l'émancipation de l'Europe ? Disons donc plus justement que la victoire sur la Russie devait être, dans la pensée de l'Empereur, l'achèvement de l'Empire, à peu près dans les cadres de la Rome impériale, l'organisation de l'Europe selon les lois de la Révolution : là est toute la portée du duel qui s'engage.

Nous avons dit plus haut ' les épisodes successifs de la rupture jusqu à l'oukase du 3i décembre 1810. Elle était inévitable dès lors ; elle n'était pas accomplie. Il ne nous reste à voir que les circonstances d'où la guerre allait sortir, c'est-à-dire les positions de combat.

On y remarquera que la Pologne en représente le principal endroit. Aussi bien a-t-on pu noter en ce récit que tout le conflit franco -russe depuis Tilsit était dans l'affaire de Pologne, symbole de la poussée orientale de Napoléon comme des ambitions occidentales d'Alexandre, dressée par Napoléon comme un obstacle aux Russes, mais aussi renaissance nationale contre la politique du démembrement, une lumière vers l'avenir lointain .

La guerre quasi déclarée, on attribue à l'amiral Tchit-

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