LA RENTRÉE DE HARDENBERG LA PRUSSE DANS LE SYSTEME FRANÇAIS
L'histoire de la reconstitution de la Prusse après Tilsitaété faite et bien faite ; il y a toute une littérature sur ce point ^. Il ne faut ici qu'en rappeler les traits essentiels. Elle fut surtout l'œuvre de Stein, dont la dictature très courte fut assez vigoureuse pour arracher l'État aux liens oii la bureaucratie le paralysait ; une commission d'enquête sur le passé appliqua des sanctions sévères ; toute une équipe d'hommes de la plus grande valeur, Grolman, Boy en, Gœtzen, aida le grand ministre aux réformes nécessaires.
On se mit naturellement d'abord à la réorganisation de l'armée qui, pour ainsi dire, n'existait plus. Scharnhost y apporta son esprit rigoureusement méthodique ; Clausewitz
I. Citons seulement Seeley, Life and timesof Stein. — Les Fies de Stein aussi par Pertz, Lehmann, etc. ; — G. Cavaignac, La formation de la Prusse contemporaine. — Ernest Denis, L'Allemagne de 1789 à 1810. — J. Vidal de La Blache, La régénération de la Prusse.
fut son élève. Gneisenau, à côté d'eux, avait toute l'action et tout le prestige d'un entraîneur d'hommes. L'esprit militaire fut relevé et ranimé ; la « liberté de l'échiné » fut proclamée ; on fit appel aux idées et aux sentiments patriotiques qui avaient fait la grandeur invincible de la Révolution française.
Pour tourner la lettre des conventions avec la France sur la réduction des effectifs, on imagina le service rétréci. On appela toute la jeunesse à la caserne en de courts termes. Ce fut déjà une levée en masse par un service de roulement. Les écoles furent réorganisées; les forteresses furent remaniées.
Et la Prusse se refit, toute petite pourtant, et si complètement écrasée, au milieu même de l'occupation française^ parmi les garnisons ennemies, sous les yeux vigilants et soupçonneux de Davout et de l'Empereur : une des grandes leçons de l'histoire.
On y trouva même un moment, non pas pour longtemps, quelques caractères d'une révolution sociale ; mais elle ne devait pas être poussée très loin. Tout de même, l'édit d'octobre 1807, qui émancipa les paysans du servage, fut un commencement de réforme agraire, qui aurait eu des conséquences incalculables si Stein avait eu le temps de la conduire à son terme. Qu'eût été la Prusse et l'Allemagne si dès lors la puissance des agrariens avait été brisée ?
Stein, un des plus grands hommes, sinon le plus grand, dont la Prusse ait le droit de s'honorer, fondait les plus vastes espérances sur cette rénovation, cette régénération de la Prusse. Lors du soulèvement de l'Espagne et de Fafi'aire de Baylen, il ne sut pas contenir sa joie ; il crut la délivrance prochaine ; une imprudente lettre, tombée aux mains de Napoléon, entraîna sa disgrâce ; il dut fuir en Russie, et ses biens furent confisqués. Il avait quand même en quelques mois imprimé sur la Prusse la marque de son génie.
L ALLIANCE PRUSSIEISNE
La convention du 8 septembre 1808 allégea néanmoins quelque peu les charges qui pesaient sur la Prusse, notamment en ce qui concernait sa contribution de guerre. La rencontre d'Erfurt marqua du moins un temps d'arrêt dans le développement de la fortune napoléonienne, donc excita quelques espérances chez ceux qui en souffraient. Les souverains prussiens, restés à Kœnigsberg, firent à Saint-Pétersbourg, en janvier 1809, un voyage qui fut Toccasion d'une réception réconfortante. Il leur parut que tout n'était pas perdu.
Quelques semaines après, la guerre nouvelle entre la France et l'Autriche éveilla naturellement les espérances de la Prusse : Scharnhost poussa le gouvernement à l'alliance autrichienne et à l'intervention : l'occasion était en effet tentante. Le major Schill, le duc de Brunswick-OEls, les montagnards du Tyrol parurent devoir appeler la Prusse, toute l'Allemagne à suivre l'héroïque exemple de l'Espagne.
Ces dispositions belliqueuses furent contenues par Eckmiihl, ranimées par Essling. Pendant toute la guerre, il y eut des bruits d'armes en Prusse ; le matériel militaire y fut entièrement réorganisé, comme pour une entrée en campagne. Il n'y eut rien déplus à cause de "Wagram. Napoléon ne laissa pas voir ce qu'il en pensait; mais il ne fut pas dupe, et se réserva d'en faire son profit à l'occasion.
D'ailleurs, Champagny en faisait l'objet d'un rapport dès la fin de décembre 1809*. Il y rappelait l'agitation qui n'avait pas cessé de se manifester dans l'entourage du roi, l'affaire Schill, l'agitation populaire à laquelle elle avait donné lieu. « Les efforts de T Autriche pour entraîner la Prusse dans la guerre n'ont échoué que par le fait des circonstances et la rapidité des victoires françaises. » Le Gouvernement avait fait de grandes dépenses pour l'armée, au lieu de payer les