I. Aff. Étr., Corr. de Prusse, vol. 245, P
reur : — « Je sais, dit notamment le Roi, que S. M. l'Empereur a de la peine à accorder une certaine confiance à un gouvernement qu'il regarde comme désorganisé ; je vous avouerai tout naturellement qu'il a malheureusement raison ; je travaille à remettre l'ordre et à réprimer, je pourrai dire, la licence de certaines opinions qui ont causé bien des malheurs et qui sont si opposées à celles que je professe. Mais Sa Majesté m'aiderait beaucoup dans mon travail si Elle daignait me donner quelques preuves qu'Elle désire la conservation de ce pays qui, en se relevant un peu, lui sera toujours attaché, suivra son véritable système politique et pourra peut-être même lui être encore utile un jour... L'idée qu'on cherche à accréditer que la perte de ce pays est décidée met un grand obstacle à toutes mes opérations. »
Le roi n'hésite pas à renier la politique de Stein : « Jamais je n'ai aimé ce ministre. Je l'ai toujours connu pour une tête exaltée ; en effet, il a tout bouleversé, ce qui est une des causes principales de l'état actuel des choses en ce pays ; d'ailleurs, vous avez pu observer que dans sa fameuse lettre il parle de moi d'une manière indécente ; mais l'opinion publique était toute en sa faveur. »
La reine elle-même, continue Saint-Marsan, « est très refroidie à Tégard de la Russie, sans que j'en aye encore pu pénétrer la cause. Elle est tellement revenue à d'autres idées que dans son intimité elle a manifesté le désir, pour peu que les circonstances soient favorables, de faire un voyage à Paris qui, dit-elle, pourrait être utile à la Prusse sous le rapport de son union avec la France et de plus lui ferait un grand plaisir à elle-même. Mais elle ne s'est pas encore ouverte de ce projet avec le roi ».
Le roi a peu de confiance dans la valeur de ses ministres, qui sont « de très honnêtes gens, mais de bons buralistes, rien de plus... J'avoue, dit-il, que celui que je regrette le plus parce que je suis intimement convaincu, malgré tout ce
qui s'est passé, qu'il est véritablement pénétré de la vérité que le seul intérêt de la Prusse est l'union intime avec la France, c'est le baron de Hardenberg, un homme d'esprit qui a la confiance générale » . Le roi émet l'idée qu'on pourrait permettre à Hardenberg d'aller à Paris en simple voyageur, pour y être entendu par l'Empereur. Après quoi, il serait nommé Président du Conseil, et on pourrait constater la volonté déterminée de la Prusse « de suivre de bonne foi » le système d'union avec la France.
Dans les premiers jours d'avril 1810, on annonça que le roi avait rencontré le baron de Hardenberg à Beskow-surrOder, et qu'on pouvait s'attendre à « un changement total dans le ministère ».
On communiqua alors à Saint-Marsan une récente lettre de Hardenberg à Scharnhost * :
« Considérant la situation actuelle des relations politiques de l'Europe, il me semble qu'il n'a jamais été plus facile que dans ce moment d'apprécier celle de la Prusse. Quelles que fussent les opinions et les considérations qui prévalurent jadis, on ne saurait s'y attacher maintenant; les conjonctures les ont totalement changées. Celles-ci nous portent à adhérer sans restriction au système de la France, à le suivre fidèlement et sans partage, en donnant à l'Empereur Napoléon des preuves convaincantes, constatées par des faits. Ne nous livrons point à une politique chancelante, à ces demi-mesures qui tant de fois nous sont devenues funestes. Le pivot sur lequel notre politique doit tourner désormais est celui d'écarter toute démarche vis-à-vis des autres puissances, même de la Russie, qui serait de nature à nous compromettre avec la France. C'est de Napoléon seul que dépend notre salut. »
Une nouvelle conférence eut lieu à l'île des Paons, près de