‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 162 sur 225 · I. Aiï. Étr., Corr. de Prussa, vol. 24^, f" 206, 23o-23i · texte numérisé non relu

I. Aiï. Étr., Corr. de Prussa, vol. 24^, f" 206, 23o-23i

Driault. — Grand Empire. ig

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« "Vous devez avant tout vous assurer que M. le baron de Hardenberg tient fermement aux nouveaux principes politiques qu'il a professés vis-à-vis de vous et qu'il en fera la règle invariable de sa conduite. Vous pouvez vous en éclaircir par un entretien dans lequel vous passerez en revue la conduite du cabinet prussien depuis la paix de Tilsit, où vous indiqueriez tout ce qu'il aurait dû faire et ce qu'il n'a point fait pour gagner la confiance du gouvernement français, et où vous ferez connaître enfin à M. le baron de Hardenberg que les engagements contractés par la Prusse doivent être remplis en totalité.

« Vous pourriez vous exprimer à peu près dans ces termes : — La Prusse a pris des engagements avec l'Empereur ; il veut qu'elle les tienne. Elle pouvait dans la dernière guerre d'Autriche se prévaloir d'une conduite ferme et loyale, s'attacher de bonne foi à la France et par là se libérer d'un énorme fardeau. En effet, lorsque l'Autriche nous a déclaré la guerre, si le ministre de Prusse à Vienne eût reçu l'ordre de quitter cette capitale en disant que son maître avait des engagements secrets avec l'Empereur, si la Prusse eût mis sur pied 1 5.000 hommes pour faire cause commune avec la Saxe et la Bavière; si le Roi, pour montrer sa confiance, fût revenu à Berhn, qui peut douter que de semblables procédés, non à l'époque de la bataille de Ratisbonne, mais au moment de la rupture, n'eussent inspiré à l'Empereur des sentiments de bienveillance, n'eussent effacé le souvenir du passé et n'eussent offert à la Prusse, en rétablissant son crédit en Europe, les moyens de se libérer de sa dette ?

« Au lieu de cela, qu'a fait la Prusse? Elle a armé, formé des camps, montré de mauvaises dispositions. Elle a eu les yeux sur la Russie ; elle a tout fait pour fomenter les troubles de l'Allemagne ; sa conduite a été hostile, et une partie de ses troupes même a porté les armes contre la France. On a été jusqu'à dire que ces camps avaient été formés pour

fournir à l'Empereur les 16.000 hommes que la Prusse devait joindre à son armée.

« Quels sentiments une conduite aussi vacillante n'a-t-elle point dû inspirer à TEmpereur? N'a-t-il point montré de la générosité en laissant après cela subsister la Prusse et en ne l'attaquant point dans la circonstance actuelle? L'Empereur ne pourrait se justifier ni à ses yeux, ni aux yeux de personne s'il se relâchait de ses prétentions. On a fait beaucoup d'éclat des diamants et de la vaisselle qu'on a vendus, faibles moyens lorsqu'on a des camps inutiles, qu'on lève des chevaux et qu'on fait sans objet des dépenses militaires qui absorbent les revenus du pays. Quand la Prusse voudra rétablir son crédit, être une puissance, avoir de la considération, et jouir de quelque félicité, on s'en apercevra à sa contenance et à la loyauté de sa conduite ; mais pour cela il ne faut pas qu'elle suive une direction incertaine et douteuse : il faut au contraire qu'elle marche d'un pas ferme et droit. Son premier soin doit être de payer les contributions arriérées, et les moyens existent puisqu'on emploie tant d'argent à une armée qui est inutile.

« Après avoir développé ces idées et après avoir fait parler vous-même M. le baron de Hardenberg, vous serez en état de juger si ses vues répondent à celles de Sa Majesté Impériale. S'il a véritablement, ainsi qu'il vous l'a témoigné, l'intention d'employer son influence à rattacher la Prusse de plus en plus au système français, il est sûr par là de bien mériter de son pays et de son souverain. »

La conversation entre Saint-Marsan et Hardenberg eut les résultats attendus, puisque le 28 mai Hardenberg en exprimait sa joie en répétant sans se faire prier, sa profession de foi : « Où peut-on, en effet, espérer un appui solide et véritable hors de la France ? Personne plus que moi n'a été dans le cas d'apprécier celui de la Russie. Si jamais une guerre venait à éclater entre cette puissance et la France, et que la

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Prusse s'attachât à la première, le résultat serait la perte de la Prusse et de T armée que la Prusse aurait pu envoyer pour la soutenir. »

Et il se déclara très heureux, « touché et reconnaissant au possible de pouvoir effacer la tache de la disgrâce d'un aussi grand monarque... Je vous donne ma parole d'honneur que ie pense exactement tout ce que je vous ai dit et que mes principes sont tels que je les ai annoncés. D'ailleurs, rentrant au ministère de cette manière, il ne me serait plus possible d'en professer d'autres dans aucune occasion. .. Le système d'union avec la France sera complètement et loyalement suivi* »,

Donc le 5 juin 1810, Hardenberg fut nommé Chancelier d'État ; il eut la présidence du conseil et la direction de tout le gouvernement. Le 7 juin, il adressa à l'Empereur une lettre de soumission qui ne laissait rien à désirer :

« Intimement convaincu que la Prusse ne peut être régénérée et assurer son intégrité et son bonheur futur qu'en suivant loyalement votre système, Sire, heureux de ne remplir les intentions du roi qu'en m'appliquant de tous mes moyens à gérer les affaires en ce sens, ce sera pour moi le comble de la gloire de mériter par là le suffrage de Votre Majesté Impériale et Royale et sa haute confiance. Je suis avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté Impériale et Royale, le plus humble et le plus obéissant serviteur, Le baron de Hardenberg, Chancelier d'État de Sa Majesté le Roi de Prusse. »

Champagny reçut une missive de même ton ''^. Saint-Marsan eut les grandes décorations de l'Aigle Noir et de l'Aigle Rouge ; il fut autorisé de Paris à les accepter et à prendre un congé pour ses intérêts domestiques.

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