‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 167 sur 225 · LA CRISE DE 1811 EN PRUSSE · texte numérisé non relu

LA CRISE DE 1811 EN PRUSSE

lui recommander la paix. Alexandre lui répondit le 30 juin ^ : « J'ai reçu en son temps la lettre que Votre Majesté a jugé à propos de m'écrire le 12 de mai. J'avais cru que ma manière de voir et mes principes politiques lui étaient connus ; ainsi son contenu n'a pu que me surprendre. Je n'ai jamais cherché ni provoqué la guerre. Ne convoitant rien à mes voisins, n'ayant nul besoin d'agrandissement, il n'est pas raisonnable de me supposer l'envie de troubler la paix. Je crois au contraire avoir assez prouvé combien j'étais soigneux à la conserver. Mes mesures n'ont été que des mesures de pure précaution commandées par ce qui se passait à côté de moi. La guerre ne se fera que quand je serai attaqué, et alors le parti que les autres Etats voudront prendre ne pourra m'empêcher de me défendre avec vigueur.

« Je prie Votre Majesté de croire aux sentiments d'attachement que je lui ai voués pour toujours.

« De Votre Majesté le bon frère, ami et allié, Alexandre. »

Une copie de cette lettre fut communiquée à Saint-Marsan pour lui prouver que le gouvernement prussien n'était pas de connivence avec la Russie, et qu'il avait au contraire les meilleures dispositions à l'égard de la France.

M. de Hatzfeld revint alors de Paris ; il ne rapportait aucun traité, aucune information en ce sens, seulement le refus de rendre Glogau malgré la régularité des versements de la contribution, et des plaintes encore contre les « brouillons », qui en effet s'agitaient à Berlin, combattaient la nouvelle politique du gouvernement, proclamaient que la France voulait la mort de la Prusse et que Hardenberg livrait à l'ennemi son malheureux pays pieds et poings liés. Les plus sinistres nouvelles étaient partout répandues : Hardenberg prit quelques autres précautions militaires.

:. Afl. Etr., Corr. de Prusse, vol. 248, f' io5.

ago L ALLIANCE PRUSSIENNE

A ce moment, Edouard Lefebvre est envoyé à Berlin, comme premier secrétaire en remplacement de Gaillard envoyé à Madrid, avec la mission spéciale d'observer avec vigilance la situation à Berlin, et de corriger ou au moins de compléter les impressions de Saint-Marsan.

La crise va se nouer et troubler surtout les mois de septembre et octobre 1 8 1 1 .

L'audience du 1 5 août i8 1 1 , et l'aventure du pauvre prince Kourakin, firent un effet énorme en Europe, donc en Prusse. Le 27 août, Hardenberg se risqua à adresser quelques plaintes à Saint-Marsan sur le refus de rendre Glogau . La monarchie prussienne, dit-il, est cernée de tous côtés ; le roi est très inquiet ; il est toujours dans les mêmes dispositions ; ainsi il vient de renoncer à un voyage projeté pour Saint-Pétersbourg. — Gela, en effet, interrompit Saint-Marsan, paraîtrait actuellement assez déplacé. — Le roi, reprit Hardenberg, est prêt à mettre tous ses moyens au service de la France. Mais il voudrait quelque chose d'officiel, des assurances précises ; il ne tient pas à ses propositions ; il acceptera celles de l'Empereur, il ne désire que la confiance de l'Empereur. Sinon, le parti de l'opposition prendra plus de force ; le roi sera obligé de le suivre, et on périra les armes à la main ^ En tout cas on va être obligé de prendre des « mesures éventuelles » .

— Quelles mesures éventuelles ? observa curieusement Saint-Marsan.

— On va armer les forteresses, appeler des conscrits. On peut avoir 100.000 hommes en quinze jours, et on a les moyens de les armer, et, à l'occasion, ils pourraient être un appoint utile pour l'Empereur. [G'était aussi faire connaître avec quelque hardiesse que la Prusse n'était pas une quantité négligeable et qu'il faudrait peut-être de nouveau compter avec elle.]

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