I. Aff. Étr., Corr. de Prusse, vol. 248, f 3io
LA GRISE DE 1811 Ey PRISSE 299
Saint-Marsan expédia vite à Paris un courrier spécial. En même temps Lefebvre ajoutait des précisions : que la Prusse avait réussi à nous endormir ; que ses états de situation, régulièrement communiqués, n'étaient qu'une « fiction », que si ses cadres présentaient toujours le même nombre d'hommes ils ne présentaient jamais les mêmes hommes, ses cadres se vidant et se remplissant continuellement de conscrits nouveaux qu'on exerçait au maniement des armes et qu'on renvoyait chez eux dès qu'on les trouvEiit suffisamment dressés ; que ce « manège » permettait à Hardenberg d'offrir assez ironiquement loo.ooo hommes à l'Empereur. « Ces créations subites et inopinées, ajoutait Lefebvre, semblent consacrer aujourd'hui la nécessité de voir par nos yeux et de ne nous fier désormais qu'à nous-mêmes. » Et il s'excusait d'être sorti de la ligne de la subordination hiérarchique et d'avoir écrit par-dessus la tête de l'ambassadeur ' .
Il y avait de quoi s'émouvoir, même à Paris. Maret fit appeler Krusemark, le 5 septembre. Il lui affirma les bonnes dispositions de la France : si on n'a pas encore répondu aux propositions prussiennes, c'est qu'on attend la décision que va prendre la Russie après la conversation du 1 5 août. Jusque-là les « mesures éventuelles » prises par la Prusse sont surtout imprudentes ; la France ne laissera pas s'armer un voisin comme la Prusse sans son consentement. D'ailleurs, l'Empereur ne sera sans doute pas favorablement disposé, au moment d'examiner les intéressantes propositions qui lui sont venues de Berlin. Il faut éviter les fausses démarches; il ne faut pas remuer.
Il y a là un mélange de menaces et de promesses, et, nous semble-t-il, la preuve que Napoléon était assez impressionné par l'attitude où s'établissait la Prusse.
Dans les premiers jours de septembre, on put constater un