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LA QUESTION DU MARIAGE IMPÉRIAL

Il ne s'agit pas en ce chapitre dé refaire une fois de plus un récit qui a été fort bien fait ^ Il s'agit plus simplement, ou du moins différemment, de mettre le divorce et le second mariage de Napoléon dans leur milieu historique, pour les éclairer de leur vrai jour, qui est de caractère politique. Car sans doute on ne donnera pas le mariage avec Marie-Louise pour un mariage d'amour, pas plus que ne l'eût été d'ailleurs le mariage avec la princesse de Saxe ou la grande-duchesse Anne.

Malgré son amour pour Joséphine, Napoléon avait senti depuis longtemps la nécessité essentiellement, uniquement politique d'un autre mariage : il lui fallait un fils pour continuer son œuvre, et même pour sauver l'unité de son Empire. Longtemps, afin de garder Joséphine, et faute d'un fils, il avait fait appel à ses frères, à son beau-frère, pour l'aider à organiser ses conquêtes et le gouvernement de l'Europe. Mais ses frères et son beau-frère se montraient incapables, ou, plus gravement, rebelles ; la vassalité leur était

I. A. Sorel, VII, 397 et s. — A. Vandal. Napoléon et Alexandre /'^^ t. II, ch. T-viii. Henri Welschinger. Le divorce de Napoléon (surtout d'après les pièces des Archives Natiooales). — Frédéric Masson, Napoléon et sa famille. IV : — Joséphine répudiée; — Marie-Louise. — Helfert. Maria- Louise Erzherzogin von Œslerreich, Kaiserin der Franzosen.

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insupportable ; rois par la grâce de Napoléon, ils prétendaient le rester par la grâce de Dieu, et, au bout de peu de mois, affichaient la volonté de l'indépendance. Ainsi le « système familial » qui avait servi à l'organisation de TEmpire, devenait le plus grand danger de T Empire, le menaçant directement d'un démembrement prochain. Et puis il ne s'accordait pas avec l'unité d'autorité qui seule pouvait convenir au génie de l'Empereur.

Aussi bien semble-t-il qu'il n'avait jamais considéré ce système familial que comme transitoire. Et il est permis de penser que s'il avait eu d'abord un fils, il n'aurait pas songé à ses frères pour les couronnes qu'il conquérait ; il leur aurait donné sans doute beaucoup d'or, des palais, des domaines immenses, et ils auraient été contents. Maintenant qu'ils le trahissent ou que du moins ils ne sont pas sûrs, il faut leur reprendre l'autorité royale dont ils abusent, et reconstituer sous la main du maître l'unité impériale. Mais il y faut aussi un fils pour en assurer l'avenir.

Dès Tilsit, c'est-à-dire avant même l'établissement de Jérôme en Westphalie, et de Joseph à Madrid et de Murât à Naples, l'Empereur avait songé au mariage qui lui donnerait le fils nécessaire à son affection et à sa politique. Il s'en était encore ouvert au tsar de Russie lors des entretiens d'Erfurt. Dès lors la question de sa succession, de l'avenir de son oeuvre, fut son gros souci, comme elle avait été celui d'Alexandre le Grand, mort trop vite pour y avoir pris les mesures nécessaires. L'avenir, mystère ! — Les Césars et les Augustes de Rome n'avaient pas su résoudre ce problème de la succession impériale dont toute leur histoire était restée troublée ; plus fidèles que Napoléon à leurs origines démocratiques et au principe de l'élection, ils ne vinrent que tard au système de la succession dynastique. Mais justement leur exemple servait de leçon au plus illustre de leurs héritiers : il voulut un fils pour prolonger sa conquête.

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L'Autriche et la Russie étaient seules dignes de lui donner une impératrice. Il fut vaguement question de l'héritière de Saxe, et son père fit à Paris en décembre 1809 un long séjour qui entretint les conversations. Mais, réserve faite des mérites évidemment distingués de la princesse, c'eût été comme une mésalliance politique pour TEmpereur, car il ne faut pas se souvenir ici qu'il avait été lieutenant d'artillerie, et de petite noblesse; empereur, il ne pouvait pas épouser la fille d'un vassal ; et ce mariage n'aurait eu aucune signification politique, à moins de prévoir pour l'un des fils qui en seraient nés des droits à la succession de Pologne, le roi de Saxe étant grand-duc de Varsovie. Mais, avant la Pologne, il s'agissait de l'Empire lui-même.

Il est à peu près certain que Napoléon eût préféré le mariage russe. M. Vandal pourtant exagère quand il s'exprime ainsi * : a Cédant à la passion du moment, à l'emportement de ses désirs, il offre implicitement au tsar de lui livrer la Pologne au prix d'une grande-duchesse. » Passion ! Emportement de désirs ! pour une grande-duchesse de quinze ans, qu'il ne vit jamais ! 11 se faut calmer. Napoléon, nous le verrons par les textes, ne consentit pas, même en préparant la demande en mariage, à ce sacrifice de la Pologne. C'est le mal connaître. Il ne met en cette affaire aucune passion, mais de purs calculs et des combinaisons politiques.

Certes, le prestige de la Russie est exceptionnel ; elle est l'alliée de la France, et semble la maîtresse de l'Orient; un mariage de Napoléon avec une grande-duchesse eût rappelé le projet d'union entre Gharlemagne et l'impératrice Irène de Constantinople, l'alliance accomplie de Byzance avec Rome. On peut rêver longuement là-dessus.

Cependant il n'y a nul doute qu'il eût fallu payer cher cet honneur. A ce moment la question de Pologne est posée ;

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