‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 18 sur 225 · I. II · texte numérisé non relu

I. II

LA QUESTION DU MARIAGK IMPÉRIAL 4l

si Ton peut s'entendre là-dessus, si la Pologne peut être un lien, au lieu d'être une barrière entre les deux Empires, l'alliance est possible et éminemment désirable. Qu'on songe en eflet aux suites : VEmpereur de Russie, beau-frère do l'Empereur Napoléon, est lié à son système, définitivement, comme un autre Murât; il entrera sans doute volontiers dans « les grands changements et les grands événements » jadis annoncés ; il ne sera sans doute pas un vassal, mais du moins -un « confédéré ».

Et qui sait ? — Comme il n'a pas d'enfant, et que la succession au trône de Russie est depuis des siècles incohérente, son neveu, le fils de 1 Empereur, étendra jusqu'aux confins de FAsie, juscju'en Asie, ses prétentions impériales.

Enfin un tel mariage, c'était la paix générale ; c'était l'Empereur faisant l'économie appréciable de la dispute de l'Orient avec la Russie. C'était l'avenir assuré. Nous avons su depuis tout ce que l'on pouvait attendre de l'alliance franco-russe. Mais Napoléon aspirait à l'Empire.

C'est pourquoi il ne s'abandonnait pas entièrement aux chimères d'un accord avec la Russie. Il sait depuis longtemps déjà que la Russie calcule et ne se livre plus ; que même à Tilsit elle aspirait à Constantinople, qu'elle rêvait un partage intégral de l'Empire ottoman, qu'il avait fallu la suivre là-dessus dans une négociation pressante entre Caulaincourt et Roumiantzofî". Il connaît le fond de ses prétentions, et, s'il les a un moment caressées pour l'amener à lui, il n a nul dessein d'y satisfaire. Il sent l'obstacle infranchissable : la Russie veut l'Orient, et elle ne se laissera pas absorber dans la Confédération impériale.

Il sait aussi que l'aînée des sœurs du tsar, Catherine, ayant été mariée hâtivement au prince d'Oldenbourg, la seconde, Anne, n'a que quinze ans ; qu'il y a à ce mariage possible un obstacle de religion, que cela peut servir de prétexte à des retards, à des refus, qu'il n'y a pas de posi-

4a « LA FILLE DES EMPEREURS »

tion plus déplaisante que celle du soupirant éconduit, et que ce ridicule ne convient pas au maître du monde.

Il est donc prudent de prendre des précautions d'autre côté. Le 20 novembre 1809, Champagny adresse à Caulaincourt la dépêche suivante, chiffrée de sa main, pour éviter toute indiscrétion :

« Monsieur l'ambassadeur, vous connaissez les instances faites depuis longtemps auprès de l'Empereur par les hommes les plus attachés à sa personne et aux grands intérêts de la dynastie. Ces démarches ont été longtemps infructueuses ; cependant tout me porte à penser qu'après avoir mûrement réfléchi sur la situation de la France et de sa famille, 1 Empereur va enfin se décider à divorcer. Sa Majesté s'en est ouverte à moi seul, ce qu'Elle a été obligée de faire pour m'ordonner de vous écrire la présente lettre que j'ai chiffrée moi-même.

« Des propos de divorce étaient revenus à Erfurt aux oreilles de l'Empereur Alexandre, qui doit se rappeler en avoir parlé à l'Empereur et lui avoir dit que la princesse Anne, sa sœur, était à sa disposition. L'Empereur veut que vous abordiez franchement et simplement la question avec l'Empereur Alexandre, et que vous lui parliez en ces termes : — J'ai lieu de penser que 1 Empereur, pressé par toute la France, se dispose au divorce. Puis-je mander que l'on peut compter sur votre sœur? Que Votre Majesté y pense deux jours et me donne franchement sa réponse, non comme à l'ambassadeur de France, mais comme à une personne passionnée pour les deux familles. Ce n'est pas une demande formelle que je fais, c'est un épanchement de vos intentions que je sollicite. Je hasarde cette démarche parce que je suis trop accoutumé à dire à Votre Majesté ce que je pense pour craindre qu'elle me compromette jamais.

« Vous n'en parlerez, sous quelque prétexte que ce soit, à M. de Romansoff, et lorsque vous aurez eu cette conversa-

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