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I. Corr. de Napoléon, XXII

LA CRISE DE l8ii EN PRUSSE 3o3

n'avait armé que pour se mettre en position d'être utile à l'Empereur. — Il pouvait se dispenser de cette platitude et de cette fausseté. — Il annonça la cessation de tous travaux militaires ; Tordre en serait porté à la connaissance de la Russie (preuve qu'ils avaient été entrepris pour être utiles à la Russie) . Mais toute défiance ne pouvait être dissipée que par l'ouverture des négociations ^

Il est vrai que des ordres furent aussitôt donnés pour cesser les armements. Hardenberg demanda en même temps qu'on mît fin aux provocations des officiers français de Stettin et de Custrin, qui ne parlaient que de l'anéantissement de la Prusse.

La Gazette de Berlin du 26 annonça officiellement que les armements allaient être suspendus et qu'il y fallait voir une espérance de paix. Le prince Auguste-Ferdinand obtint un congé pour aller en Suisse et rendre visite à M""® Récamier ^. C'était la paix.

Il y eut encore quelque débat sur la signification du mot suspendus : Saint-Marsan aurait préféré le mot révoqués. Hardenberg répondit que le mot de la Gazette, hinzustellen, voulait dire Jaire cesser ; il veut dire aussi suspendre, interrompre pour reprendre, s'il y a lieu. Mais on ne s'attarda pas à ces subtilités grammaticales.

On signala encore, les jours suivants, quelques travaux dans quelques forteresses, par la mauvaise volonté de certains officiers, notamment Blucher à Kolberg, Yorck dans la Prusse orientale^. Lefebvre se plaignit de la mauvaise foi prussienne. Saint-Marsan dut encore menacer de prendre ses passeports. On le calma, on lui donna d'autres assurances.

Et le 21 octobre, Maret, tout en formulant quelques

I. Aff. Étr., Corr. de Prusse, vol. 248, f^ 464. 3. Ibid., vol. 249j f° ïi' 3. Ibid., vol. 249, fo i38.

3o4 l'alliance PRUSSIE^{^"E

réserves sévères, inaugura la négociation du traité francoprussien.

Ainsi donc, c'est la Prusse qui a pris l'initiative des propositions d'alliance, et qui ensuite, en s'armant, a forcé Napoléon à les examiner. Il a préféré avoir la Prusse avec lui, au risque de n'en pouvoir plus disposer à sa fantaisie, que de la pousser aux extrémités du désespoir.

LE TRAITÉ DU 1^ FEVRIER l8l2

La négociation fut longue et laborieuse, la Prusse tardant à désarmer et défiante tant qu'il n'y avait rien de conclu, Napoléon toujours mal disposé à se lier les mains à son égard.

On trouvera cette impression dans les instructions générales adressées à Saint -Marsan le 22 octobre \

« Lorsqu'à Tilsit Sa Majesté rendit à la Prusse ses États et presque toutes ses places, elle fut déterminée par cette considération que, déchue désormais et pour toujours du rang de puissance de premier ordre, la Prusse n'aurait à l'avenir d'autres intérêts que ceux de la France, ne se bercerait plus d'espérances, qui ne devaient se réaliser jamais, et substituerait aux illusions de la grandeur et à l'orgueil des grandes armées le désir de rendre son peuple heureux et de jouir, à la tête des monarchies de second ordre, de la sécurité et de l'indépendance que lui assurerait une politique sage, sans ambition et conforme à ses nouvelles destinées. Elle parut s'y résigner et se livra aux travaux de la paix. » — Maintenant, voyant ses deux voisins en armes, elle s'adresse à la France : cette négociation doit-elle avoir pour objet l'accession de la Prusse à la Confédération du Rhin? Elle se trou-

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