‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 173 sur 225 · I. Aff. Elr., Corr. de Prusse, vol. 249, P" i53-i6o · texte numérisé non relu

I. Aff. Elr., Corr. de Prusse, vol. 249, P" i53-i6o

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verait ainsi à sa place parmi les puissances de second ordre protégées par la France, son existence serait garantie par le lien fédéral. Mais serait-ce l'intérêt de la France? Il ne s'agit pas d'un intérêt de conservation. Mais a-t-elle intérêt à assurer et garantir l'existence de la Prusse ? Elle n'a aucun intérêt à ce qu'une autre maison que celle de Hohenzollern règne en Prusse si celle-ci prend avec sincérité pour base de son système politique de ne rien faire qui soit contraire à la France, par exemple pour l'application du blocus continental ou pour la guerre avec la Russie, si en effet pour ces deux circonstances la France y a les mêmes facilités que si le pays lui appartenait. Ainsi la France aura intérêt à l'alliance proposée.

L'intérêt de la Prusse est évidemment vers la France, car en cas de guerre elle serait aussitôt détruite. C'est même l'intérêt de la Russie qu'elle existe comme Etat intermédiaire. Même au point de vue militaire, la Russie n'a pas intérêt à agir sur l'Oder, à cause de Danzig et Varsovie ; elle sera plus forte derrière le Niémen. L'intérêt de la France y est médiocre ; elle a peu de ressources militaires à en attendre. Elle a le désavantage de perdre l'occasion de fonder jamais un Etat ami et fidèle « sur les ruines d'une monarchie qui s'est montrée si fréquemment disposée à faire cause commune avec nos principaux ennemis ». L'esprit reste assez incertain. Les avantages ne l'emportent décidément que si la Prusse, donne toutes les garanties de sincérité et de dévouement et laisse une sécurité absolue aux communications françaises, c'est-à-dire les places de l'Oder, le passage de Berlin et toutes les ressources de ravitaillement. Parla, « l'occupation des places de l'Oder, qui paraissait si calamiteuse à la Prusse, est pour elle une circonstance de salut ; car il faudrait qu'elle les remît pour première condition de l'alliance ou qu'elle souscrivît sa ruine en se décidant à la guerre ».

Donc, avant tout, il faut la ligne de l'Oder à la France.

Dbiault. — Graud Empire. 20

3o6 L ALLIANCE PRUSSIENNE

Étant alliée de la France, « ce qui est dans l'intérêt de la France est dans l'intérêt de la Prusse ». La Prusse doit avoir confiance en la France. Sa Majesté veut former un système qui mette la Prusse au premier rang des puissances de deuxième ordre... La Prusse veut-elle être puissance de premier ordre?... Ou veut-elle, dans l'attitude d'une puissance de deuxième ordre, attendre les avanta-^es que peuvent lui procurer les vicissitudes des choses humaines? — « Qu'elle soit calme et sincère, et qu'elle se persuade bien que si, contre toutes les espérances qu'il est permis de concevoir, la guerre se déclarait en effet entre la France et la Russie, les circonstances deviendraient tellement fortes qu'une seule démarche équivoque de la part de la Prusse donnerait à la question un tout autre aspect. Elle pourrait forcer la France, pour son propre intérêt et pour le salut de la guerre, à faire ce qu'elle n'a pas fait, et que, dans la situation des choses telles qu'elles doivent être, elle n'aura jamais ni l'intérêt ni la volonté de faire, »

Peut-être découvrirait-on, entre les lignes de ces propositions, quelque idée de la place que Napoléon réservait à la Prusse dans le système politique qu'il rêvait.

Les « Instructions Particulières » qui accompagnent ces instructions générales suivent les propositions prussiennes qui ont été indiquées plus haut. Maret rappelle d'abord qu'il s'agit, sous un rapport plus étendu, de renouveler lalliance contre l'Angleterre, conformément aux arrangements de Tilsit. Puis article par article :

Intégrité territoriale et assistance de la France : — C'est entendu.

Accession de la Confédération du Rhin et du grand-duché de Varsovie à cette convention : — C'est inutile.

Le corps auxiliaire prussien sera de 20.000 hommes. — Il faudra préciser la proportion des diverses armes ; son utilisation dépendra des circonstances.

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La restitution deGlogau? — Gela gênerait les opérations de la guerre, donc n'est pas de Tintérèt de la Prusse.

Diminution, ou suppression de la contribution : — Inutile, vu le peu d'importance du corps auxiliaire.

Permission d'augmenter l'armée : — Inutile, Tétat militaire de la Prusse suffît pour le moment, et on n'exige pas comme une condition de Talliance qu'elle augmente son armée.

La Prusse, on s'en souvient, ne demande aucun engagement pour le cas d'une guerre heureuse : — « Sa Majesté accepte ce témoignage de confiance de son allié. »

Tout cela se résume en deux pièces distinctes : un projet d'alliance générale pour tous les cas ; — un projet de convention applicable à la guerre avec la Russie : pour ce cas, Sa Majesté n'a pas besoin de l'armée prussienne ; Elle ne veut que la sécurité de ses mouvements et des ressources faciles : (( Il faut donc parvenir à désabuser le cabinet prussien de cette manie militaire qui porterait le roi à transformer tous ses sujets en soldats... Le but de la négociation doit être que la Prusse entre dans l'alliance avec le moins de troupes possible, et qu'elle conserve toutes ses ressources afin de pourvoir le plus possible aux besoins de l'armée. »

D'ailleurs, il ne faut rien précipiter ; il faut favoriser au contraire la lenteur naturelle des ministres prussiens : les projets qui seront rédigés doivent « passer plusieurs fois sous les yeux de Sa Majesté ».

Hardenberg et Golz exprimèrent leur vive satisfaction à la nouvelle que les instructions étaient arrivées ; et la négociation commença à Berlin tout de suite, le 3o octobre \

On fut aussitôt d'accord sur l'ensemble, sauf sur l'évacuation de Glogau, sur la question de la contribution et sur celle de la limitation de l'armée : le refus de l'Empereur sur ce

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