Aff. Étr., Corr. de Prusse, vol
3lO ], ALLIANCE PRUSSEEIVNE
Le malentendu neut pas d'autre effet que de retarder la négociation : on sait que le gouvernement français n'y voulait pas apporter de précipitation. On passa encore quelque temps à se plaindre et à s'excuser des armements, à exiger et à promettre la cessation de tous travaux militaires, à menacer de tout rompre. On ne rompit point : cela aurait eu à ce moment des conséquences incalculables pour tout le monde.
En effet, Maret n'en continuait pas moins d'étudier les rapports de Saint-Marsan sur la négociation et d'en rendre compte à l'Empereur. Il admit que le commandement du contingent prussien fût laissé à un général prussien. Il admit que l'on permît au roi d'avoir une garde de 6.000 hommes en dehors de ses 42.000 hommes. Il proposa de ne promettre 1 évacuation des places prussiennes qu après la paix avec l'Angleterre.
Puis, ayant mis les choses au point, il lui vint un scrupule : une alliance avec la Prusse pouvait-elle s'accorder avec l'alliance russe de Tilsit ? La France s'étant par ce traité engagée à soutenir la Russie dans une guerre avec la Prusse, comment maintenant sans contradiction s'allier avec la Prusse contre la Russie '■ ?
Napoléon passa outre, approuva le reste, et, le 1 5 décembre, on expédia à Saint-Marsan des instructions en conséquence, avec cette observation répétée qu'il fallait appuyer surtout sur les stipulations relatives au système continental et garder secrète la convention relative à l'alliance contre la Russie "'.
I. A£f. Étr., Corr. de Prusse, vol. 249? f'^' 4o3-4i2, 465-475.
a. C'est dans une de ces dépêches, en date du 21 décembre 1811, que nous trouvons cette nouvelle : « Il y a eu aujourd'hui parade dans la cour des Tuileries ; quelques hommes manquaient à ua peloton d'un bataillon qui devait faire lexercice. On en a pris dans un corps de garde du palais. Leurs armes étaient chargées ; au commandement de « Feu ! » ils ont tiré et les fusils sont partis dans la direction des murs du palais. Personne n'a été atteint. Sa Majesté était alors à une très grande distance
J.K TRAITÉ DU 2 4 FÉVRIER l8l2 3ll
La négociation reprit donc à la fin de janvier 1812, sans accident dès lors. Hardenberg témoigna sa joie que tout se pût arranger, et qu'il n'y eût plus que de petits détails à régler. Ce lui fut une occasion de répéter sa profession de foi, regrettant que l'Empereur gardât encore quelque défiance à son endroit, mais assurant que nul n'observerait plus loyalement les conditions de Talliance, afin de cimenter de plus en plus cette heureuse union. Il exprima le désir d'avoir des relations directes avec Maret, justement pour mieux remplir les intentions de Sa Majesté l'Empereur.
Et pourtant, pour se sauver, c'est à un véritable vasselage que consentait la Prusse. Un trait entre mille, exactement contemporain de la signature de la convention : à Anklam, Davout et Priant avaient arbitrairement fait enlever des denrées coloniales chez un commerçant nommé Becker. Le gouvernement prussien se plaignit doucement de cet attentat à sa souveraineté. Voici la réponse de Napoléon, sur un rapport de Maret : a Renvoyé au duc de Bassano, qui fera connaître à M. de Saint-Marsan que ma première politique est le système continental ; que c'est moi qui ai à me plaindre, puisque i.ooo voitures ont passé par Anklam, et par conséquent la Prusse n'est pas de bonne foi dans le système ; que, partout où seront mes troupes, j'arrêterai les marchandises coloniales que j'y trouverai ; qu'il doit donc s'abstenir de toute démarche sur cet objets »
La négociation presque achevée fut mise au point à Paris, à cause de quelques stipulations relatives à la contribution, dont quatorze millions notamment furent acquittés sous la forme de denrées coloniales livrées par la Prusse.
La signature eut lieu à Paris, le 24 février 18 12, selon
sur la droite de la ligne dont ces hommes occupaient l'extrémité gauclie. Cette erreur ne peut être transformée en attentat, mais la malveillance n'y regarde pas de si près... » [Corr. de Prusse, vol. 249, f^ 496). I. Aff. Étr., Corr. de Prusse, vol. 25o, f*^' 68, 89.
3i2 l'alliance prussienne
les termes convenus. Les ratifications furent échangées à Berlin le 5 mars par Hardenberg et Saint-Marsan.
La Prusse fut aussitôt prise dans le grand mouvement des opérations militaires. Yorck fut nommé au commandement du contingent. La garnison de Memel fut renforcée. Les forteresses furent organisées de bon accord. Les troupes françaises se poussèrent en masse vers Test : Berlin fit un accueil empressé aux soldats du duc de Reggio, qui en témoigna de la satisfaction. Jérôme s'excusa de ne pouvoir passer par Berlin, étant dirigé sur Glogau,
Le général de Grawers, de la place de Kœnigsberg, adressa Tordre du jour suivant à ses hommes, pour leur annoncer qu'ils avaient l'honneur d'être sous le commandement du prince d'Eckmiihl ^ :
« J'ai prié Son Excellence qu'en cas de guerre elle voulût bientôt lui (à notre corps) fournir l'occasion de se montrer digne par sa valeur de combattre sous les yeux d'un capitaine aussi illustre et de partager la gloire dont se sont couvertes les troupes françaises... Tous ils sont résolus à se sacrifier avec intrépidité pour rétablir par leur valeur dans les combats l'ancienne gloire des armées prussiennes. »
Les généraux prussiens avaient-ils oublié déjà que le prince d'Eckmiihl s'appelait aussi le duc d'Auerstsedt ?