‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 183 sur 225 · A. Sorel, VII, 444. —A. Vandal, II, 344 et s · texte numérisé non relu

A. Sorel, VII, 444. —A. Vandal, II, 344 et s

3. Martens, Les traités de la Russie et de l'Autriche. II, 35.

entendre que cette amitié pourra un jour remplacer cette alliance; et alors, les circonstances changeant, qui sait? la France moins puissante, la France vaincue, l'Autriche sans doute devrait reprendre tout ce qu'elle avait perdu en Italie, en Allemagne, et Ton énumérait toutes ses anciennes possessions.

Elle aurait, elle reprendrait les Pays-Bas, ou le Milanais, ou Venise, Salzbourg, Trieste, Fiume et le Littoral. La Russie, heureuse du bonheur de son amie, ne prendrait vers Test que « des choses proportionnées selon un juste équilibre ». Ainsi elle pourrait garder les Principautés. En ce cas d'ailleurs elle laisserait à l'Autriche quelque chose à côté, par exemple la Serbie, davantage si elle le désire, les deux puissances marchant en Orient du même pas. C'est le projet grec. Et voilà l'Autriche qui va grandir, à l'ouest, au sud, en tous sens. L'amitié russe était décidément précieuse.

Alors Alopéus, baissant la voix, en grand mystère, livre aux ministres autrichiens le secret des Entretiens de 1808, entre Caulaincourt et Roumiantzoff, sur le partage ottoman, et il attribue à la Russie seule, non à Napoléon, le souci d'y faire une part à l'Autriche en lui donnant un port sur l'Archipel.

Il s'agit donc d'un essai de liaison avec lAutriche, avec quelques bases d'accord, et d'assez méchantes intentions à l'égard de l'allié français.

Et Albert Sorel en conclut que le premier effet du mariage autrichien fut de rapprocher l'Autriche et la Russie. Notons tout de suite que cette mission et ces instructions ne sont pas un effet du mariage autrichien; elles pouvaient être aussi bien ou mieux même sans le mariage.

Mais il faut considérer cela de plus près.

Partons d'abord de cette constatation nécessaire que l'Autriche n'avait pas alors de sympathies spéciales, ou quelque inclination que ce fût pour la Russie. Rappelons que, d'une

SaS l'alliance AUTRICHIEISNE

manière générale, l'Autriche n'avait pas de raisons particulières pour aimer la Russie, pas plus que la Prusse, pas plus que la France, il est vrai. Notons que depuis dix ans les relations de Vienne et de Saint-Pétersbourg avaient été difficiles; que, pendant la campagne de 1799, la défaite de Zurich et la retraite des troupes russes avaient excité à Vienne les plus vives récriminations ; qu'en 1 8o5 les Russes étaient arrivés tard au champ de bataille de Moravie, et que dès le lendemain d'Austerlitz les Autrichiens avaient traité avec le vainqueur en une hâte que leurs alliés avaient trouvée excessive. Faut-il dire encore le rôle de la Russie en 1809? Elle n'avait pas fait beaucoup de mal à l'Autriche ; mais elle ne lui avait fait aucun bien. Tout de même, elle avait aidé à la battre, et à la paix elle avait accepté un morceau de la Galicie autrichienne, le district de Tarnopol . Le gouvernement de Vienne avait espéré en vain qu'elle ne l'accepterait pas.

Ne nous lassons pas de dire que la plus grande force de Napoléon et la principale cause de ses victoires étaient dans les querelles de ses ennemis, qui n'étaient pas encore des « Alliés ».

Cependant, en toutes ces circonstances, où l'Autriche avait subi une succession inouïe de démembrements, la Russie avait su s'arranger pour grandir quand même. Elle avait pris part, au détriment de l'Autriche, à la nouvelle organisation de l'Allemagne ; car elle avait été médiatrice et garante au Recès de la Diète en i8o3, comme en 1779 au Congrès de Teschen; elle avait aidé à la ruine de la puissance autrichienne en Allemagne ; elle avait beaucoup d'influence sur de nombreux princes allemands.

Elle avait gagné à Érfurt la Finlande, la Moldo-Valachie, et ses « trahisons » à l'égard de ses « alliés » lui avaient donc été largement payées. Elle en venait à peser de plus en plus lourdement sur l'Europe Centrale. Les autres n'en avaient pas une grande satisfaction.

Et, ayant grandi pendant que ses « alliés » étaient mutilés, elle voulait gagner encore ; elle proclamait presque ouvertement les plus extraordinaires ambitions.

Sans insister pour l'instant sur les affaires de Turquie, on savait bien que la Russie voulait pour elle toute la Pologne ; ce qui ne se pouvait pas aisément accorder avec les intérêts des autres partageants. On savait que Catherine II n'avait admis que contrainte et forcée le partage, qu'Alexandre P"" voulait en refaire pour lui-même l'unité et l'intégrité territoriale, que déjà en i8o5 il avait failli se jeter sur la Prusse pour réaliser ce grand dessein, qui est le grand dessein de tous les tsars, une des traditions fondamentales de la Russie ^

On connaissait les ambitions particulières du prince Adam Czartoryski, qui poussait le tsar en i8o5 et qui encore en 1 8 1 1 reprenait sur les lieux mêmes l'entreprise de la fusion de la Pologne dans la Russie. Il s'agissait donc bien de dépouiller, après la Prusse, l'Autriche, et de la rejeter vers l'ouest sur les baïonnettes françaises... ou dans les bras de Napoléon.

Mais, à la date où nous sommes arrivés, c'est surtout des ambitions balkaniques de la Russie que l'Autriche s'effrayait. On sait que les Russes, fortement établis en Moldo-Valachie depuis 1806, firent en 1810 un effort très vigoureux pour en finir avec l'armée turque et franchir le Danube, qu'ils y obtinrent en effet de sérieux succès. Dans ces circonstances, les sujets autrichiens, nombreux dans ces pays, paraissent avoir beaucoup souffert et avoir été parfois gravement molestés par les autorités militaires russes, en violation des anciennes Capitulations. Et ce fut l'occasion de plaintes fréquentes adressées par le gouvernement de tienne à celui de Saint- Pétersbourg.

Elles furent d'autant plus vives que la poussée russe s'ac-

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