Aff. Etr., Corr. de Vienne,, vol. Sgo, f" 3o4-3o
Otto eut le sentiment qu'Hudelist avait été envoyé par Metternich, et il ajoutait, en communiquant ses impressions à Maret : « Si cette alliance entrait dans les vues de Sa Majesté l'Empereur, on n'aurait jamais trouvé une occasion plus favorable de la conclure d'une manière plus avantageuse à la France. L'Empereur d Autriche est irrité contre ses Etats de Hongrie ; il cherche à rétablir son crédit par un événement éclatant, et il craint les progrès des Russes sur le Danube. Une guerre contre eux serait très populaire surtout en Hongrie et permettrait au gouvernement d'user de nouveau des moyens extraordinaires que donne le papier- monnaie. »
Mais laissons de côté cette question financière qui n'a qu'un médiocre intérêt pour la politique générale, et restonsen à cette conclusion ferme : La guerre étant imminente entre la France et la Russie, il y a un terrain d'entente austro-française contre le gouvernement de Saint-Pétersbourg; c'est en Orient et précisément dans la région danubienne : — L'Autriche y a des intérêts vitaux, et elle en a pleine conscience, depuis longtemps. — Napoléon y pousse ses ambitions impériales ; et il lui plaît, l'occasion s'offrant, de prendre l'Autriche dans sa barrière de l'Est contre la « barbarie asiatique ».
Les avances, on vient de le voir, sont venues de l'Autriche plus que de la France, la politique autrichienne s' adaptant alors le mieux du monde à la politique générale de l'Empereur.
Ainsi donc, sans oublier ni méconnaître les graves causes du conflit, beaucoup étant de Tordre sentimental, et les divergences d'intérêts qui séparaient l'Autriche de la France, il résulte des raisons que nous avons indiquées plus haut et des circonstances du temps, que, rien de ce qui intéresse l'Orient ne pouvant être étranger à l'Autriche, sa politique y avait le même but que celle de la France napoléonienne, le refoulement de la Russie. Ainsi, de nos jours, lumière écla-
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tante sur les événements du siècle dernier, l'Allemagne et avec elle l'Autriche, quoique vaincue par elle, se poussaient ensemble vers les Balkans et la Méditerranée.
Nous suivrons, en cette collusion des deux politiques, les documents de très près, soucieux d'art, mais aussi et surtout de vérité historique solidement établie.
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Le conflit franco-russe étant certain et proche, la politique autrichienne ne pouvait pas être autre qu'elle ne fut. Il lui fallut pourtant résister aux sollicitations du tsar plus encore qu à celles de Napoléon, et Metternich eut la satisfaction que son alliance fût recherchée à peu près également des deux partis.
C'était déjà un relèvement. Il est vrai qu'il était dû aux circonstances plus qu'à la force même de l'Autriche ou à l'habileté de son ministre.
Quoi qu'il en soit, au commencement de i8i i, comme un an auparavant, lors de la mission Alopéus, le tsar chercha à gagner 1 Autriche. Le 8 février, il écrivit à lEmpereur François : — Il avait « le souci de s'ouvrir à lui pour le mettre au courant de sa position », dans le moment où la guerre pouvait éclater avec la France. Il rappelait qu'il était évident que l'Empereur Napoléon voulait reconstituer la Pologne, et que par conséquent l'Autriche y perdrait certainement toute la Galicie.
Mais comme Alexandre ne pouvait pas nier ses propres desseins sur la Pologne, il ajoutait : « Si par le sort des armes cette Pologne me tombait en partage, je propose à "Votre Majesté de lui céder tout de suite, en toute souveraineté, la Valachie, la Moldavie jusqu'au Sereth, pour la con-
vaincre combien je suis éloigné du désir d'agrandissement et combien il est de l'intérêt de la Russie de voir l'Autriche puissante, cette acquisition, en y joignant la Serbie, serait un bien bel agrandissement pour les Etats de Votre Majesté* ».
Le tsar allait jusqu'à offrir de faire occuper les Principautés par les troupes russes pour le compte de l'Autriche, afin de lui éviter tout embarras avec les Turcs. D'ailleurs, il répétait qu'il lui donnerait tout son concours pour reprendre ses anciennes possessions d Italie.
Y avait-il dans ces propositions de quoi attirer l'Autriche? — Bien plutôt de quoi la détourner ou au moins la mettre en défiance. Il était ne.ïf de proposer à l'Autriche d'occuper les Principautés pour elle ; il eût été plus naïf d'y ajouter foi. Et comme d'autre part on manifestait l'intention de se réserver toute la Pologne, il ne restait guère à l'Autriche que l'espoir d'un gain, très problématique, en Italie.
On ne pouvait guère avouer plus simplement le dessein de rejeter l'Autriche de l'Orient, du Dniester au Danube inférieur.
La réponse de l'Autriche était donc toute indiquée ; elle s'affirma dans les termes les moins ambigus. L'Empereur François répondit le 29 mars qu'il avait déjà offert sa médiation entre la Porte et la Russie, et que cette médiation avait été repoussée par la Russie ; et il déclarait que « l'Autriche ne pouvait, sans manquer à tout ce qu'elle se devait à ellemême, et à une puissance qui n'avait cessé de lui donner des preuves aussi irrécusables de confiance que la Porte, entrer même en pourparlers sur des arrangements qui, avant la conclusion de la paix entre la Russie et la Porte, ne sauraient être regardés que comme une conquête qu'elle viserait à faire sur la dernière de ces puissances. »
I. J. d'Ussel, L'intervention de l'Autriche, iS-ig, d'après les Archives d'Etat de Vienne, Russland, Weisungen, 181 1.
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Metternich joignit à cette lettre d'importantes instructions pour son ambassadeur à Saint-Pétersbourg, M. de Saint- Julien.
Après y avoir redit que la Russie n'avait aucune chance de succès dans une guerre avec'Ia France, il continuait :
« Nous ne nous attendons pas que le cabinet russe puisse être satisfait de nos explications. En lui prêchant la paix avec la France et avec les Turcs, ^nous heurterons par la première des projets naissants et par la dernière des vues de conquête trop anciennes pour pouvoir être facilement abandonnées d elles-mêmes. »
Et il concluait qu'en vérité les propositions russes étaient impossibles à admettre : — On nous demande, dans le cas que les armes victorieuses de la Russie eussent fait la conquête du duché de Varsovie et de la Galicie, si nous n'accepterions pas, en échange de cette province, la Valachie et la partie de la Moldavie en dehors du Sereth ; on ne nous permettrait pas moins la conquête de la Serbie, toutes prises faites, comme les deux provinces susdites, sur une puissance notre amie ; on nous propose en un mot l'échange de ce que nous possédons contre ce que la Russie ne possède pas. »
Saint-Julien est autorisé à développer « l'absurdité » qu'il y a dans une telle proposition.
Que chantait l'autre Sirène?
Napoléon, recevant Schv^arzenberg * , causait aussi avec lui des conséquences de la guerre, un peu à bâtons rompus, mais dans des termes très séduisants, et d'une grande apparence de sincérité :
« Il regarde, écrivait Schw^arzenberg à ce sujet, la Moldavie et la Valachie, ainsi que la Serbie, comme provinces autrichiennes, le Danube comme notre eau... L'Autriche