‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 188 sur 225 · I. Cf. J. d'Ussel, op. cit · texte numérisé non relu

I. Cf. J. d'Ussel, op. cit

348 l'alliance autrichienne

Il comprenait d'abord un traité patent comportant alliance entre S. M. FEmpereur des Français, roi dltalie, Protecteur de la Confédération du Rhin, Médiateur de la Confédération suisse, et S. M. l'Empereur d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême. Les deux puissances y affirmaient un pacte d'amitié, d'union et d'alliance. Elles se garantissaient réciproquement l'intégrité de leur territoire actuel. Elles affirmaient leur volonté de travailler toujours aux mesures qui leur paraîtraient les plus propres au maintien de la paix, et s'engageaient à se soutenir Tune l'autre dans le cas où l'une ou l'autre serait attaquée ou menacée.

Le contingent à fournir par l'Autriche, dans le cas de la guerre prévue, était fixé à 3o.ooo hommes, soit 24.000 d'infanterie et 6.000 de cavalerie, constamment entretenus au grand complet de guerre, avec un attirail de 60 pièces de canon. On réglait ensuite la mise en marche de ce contingent.

Le chifTre en était médiocre, parce que l'Autriche ne voulait pas prendre une trop grande part à 1 écrasement de la Russie, et parce que Napoléon n'en avait pas grand besoin et ne voulait pas avoir lors de la paix à le payer trop cher.

Ce n est pas une guerre de la France et de l'Autriche qui se prépare contre la Russie ; c'est une guerre franco-russe seulement, où l'Autriche fournit à la France un secours.

Ensuite, les deux puissances contractantes garantissaient l'intégrité territoriale de lEmpire ottoman. Ce qui impliquait l'enlèvement des Principautés moldô-valaques à la Russie. Cela y apparaissait comme une des raisons de la guerre prochaine : c'était le point où se rapprochaient les intérêts de l'Autriche et de la France.

A ce traité patent étaient annexés des articles secrets.

Le contingent autrichien ne pourra pas être exigé dans une guerre en Espagne ou contre l'Angleterre.

n sera fourni immédiatement dès que la guerre éclatera entre la France et la Russie.

LE TRAITÉ DU l4 MARS 1812 349

Napoléon s'engage à ne pas laisser TAutriche seule en face des Russes.

Le corps auxiliaire autrichien sera formé de trois divisions d'infanterie et d'une de cavalerie, sous le commandement d'un général autrichien au choix de l'Empereur d'Autriche, et placé sous les ordres immédiats de l'Empereur Napoléon. Il ne pourra être divisé, et formera toujours un corps distinct et séparé.

Au point de vue politique, la Galicie était garantie à l'Autriche même dans le cas où le royaume de Pologne viendrait à être rétabli.

Mais si alors la possession de la Galicie par l'Autriche n'était plus très sûre par suite du voisinage de la Pologne reconstituée presque entièrement, l'Autriche pourrait céder à la Pologne une partie de la Galicie en échange des Provinces lUyriennes. L'Empereur Napoléon consentait d'avance à réchange qui aurait lieu d'après la base combinée de la population et de l'étendue des revenus.

Faut-il conclure de cet article que Napoléon admettait dès lors l'idée de restituer les Provinces Illyriennes, alors françaises, pour un agrandissement éventuel de la future Pologne ? — Disons seulement que les circonstances de la guerre et de la paix ensuite pouvaient amener bien des modifications nouvelles, et qu il ne s'agissait ici que de s'assurer a la neutralité active de l'Autriche ».

Enfin il était dit à Tarticle 7 : « Dans le cas d'une heureuse issue de la guerre, Sa Majesté l'Empereur des Français s'engage à procurer à Sa Majesté l'Empereur d'Autriche des indemnités et agrandissements de territoires qui non seulement compensent les sacrifices et charges de la coopération de Sa dite Majesté dans la guerre, mais qui soient un monument de l'union intime et durable qui existe entre les deux souverains. »

Cela reste vague et laisse de la latitude aux arrangements que 1 heureuse issue de la guerre pourra comporter.

35o L ALLIANCE AUTRICHIENNE

Un des derniers articles secrets prévoyait une action diplomatique des deux puissances à Constantinople pour amener la Porte à leur alliance : ce qui achève peut-être d'établir le caractère essentiel de ce traité que nous définirions volontiers une entente pour écarter les Russes de la péninsule des Balkans et pour en préparer la réorganisation par les deux puissances contractantes ; — un des buts les plus constants, et dès lors le but principal et immédiat de la politique napoléonienne.

Metternich se félicitait de ce traité, qui ne compromettait pas l'Autriche à fond dans le grand conflit qui allait venir, puisqu'elle n'y entrait que dans la proportion d'un contingent très modeste; qui pourtant lui réservait des avantages du côté des Provinces lUyriennes, peut-être aussi vers la Silésie et vers le Danube inférieur, qui lui promettait de l'air hors du cadre étroit où la bataille de Wagram l'étoufTait ; qui enfin lui avait donné l'occasion de traiter d'égal à égal avec l'Empereur Napoléon, ce qui n'était pas arrivé depuis fort longtemps ; car les négociations de Campo-Formio, de Lunéville, de Presbourg et de Vienne ne l'avaient placée que dans la position d'une puissance écrasée, le vainqueur lui dictant sa loi.

Metternich trouvait dans ces circonstances en effet nouvelles un juste réconfort, et comme la promesse d'un prochain relèvement de l'Autriche.

l'aUTRICHE et la RUSSIE EN l8l2 LA MISSION LEBZELTERN

Metternich se félicitait surtout sans doute de ne pas être profondément engagé dans Talliance de Napoléon, et par conséquent d'avoir la possibilité de s'en dégager à l'occasion. Il risquait sans doute, en cas d'une « issue heureuse ». de n'avoir pas tous les bénéfices qu'il espérait. Mais aussi il avait des

chances de ne pas trop souffrir ou de ne pas souffrir du tout d'une issue malheureuse.

Il restait au bord du camp français pour pouvoir passer dans l'autre camp, où il se ménageait déjà des voies d'accès ^

Notons d'ailleurs que Napoléon lui-même n'avait voulu demander à l'Autriche qu'un concours secondaire et qu'il ne tenait pas à une coopération absolue de sa part, il ne voulait pas partager ses profits avec elle. Il l'enrôlait dans ses contingents, à côté de la Prusse, de la Bavière, de l'Italie ; mais il se réservait de régler lui-même et tout seul la nouvelle organisation qui en résulterait pour l'Europe. Lui aussi il tenait l'Autriche au bord du camp français.

Quoi qu'il en soit, Metternich se ménagea donc quelques sûretés vers l'extérieur. Il disait au comte Hardenberg, le représentant du Hanovre et ainsi de l'Angleterre à Vienne, qu'il avait été obligé de traiter avec la France ; que la neutralité n'était pas possible et ne pouvait qu'attirer sur l'Autriche les pires malheurs dont l'Europe entière aurait eu à souffrir ; que cette alliance, ce semblant d'alliance lui permettrait d'augmenter ses armements, de se préparer à tous les événements de l'avenir : — phrases d'ailleurs vaines pour lors, ne comportant aucun engagement.

Mais c'est surtout du côté de la Russie qu'il tint à garder quelques communications : duplicité égale à celle d'Alexandre en 1 809 dont Alexandre se vantait comme d'un éminent service rendu à l'Autriche. Au reste convient-il de ne pas exagérer l'importance des considérations qu'il fit passer au gouvernement de Saint-Pétersbourg, par le comte de Saint-Julien et surtout par le comte de Lebzeltern".

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