‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 203 sur 225 · Aff. Etr., Corr. de Russie, vol. i54, P · texte numérisé non relu

Aff. Etr., Corr. de Russie, vol. i54, P

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pendance et l'intégrité du Portugal seraient également garanties, et la maison de Bragance régnerait. — Le royaume de Naples resterait au roi de Naplee. Le royaume de Sicile serait garanti à la maison actuelle de Sicile. — Par suite de ces stipulations, l'Espagne, le Portugal et la Sicile seraient évacués par les troupes françaises et anglaises de terre et de mer. — « Quant aux autres objets de discussion, ajoutait Maret, ils peuvent être négociés sur cette base que chaque puissance gardera ce que l'autre ne peut pas lui ôter par la guerre. » Cette formule laisse de l'espace à la rêverie.

« Cette démarche, disait enfin la dépêche française, se détermine par la seule considération des intérêts de l'humanité et du repos des peuples; et, si cette quatrième tentative doit être sans succès, comme celles qui l'ont précédée, la France aura du moins la consolation de penser que le sang qui pourrait couler encore retombera tout entier sur T Angleterre ^ »

Selon une note fixée sur la copie de ce document aux Archives des Afiaires Étrangères, « cette dépêche a été transmise à Calais par le ministre de la Marine. Elle est partie de Paris le i8 avril à ah. i5 du matin, et de Calais le 19 à 7 h. 3o du matin. Elle a été remise le même jour, à 1 1 heures du matin, au commandant de la croisière anglaise de Douvres ».

Elle ne fît pas une grande sensation en Angleterre. Cependant le Times dit à ce propos : « On présume, d'après l'importance qu'on semble y attacher, qu'elle est relative à des ouvertures de paix, et nous n'avons aucun motif particuUer pour douter qu'il en soit ainsi. Une tentative de ce genre a toujours été faite toutes les fois qu'il a été question de frapper un grand coup sur le continent, et des démonstrations aussi

I. Aff. Etr., Corr. d Angleterre, vol. 606, f°* 191-196, 206-207, 212, 217 (tous documents inédits). — Corr. de Napoléon, XXIII, 371-373.

ostensibles de zèle pour la paix doivent sans doute être considérées comme un indice assez sûr d'une résolution positive de commencer sans délai de vigoureuses hostilités. » — On doit reconnaître que cette remarque est assez justifiée par les faits.

Lord Castlereagh répondit au duc de Bassano, 2v3 avril : « La lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le 1 7 de ce mois a été reçue et mise sous les yeux du prince Régent.

« Son Altesse Royale est convaincue que son honneur exige, avant de m'autoriser à entrer en explications sur les ouvertures que Votre Excellence a transmises, de mettre hors de doute le sens précis attaché par le gouvernement de France au passage suivant de la lettre de Votre Excellence : La dynastie actuelle serait déclarée indépendante et l'Espagne régie par une constitution nationale des Cortès.

« Si, comme Son Altesse Royale le craint, le sens de cette proposition est que l'autorité royale d'Espagne et le gouvernement établi par les Cortès sera reconnu comme résidant dans le frère du gouverneur de la France et une assemblée de Cortès formée sous son autorité, et non dans le souverain légitime Ferdinand VII et ses héritiers, et les Cortès extraordinaires maintenant investis des pouvoirs du gouvernement de ce royaume, en son nom et sous son autorité, je suis chargé de déclarer positivement et explicitement à Votre Excellence que des obligations de bonne foi ne permettent pas à Son Altesse Royale de recevoir une proposition de paix fondée sur une telle base.

« Si cependant les expressions citées ci-dessus s'appliquent au gouvernement actuel de l'Espagne agissant au nom de Ferdinand VII, sur l'assurance de Votre Excellence à cet égard. Son Altesse Royale est disposée à s'expliquer franchement sur les bases qui ont été envoyées pour être prises en considération par Son Altesse Royale, le désir le plus vif de

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Son Altesse étant, de concert avec ses alliés, de contribuer au repos de l'Europe et de travailler à une paix qui puisse être honorable, non seulement pour la Grande-Bretagne et la France, mais encore pour les Etats respectivement en liaison avec les deux puissances. »

Cette réponse du gouvernement britannique partit aussitôt pour Paris. Elle n'y arriva pas aisément.

Le l'j avril, Castlereagh écrivait de nouveau à Maret : « La lettre de Votre Excellence datée de Paris, 17 de ce mois, a été reçue ici le 20. Et ma réponse a été expédiée de Londres le 28. J'ai appris, par un rapport de l'amiral commandant la flotte de Sa Majesté dans les Dunes, que le parlementaire chargé de mes dépêches n'a pas eu la permission de communiquer avec le port de Calais d'où la lettre de Votre Excellence a été envoyée. Dans ces circonstances extraordinaires je n'ai pas d'autre alternative que de vous adresser mes dépêches à Morlaix. Votre Excellence ne doit attribuer les délais inutiles qui pourront l'empêcher de recevoir une réponse à ses communications qu'aux règlements de son gouvernement. »

En effet, la lettre de Lord Castlereagh n'arriva à Paris que lorsque l'Empereur et le duc de Bassano en étaient partis ; ils n'avaient pas attendu la réponse à leurs propositions de paix ; ils ne la reçurent qu'à Dresde. Il était bien tard pour en tenir compte. Comment s'arrêter à Dresde ? La conversation n'eut pas de suite. Il y a pourtant aux Archives des Affaires Etrangères divers projets de notes en forme de réponse à l'Angleterre, où Ton relève des formules comme celles-ci : — « Sa Majesté entend par la dynastie actuelle la dynastie du Roi Joseph. Elle entend que le trône d'Espagne sera occupé par un prince de la maison de France conformément à ce qui avait été reconnu par les traités qui ont mis fin à la guerre de Succession. » — On ne s'attendait pas à voir les droits de Joseph fondés sur les traités d'Utrecht. —

Citons encore cette autre formule : « La France peut rester en guerre pendant cinquante ans ; mais aucun Bourbon ne remontera sur le trône d'Espagne » .

Tous ces propos n'étaient que bagatelles.

Un moment après, de Gumbinnen, à la frontière russe, Maret, résumant dans ses rapports à l'Empereur, les causes profondes et les caractères de la guerre, y disait avec une force réelle^ :

« Si la Russie conserve la Finlande, bientôt elle voudra être maîtresse souveraine de la Baltique. Si elle conserve la Valachie et la Moldavie, elle voudra posséder la Servie, la Macédoine, et relever la croix grecque sur les mosquées de Constantinople. Que Votre Majesté abdique cet ascendant que lui donna son génie et que confirma la victoire, qu'Elle cède aux prétentions insultantes de la Russie, bientôt. Sire, le torrent rompra ses digues. Votre Majesté veut avancer vers le grand but de la pacification générale. Elle avait conçu l'espoir d'y parvenir lorsqu'elle crut avoir conquis par sa magnanimité un allié reconnaissant et fidèle. Aujourd'hui elle se trouve placée par la Russie même dans cette alternative de renoncer aux plus sages combinaisons de sa politique ou de s'opposer quand il en est temps encore aux projets d'une ambition qui ne connaît point de bornes, d'asservir le duché de Varsovie ou de recréer ce peuple antique et brave qui servit longtemps de barrière à l'Europe et qui contint dans leurs déserts les hordes du Nord qui le menaçaient.

« Mais je me trompe. Sire, Votre Majesté n'a plus à délibérer. La Russie a fait le choix de la guerre : en montrant son glaive à vos intrépides soldats et en leur commandant de fuir devant elle, la Russie les appelle à la victoire ; en faisant

I. Aff. Etr. , Corr. de Russie, vol. i54, P^ 462-5o3, notamment f*'49i-

Driault. — Grand Empire. 25

signifier son ultimatum par son ambassadeur, en refusant de communiquer avec le vôtre, elle a déclaré la guerre.

« Votre Majesté tourne en vain ses regards vers la paix qu'elle a si constamment désirée, à laquelle Elle a fait tant de sacrifices, à laquelle Elle voulait en faire encore; Elle doit s'en remettre à la puissance de son génie, à la valeur de ses soldats et à la justice de sa cause. »

Quant à la portée de ces grands événements, les contemporains s'efforçaient déjà de la mesurer.

Bernadotte disait alors à Suchtelen, le ministre de Russie à Stockholm : « L'autre jour, je vous ai parlé de ses projets sur Constantinople et sur l'Egypte. On m'en dit bien d'autres aujourd'hui. On m'écrit qu'il compte finir en deux mois avec la Russie, qu'ensuite il va sur Constantinople où il parle de transférer son siège pour de là gouverner la Russie et l'Autriche comme tout le reste. Ensuite il veut attaquer la Perse, s'établir à Ispahan, où il n'aura pas affaire à des gens qui raisonnent, et, en trois ans au plus, enfin, marcher sur Delhi et attaquer les Anglais dans l'Inde. Voilà ce qu'on m'écrit, et il n'y a aucune extravagance de sa part à laquelle je ne puisse croire. » Bernadotte sans doute exagérait ^

Selon Villemain pourtant, Napoléon disait un jour à M. de Narbonne :

« Le jour où je rencontrai Bossuet et où je lus dans son Discours sur r Histoire Universelle ce qu'il dit magnifiquement des conquêtes d'Alexandre et ce qu'il dit de César, qui, victorieux à Pharsale, parut en un moment par tout l'univers, il me sembla que le voile du temple se déchirait du haut en bas et que je voyais les dieux marcher : cette vision ne m'a plus quitté... Nous vous mènerons plus loin que Marc-Aurèle n'est allé, nous jetterons nos têtes de pont, non pas sur le Danube seulement, mais sur le Niémen, le Volga, la Mos-

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